Un jour, je partirais…
Posté par Caillou - 23/02/09 à 06:02:06Un jour, je partirais…
Le temps sera venu
Un jour, je partirais…
Caillou, 23 février 2009
Et la paix qui revient…
Posté par Caillou - 22/02/09 à 07:02:08(Pour faire suite à http://cailloutendre.unblog.net/?p=701)
Je suis seule chez moi…avec toi.
Les amis argentins étaient là à midi. De partout arrivent des mots tendres, des mots qui voudraient apaiser la douleur. Elle est encore là, tapie dans un coin de mon âme, qui titille mon corps et lui fait verser des larmes comme ça…au moment où je m’y attends le moins : une musique écoutée autrefois avec toi, une batucada endiablée qui me projette dans le passé, dans les marches qui criaient nos soifs de liberté. Tu aimais ça mon amour. Tu t’éclatais, heureux de voir des centaines de femmes et d’hommes enthousiastes qui marchaient dans les rues en chantant. Je te vois encore debout sur une borne de péage, banderole déployée, pendant que les automobilistes donnaient aux chômeurs la somme due aux patrons d’autoroutes… et notre course vers les voitures à l’arrivée des flics…et les billets et les pièces de monnaie, comptés et recomptés dans des éclats de rire…et le voyage à Paris…train gratuit pour la majorité…et la chanson de Marc : «Il faut changer le monde, il est devenu fou ! »…et l’arrivée en gare d’Austerlitz, une rangée de CRS nous escortant jusqu’à la Place de la République pendant que l’on criait : « Police partout, Justice nulle part… » Ton regard brillait de cette jubilation commune qui nous faisait croire qu’on allait finir par gagner, qu’il n’y aurait plus de misère, seulement la solidarité et l’égalité…noirs, blancs bronzés tous mélangés…
Je suis allée sur ta tombe. Je t’ai parlé. Je t’ai raconté ce qui se passait de l’autre côté de l’océan , cette révolte justifiée, tous ces gens dans la rue réclamant avant tout qu’on leur rende la dignité qu’on leur a extorquée depuis des centaines d’années.. Je t’ai dit qu’ils manifestaient depuis plusieurs semaines et que la télé vient juste d’en parler, essayant de nous persuader que ces émeutes étaient le fait de quelques bandes qui voulaient tout casser….
Je t’ai demandé si ça allait. J’avais tellement peur que tu aies froid, seul sous ce monticule de terre où les fleurs commençaient à faner. Le lendemain, mon petit frère m’a téléphoné. Au bout du fil, il m ‘a dit : « mais tu ne sais pas que la terre est chaude comme le ventre d’une mère ? » Ca m’a rassurée.
Sais-tu que je porte tes pulls, le marron, le gris, le beige. Et ton poncho qui conserve encore un reste de l’odeur de ton corps. Alors, je m’enveloppe dans sa douce chaleur. Et j’écoute du Mozart, le visage enfoui dans le lainage multicolore. J’essuie mes larmes. Je pense à tes paroles : « je serai toujours avec toi. Tu dois continuer à vivre ! » Ca me réconforte. Je me lève et j’écris. Et la paix revient doucement, lentement, discrètement….
(C’est de Gaby…)
Caillou, 22 février 2009
Disparaître en Indochine - 12
Posté par Caillou - 19/02/09 à 08:02:16Fiche : 247
Origine : Turange
Destinataire : Chernu
Objet : Information sur dossier Victor.- Notre agent au services des archives nous a communiqué qu’un ancien flic des RG de Lyon, Raoul Descombes, actuellement en retraite, avait demandé des renseignements sur la filière Victor.
- Il agit pour qui ?
- Pour rendre service à un ancien collègue parisien : Maximin Blanchard, qui essaye d’aider un jeune toulousain qui recherche un oncle disparu en Indochine sous le nom d’Adrien Lecourt.- Que veulent-ils savoir ?
- Ils cherchent à entrer en contact avec Robert.
- Bon, vous laissez courir. Vous ne bougez pas et vous surveillez. Dès que vous le pouvez vous interceptez ce Descombes. Je veux savoir qui sont ces gens et ce qu’ils ont trouvé.
à suivre…
Caillou, 1984
Disparaître en Indochine - 11
Posté par Caillou - 16/02/09 à 08:02:58Chapitre 11
Augustin Chavez se taisait, il avait allumé sa cigarette, les yeux dans le vague, face à la mer. Au loin, un grand bateau disparaissait dans la lumière rouge du couchant.
- Écoutez-moi bien jeune homme. Moi je vous comprends, vous cherchez votre oncle disparu, je veux bien répondre à toutes vos questions, mais il y a quand même un problème. Bien que tout ce que je vous raconte soit de l’histoire ancienne, vous remarquerez que je ne vous ai donné aucun nom. Oui il y a prescription, mais il vous faut bien comprendre que d’une certaine façon nous trahissions. Nous aidions l’ennemi. La France c’est mon pays d’adoption, elle n’a pas vraiment voulu de moi, je m’y suis réfugié sans avoir pour elle la moindre amitié. Nous avions même du mépris pour ce pays, ce pays des droits de l’homme, qui nous avait abandonnés en 1936, mais la France est devenue mon pays, quand même. Nous soutenions un idéal de libération des peuples colonisés, mais aux yeux de la police nous étions des traîtres. Nous étions passibles de la cour de sûreté de l’État. Quand je vois tout ce qu’ils ont essayé de faire à cet universitaire parisien qui, dans sa jeunesse, avait été dans les maquis vietnamiens, je me dis que les plaies, dans l’armée française, ne sont toujours pas refermées.
Je ne veux impliquer personne sans son accord.
- Moi aussi je ne veux pas attirer d’ennuis à qui que ce soit. Mais ce Lecourt était peut-être mon oncle.
Thierry ne savait plus où se mettre. Brusquement il se retrouvait dans un jeu de gendarmes et voleurs. Entre Blanchard et Chavez il y avait eu une guerre… Une sorte de guerre secrète. Ils étaient maintenant des vieux voleurs, des vieux gendarmes, mais les haines étaient toujours présentes, toujours dangereuses. Et son oncle Adrien ?
Il demanda :
- Comment était-il quand vous l’avez vu, quand il est venu chez vous ?
- Franchement je ne m’en souviens plus très bien. Son nom, oui, d’autant qu’il m’avait fallu l’apprendre par cœur, car nous ne gardions aucune trace écrite, mais son aspect physique, j’aurais du mal à le retrouver. Ce n’était pas quelqu’un de particulièrement remarquable.
- Plutôt grand ?
- Oui, mais pas trop.
- Roux et barbu ?
Le vieil espagnol ne lui répondit pas tout de suite.
- Écoutez-moi, je préfère ne rien vous dire que de dire des conneries. Je ne m’en souviens plus.
Thierry revenait à la charge :
- Et ce responsable communiste de Lyon, si vous ne voulez pas me confier son nom, vous ne pourriez pas le joindre pour lui dire de me contacter ? Je ne fais que rechercher mon oncle.
- J’avais bien son adresse, du moins jusqu’en 1956. Mais il a certainement dû bouger depuis. En fait je dois vous dire qu’il a été exclu du Parti après la Hongrie. Je l’ai donc perdu de vue et je ne sais plus rien de lui. Vous ne pouvez pas comprendre. Pendant ces années-là, un copain exclu, d’un seul coup, plus personne ne le fréquentait. Il devenait un ennemi. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Je ne suis pas bien placé pour reprendre contact avec lui.
- Et si je vous fais une lettre, vous pouvez peut-être juste rajouter cette ancienne adresse et me l’expédier ?
Chavez se leva. Il entra dans la maison. Le jeune homme, face à la mer, commençait à avoir un peu froid. Il se dit que le fil allait se rompre, que ce serait de toute façon trop long. Une sorte de bouteille à la mer… Puis il prit le bloc de papier que le vieux bonhomme lui tendait.
Il écrivit rapidement en indiquant l’objet de ses recherches et en joignant ses coordonnées puis il rendit le papier.
En partant le vieux Chavez lui murmura :
- J’ai pris sur moi de vous parler, parce que vous êtes un jeune homme sympathique, mais si vous deviez rencontrer d’autres responsables du Parti, ne citez pas mon nom. Je ne suis pas un traître. J’aurais d’ailleurs dû me renseigner sur vous et demander des renseignements avant de vous raconter tout cela. Disons que je ne vous ai rien dit.
Ils se serrèrent la main et Thierry repartit sur le chemin qui longeait la côte. Il fallait rentrer à Marseille et ce n’était pas tout près.
Ce soir-là il écrivit à Nathalie une longue lettre sur une table d’un bistrot de la Canebière. Tout autour de lui le bruit et la fureur, les cris et les rires, l’isolaient, lui et son monde, avec sa feuille blanche, et les mots qu’il y traçait pour raconter sa quête et… Son échec. Wang, Blanchard, Chavez et puis la piste qui s’arrêtait là ! Il lui décrivit le Chinatown du 13e, la foule fatiguée dans le métro parisien, l’ancien commissaire à la retraite et qui s’emmerdait, le vieux communiste, assis sur son banc, face à la mer… Et tout ça pour une impasse. Une lettre envoyée, peut-être, car Chavez allait réfléchir avant de l’expédier, à l’ancienne adresse lyonnaise d’un cadre communiste exclu du Parti depuis 56 ! C’était une impasse. Adrien venu en France en 1953. Qu’était-il devenu après ?
Le lendemain matin, le jeune homme repartait vers la gare St. Charles. Il n’avait plus qu’à rentrer à Toulouse. Lorsqu’il vit qu’il n’aurait pas de train avant onze heures, il se décida à téléphoner à Blanchard. Après tout, peut-être que l’ancien flic lui conseillerait d’autres démarches.
Après plusieurs sonneries dans le vide, il entendit la voix du vieux bonhomme qui décrochait le combiné. Il lui raconta la rencontre de la veille puis lui dit qu’il ne savait plus quoi faire.
- Un ancien cadre communiste de la région lyonnaise, spécialisé dans le travail antimilitariste, exclu en 1956 ? Je ne crois pas que cela soit très dur à retrouver. À l’époque nous les connaissions presque tous. Je vais téléphoner à un copain à moi, Raoul, il devrait pouvoir me donner son nom et ses coordonnées.
- Il est à la retraite lui aussi ?
- Et bien oui ! Nous avons tous été atteints par la limite d’âge. Nous n’arrêtions pas tous ces types parce qu’ils étaient moins dangereux surveillés que clandestins. Avec les Renseignement Généraux, on les fichait et on les avait discrètement à l’œil. Jusqu’au moment où le pouvoir politique avait besoin d’une bonne vague d’arrestations pour rassurer les électeurs. La Quatrième République, tu ne peux pas t’imaginer le merdier que c’était. Enfin, cela nous laissait les coudées franches.
- Et ce Raoul, c’est un ancien des RG ?
- Tu as tout compris. On va te le retrouver ton bonhomme !
Il raccrocha. Thierry décida de rester encore quelques heures à Marseille. Pas envie de retrouver Toulouse et le travail à la banque. Il essaya de joindre Nathalie, mais personne ne décrochait dans l’appartement. Elle devait être en cours. Une question le taraudait. Comment son oncle, issu d’une famille coloniale, plutôt réactionnaire, comme l’immense majorité des colons, avait pu se retrouver dans un réseau communiste antimilitariste, anticolonialiste ? Et puis comment avait-t-il pu venir en France et ne jamais reprendre contact avec ses parents, avec sa sœur !
Il déjeuna dans un petit restaurant du port, sa valise à côté de lui. Il prit des poissons grillés avec un petit rosé de Provence très frais. Puis, dans l’après-midi, il se promena sur les quais et finit par retéléphoner à Paris depuis une cabine, dans les sous-sols d’une grande brasserie.
- Dis donc, petit, tu n’avais pas un autre oncle en Indochine ?
- Si ! l’oncle Henry. Il est mort dans un accident de chemin de fer, en revenant de la guerre, vers la fin 53, enfin je crois.
- De la guerre ? Donc il revenait lui aussi d’Indochine…
- Et bien oui.
- Alors tout s’explique. Mon copain Raoul me posait la question du nom de famille. En effet, si Adrien Lecourt avait disparu en Indochine en 1944, la police n’aurait jamais pu laisser passer un passager du même nom sur un bateau en partance pour la métropole !Or tu me dis qu’il est arrivé à Marseille sous son vrai nom. C’est donc qu’ils ont confondu les deux frères. Ton oncle Adrien est rentré sous le nom d’Henry.
- Et quand Henry est rentré lui-même, quelques mois plus tard ?
- À ce moment c’était la débandade. Il n’y avait même plus de flics pour contrôler quoi que ce soit. Je le sais bien puisque j’ai moi-même pris le bateau à ce moment-là. C’était le foutoir. Les Viets avaient gagné leur guerre. Plus question de finasser. Il fallait rentrer et vite.
- Et pour le lyonnais qu’est ce qu’il dit ton copain ?
- Il lui faut un peu de temps. Il doit me retéléphoner, mais cela sera beaucoup plus difficile que pour Chavez. L’Espagnol était un militant connu des services de police de Marseille, depuis la libération. Les flics qui suivaient l’organigramme du PC de la ville savaient très bien quels étaient les militants spécialisés dans tel ou tel front d’intervention. Du moment qu’ils faisaient un travail légal, on pouvait facilement en déduire une grande part de leurs activités souterraines. Un imprimeur bossait logiquement pour la propagande, l’impression des tracts, un enseignant pour le front culturel, le mouvement de la Paix, un docker, surtout s’il n’était pas connu comme syndicaliste avait donc de grandes chances de se retrouver dans le travail anti-colonialiste. Enfin c’est schématique, mais cela fonctionne.
Par contre quand tu montes dans les responsabilités au sein du Parti, cela devient beaucoup plus compliqué.
- Je reste à Marseille jusqu’à samedi, après il faudra bien que je rentre. Je vais vous donner le numéro de téléphone de l’hôtel où je suis, et vous me contacter dès que votre ami aura trouvé ?
- D’accord petit. C’est juste le temps de deux ou trois jours…
À suivre…
Caillou, 1984
Les nostalgies militantes
Posté par Caillou - 12/02/09 à 07:02:31Le Larzac
La croix de la Blaquière
Une maison de la Blaquière
La bergerie de la Blaquière
Les murs de la bergerie
L’entonnoir de Michel Debré
Les jeunes chrétiens
Les maoistes
Les pacifistes
Les occitanistes
Les syndicalistes de LIP
Le Canard
La Bergerie de la Blaquière est le symbole du combat contre l’extension du camp militaire.
Édifiée illégalement en 1973, avec le soutien manuel ou financier de milliers d’opposants à l’armée, on peut encore y voir les messages de soutien de tous les horizons.
Caillou, 12 février 2009
François Faure
Posté par Caillou - 09/02/09 à 09:02:13François.
Tu ne haussais jamais la voix pour affirmer tes choix car tu n’en avais pas besoin. Nous t’écoutions !
Dans le mouvement des chômeurs des années 95 à 97, nous t’écoutions, dans toutes ces réunions où nous nous préparions pour les tempêtes de la rue, nous t’écoutions faire la synthèse, prenant en compte tout ce qui avait été dit, respectueux de la parole de chacun, mais donnant de l’ordre et de l’efficacité à nos colères disparates. Chômeurs ou salariés, femmes, jeunes, syndicalistes, immigrés, intégrés, fonctionnaires, exclus, sans toits, sans droits, mais toutes et tous militants pour abolir le chômage et la misère, nous avions un porte-parole, et, François, c’était toi.
Porte-parole par-dessus les coups de gueules et les cris de colère, tu avais cette parole calme et claire qui disait tranquillement ce que nous avions tous ensemble décidé de dire, décidé de faire. Tu étais au-dessus des divisions, au-dessus des affrontements inévitables entre les cultures militantes des uns et les révoltes immédiates des autres, mais, au centre, ta détermination était l’évidence. D’ailleurs tu ne donnais presque jamais ton point de vue. Tu prenais la parole, pour nous tous, sans jamais perdre ton calme et ton sens de l’humour. Car, François, parfois, tu nous faisais bien rire. Mais c’était de cet humour anglais, pince sans rire, qui voyait les travers et les comiques des uns et des autres mais qui ne se moquait jamais. Et alors seul ton regard montrait que c’était de la rigolade.
Je crois que tu as été le meilleur de AC ! Agir ensemble contre le chômage comme tu avais, pendant des années, été le meilleur du syndicalisme CFDT des salariées du commerce.
Comme tu ne parlais pas beaucoup de toi, peu d’entre nous connaissaient bien ta vie. Qui savait quel avait été ton chemin ? Au milieu des tous ces gauchistes et bouffeurs de curé, qui savait que tu avais choisi de consacrer ta vie de chrétien aux plus pauvres, ces peuples méprisés, ici et ailleurs, qui, luttent pour un Christ Libérateur ? D’autres en parleront mieux que moi, de ces choix d’engagements qui ont été les tiens, mais nous sommes ici beaucoup, à savoir que tu leur as été fidèle, jusqu’au bout !
Et puis tu es parti, doucement, sur la pointe des pieds et sans trop vouloir dire à tous que tu étais malade, et que c’était très grave. Et nous sommes allés sans toi jusqu’à Amsterdam ! Et nous avons gagné la gratuité régionale des transports… Et puis la politique et les divisions ont repris leur place et « Agir ensemble contre le chômage » à finalement… disparu.
Toi, pendant toutes ces années tu as continué à te battre contre la maladie qui te rongeait.
François, où que tu sois maintenant, si tu es quelque part, nous voulons te dire que tout ce que nous a apporté est en vie, que, même si tout est toujours à refaire, les combats où nous étions ensemble ont été utiles, pour la dignité, le respect et la liberté des plus démunis et que ton sourire va nous manquer pour les combats futurs.
Alors, au nom de toutes celles et tous ceux avec qui tu t’es battu dans les luttes syndicales et associatives, je veux saluer ta famille et tes compagnons les plus proches. Nous sommes à vos côtés dans la peine. Gaby, Claire, Sabine et Jean, vous pouvez compter sur nous.
Et puis, François, au risque de te faire sourire, je veux te dire une dernière fois : adieu… camarade !
Propulsé par WordPress et le thème GimpStyle crée par Horacio Bella. Traduction (niss.fr).
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