Lettre à un militant algérien
Posté par Caillou - 30/05/08 à 01:05:05 
Après cette semaine passée, à Toulouse, en compagnie des femmes marocaines et algériennes de la “Caravane pour l’égalité entre les femmes et les hommes”:
http://caravanetoulouse.blogspot.com/
Après cette semaine d’émotions, et de colères, de fraternité et de découvertes, tandis qu’elles repartent, j’avais envie de relire Albert Camus.
Bien m’en a pris. Je vous en fait part…
Caillou, 30 mai 2008
Portrait de Yousuf Karsh
Ce texte date d’octobre 1955 donc juste après le massacre de Philippeville, du 20 août précédent. Dans cette lettre Albert Camus écrit à Aziz Kessous, un socialiste algérien, ex-membre du parti du Manifeste, qui s’était proposé de lancer après que la rébellion eut éclaté, un journal “Communauté Algérienne”, qui, “dépassant le double fanatisme dont souffre aujourd’hui l’Algérie, puisse aider à la constitution d’une communauté vraiment libre”. Cette lettre a paru dans le premier numéro du journal, le 1er octobre 1955.
Mon cher Kessous
J’ai trouvé vos lettres à mon retour de vacances et je crains que mon approbation ne vienne bien tard. J’ai pourtant besoin de vous la dire.
Car vous me croirez sans peine si je vous dis que j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons. Et depuis le 20 août, je suis prêt à désespérer.
Supposer que les Français d’Algérie puissent maintenant oublier les massacres de Philippeville et d’ailleurs, c’est ne rien connaître au cœur humain. Supposer, inversement, que la répression une fois déclenchée puisse susciter dans les masses arabes la confiance et l’estime envers la France est un autre genre de folie. Nous voilà donc dressés les uns contre les autres, voués à nous faire le plus de mal possible, inexpiablement. Cette idée m’est insupportable et empoisonne aujourd’hui toutes mes journées.
Et pourtant, vous et moi, qui nous ressemblons tant, de même culture, partageant le même espoir, fraternels depuis si longtemps, unis dans l’amour que nous portons à notre terre, nous savons que nous ne sommes pas des ennemis et que nous pourrions vivre heureusement, ensemble, sur cette terre qui est la nôtre. Car elle est la nôtre et je ne peux pas plus l’imaginer sans vous et vos frères que sans doute vous ne pouvez la séparer de moi et de ceux qui me ressemblent.
Vous l’avez très bien dit, mieux que je ne le dirai: nous sommes condamnés à vivre ensemble. Les Français d’Algérie, dont je vous remercie d’avoir rappelé qu’ils n’étaient pas tous des possédants assoiffés de sang, sont en Algérie depuis plus d’un siècle et ils sont plus d’un million. Cela seul suffit à différencier le problème algérien des problèmes posés en Tunisie et au Maroc où l’établissement français est relativement faible et récent. Le « fait français » ne peut être éliminé en Algérie et le rêve d’une disparition subite de la France est puéril. Mais, inversement, il n’y a pas de raisons non plus pour que neuf millions d’Arabes vivent sur leur terre comme des hommes oubliés: le rêve d’une masse arabe annulée à jamais, silencieuse et asservie, est lui aussi délirant. Les Français sont attachés sur la terre d’Algérie par des racines trop anciennes et trop vivaces pour qu’on puisse penser les en arracher. Mais cela ne leur donne pas le droit, selon moi, de couper les racines de la culture et de la vie arabes. J’ai défendu toute ma vie (et vous le savez, cela m’a coûté d’être exilé de mon pays) ‘idée qu’il fallait chez nous de vastes et profondes réformes. On ne l’a pas cru, on a poursuivi le rêve de la puissance qui se croit toujours éternelle et oublie que l’histoire marche toujours et ces réformes, il les faut plus que jamais. Celles que vous indiquez représentent en tout cas un premier effort, indispensable, à entreprendre sans tarder, à la seule condition qu’on ne le rende pas impossible en le noyant d’avance dans le sang français ou dans le sang arabe.
Mais dire cela aujourd’hui, je le sais par expérience, c’est se porter dans le «no man’s land » entre deux armées, et prêcher au milieu des balles que la guerre est une duperie et que le sang, s’il fait parfois avancer l’histoire, la fait avancer vers plus de barbarie et de misère encore. Celui qui, de tout son cœur, de toute sa peine, ose crier ceci, que peut-il espérer entendre en réponse, sinon les rires et le fracas multiplié des armes ? Et pourtant, il faut le crier et puisque vous vous proposez de le faire, je ne puis vous laisser entreprendre cette action folle et nécessaire sans vous dire ma solidarité fraternelle.
Oui, l’essentiel est de maintenir, si restreinte soit-elle, la place du dialogue encore possible; I’essentiel est de ramener si légère, si fugitive qu’elle soit, la détente. Et pour cela, il faut que chacun de nous prêche l’apaisement aux siens. Les massacres inexcusables des civils français entraînent d’autres destructions aussi stupides opérées sur la personne et les biens du peuple arabe. On dirait que des fous, enflammés de fureur, conscients du mariage forcé dont ils ne peuvent se délivrer, ont décidé d’en faire une étreinte mortelle. Forcés de vivre ensemble, et incapables de s’unir, ils décident au moins de mourir ensemble. Et chacun, par ses excès renforçant les raisons, et les excès, de l’autre la tempête de mort qui s’est abattue sur notre pays ne peut que croître jusqu’à la destruction générale. Dans cette surenchère incessante, I’incendie gagne, et demain l’Algérie sera une terre de ruines et de morts que nulle force, nulle puissance au monde, ne sera capable de relever dans ce siècle.
Il faut donc arrêter cette surenchère et là se trouve notre devoir, à nous, Arabes et Français, qui refusons de nous lâcher les mains. Nous Français, devons lutter pour empêcher que la répression ose être collective et pour que la loi française garde un sens généreux et clair dans notre pays; pour rappeler aux nôtres leurs erreurs et les obligations d’une grande nation qui ne peut, sans déchoir, répondre au massacre xénophobe par un déchaînement égal; pour ac-
tiver enfin la venue des réformes nécessaires et décisives qui relanceront la communauté franco-arabe d’Algérie sur la route de l’avenir.
Vous, Arabes, devez de votre côté montrer inlassablement aux vôtres que le terrorisme, lorsqu’il tue des populations civiles, outre qu’il fait douter à juste titre de la maturité politique d’hommes capables de tels actes, ne fait de surcroît que renforcer les éléments anti-arabes, valoriser leurs arguments, et fermer la bouche à l’opinion libérale française qui pourrait trouver et faire adopter la solution de conciliation.
On me répondra, comme on vous répondra, que la conciliation est dépassée, qu’il s’agit de faire la guerre et de la gagner. Mais vous et moi savons que cette guerre sera sans vainqueurs réels et qu’après comme avant elle, il nous faudra encore, et toujours, vivre ensemble, sur la même terre. Nous savons que nos destins sont à ce point liés que toute action de l’un entraîne la riposte de l’autre, le crime entraînant le crime, la folie répondant à la démence, et qu’enfin, et surtout, I’abstention de l’un provoque la stérilité de l’autre. Si vous autres, démocrates arabes, faillissez à votre tâche d’apaisement, notre action à nous, Français libéraux, sera d’avance vouée à l’échec. Et si nous faiblissons devant notre devoir, vos pauvres paroles seront emportées dans le vent et les flam
mes d’une guerre impitoyable.
Voilà pourquoi ce que vous voulez faire me trouve si solidaire, mon cher Kessous. Je vous souhaite, je nous souhaite bonne chance. Je veux croire, à toute force, que la paix se lèvera sur nos champs, sur nos montagnes, nos rivages et qu’alors enfin, Arabes et Français, réconciliés dans la liberté et la justice, feront l’effort d’oublier le sang qui les sépare aujourd’hui. Ce jour-là, nous qui sommes ensemble exilés par la haine et le désespoir, retrouverons ensemble
une patrie.
Albert Camus
Pauvres petits cons!
Posté par Caillou - 14/05/08 à 02:05:04Kouchner, Adler, Glucksmann et Finkielkraut
40 ans après, ils sont toujours là !
pour leur commémoration de 1968
pendant que les prix s’envolent, que les salaires stagnent…
voici les paroles d’une chanson (détestable)
mais qui, pour eux, leur va comme un gant!
Quand le temps de vos colères
Quand vos contorsions
Ne seront plus qu’éphémères
Et vieilles illusions
Fils de bourgeois ordinaires
Pour qui nous savons
Vous voterez comme vos pères
Pauvres petits cons!
C’est du Jean Ferrat! Et cela date de 1967.
Pour les paroles: http://www.paroles.net/chanson/19842.1
pour l’histoire de la chanson: http://thoraxoblog.canalblog.com
L’arbre, l’étang et le sous-bois
Posté par Caillou - 10/05/08 à 03:05:26C’est à l’orée du bois derrière l’église de Vals
et sous l’agrandisseur que tu m’es apparu.
Lequel est le plus beau?
Et le ciel par-dessus l’étang
était-ce dans le révélateur
qu’il m’apparut si menaçant?
Le contre-jour dans le sous-bois
juste caché derrière chez moi
pourquoi m’a t’il donné sa joie?
Caillou, 10 mai 2008
Le protocole pour piéger les étrangers sans papiers…
Posté par Caillou - 09/05/08 à 08:05:55Merci à Claire pour m’avoir fait passer cette note:
Une note interne à la Prefecture du 92 pour expliquer comment bien interpeller un étranger au guichet, avec toutes les petites astuces (un vrai manuel!) et même à la fin du doc une petite phrase sur le caractère prioritaire de cette mesure!!!

La réalité dépasse la fiction (et de loin!)
Posté par Caillou - 07/05/08 à 08:05:42Cercle de silence, place du Capitole, 7 mai,
contre la directive Européenne sur l’enfermement des étrangers
Information parue dans “Le Monde” de ce jour:
Des soldats marocains accusés d’avoir noyé 30 immigrants (presse espagnole)
07.05.08 | 12h11
Des soldats marocains sont accusés par des clandestins africains d’avoir délibérément fait couler fin avril leur embarcation alors qu’ils tentaient la traversée du Maroc vers l’Espagne, provoquant la noyade d’une trentaine de passagers, rapporte mercredi El Pais.
Pour le quotidien espagnol, qui s’appuie sur le témoignage “d’au moins cinq survivants”, entre 29 et 33 immigrants, dont quatre enfants, sont morts noyés le 28 avril au large d’Al Hoceïma (nord-est du Maroc), leur embarcation pneumatique ayant été crevée à coups de couteau par des soldats.
Une source sécuritaire marocaine avait évoqué lundi la mort par noyade de seulement “dix migrants subsahariens” mais une ONG marocaine, se basant sur des témoignages, avait fait état de “36 migrants subsahariens morts noyés”.
Selon un envoyé spécial d’El Pais, les survivants ont été transportés près de la frontière avec l’Algérie et le Maroc essaye “d’étouffer” cette “tragédie”.
D’après le journal espagnol, environ 70 candidats à l’émigration avaient embarqué sur un grand canot pneumatique, le 28 avril vers trois heures du matin, près d’Al Hoceïma pour gagner l’Espagne.
Deux heures après le début de la traversée, un navire de la marine marocaine s’est approché et a mis à l’eau un embarcation rapide qui est venue contre le canot des “sans-papiers”.
“Un des soldats a enfoncé légèrement un couteau dans le caoutchouc et nous a dit +maintenant allez vers l’Espagne si vous voulez+”, rapporte à El Pais, Campos, un des clandestins à bord, aujourd’hui réfugié près d’Oujda (est).
“Nous avons essayé de mettre une rustine et nous avancions difficilement mais je crois que nous y serions arrivés s’ils n’étaient pas revenus” raconte un autre témoin, Erick O. pêcheur nigérian de 31 ans ayant perdu sa femme et sa fille de trois ans dans le naufrage.
Peu après, la vedette des soldats marocains est revenue à la charge et un soldat a commencé à menacer les passagers avec un couteau attaché à un bâton, selon ces survivants.
“Nous leur demandions qu’ils nous ramènent avec eux vers le Maroc parce qu’avec le canot dans cet état il était presque impossible de continuer. Nous les supplions qu’ils regardent nos enfants et nos bébés”, raconte Campos.
Un gradé marocain a alors pris le couteau des mains du soldats et a donné “quatre coups en différents endroits du canot” qui a coulé en quelques secondes, selon Erick.
Une autre vedette marocaine est venue porter secours aux clandestins alors que sur la première, les soldats se disputaient.
Qu’est ce qu’on peut dire après cela?
Caillou, 7 mai 2008
l’Europe des camps
Posté par Caillou - 05/05/08 à 07:05:33Une directive que les parlementaires européens vont devoir voter le 20 mai va permettre à l’Europe de prolonger la durée de rétention des étrangers sans papiers, jusqu’à 18 mois.
C’est le recours généralisé à l’enfermement.
C’est l’Europe des camps.
Il est peut-être encore temps de faire reculer cette initiative de la honte en pétitionnant sur http://www.directivedelahonte.org/index.php
Et en manifestant mercredi prochain, 7 mai, un peu partout en Europe, à Bruxelles, mais aussi en France, et à Toulouse, sur la place du Capitole, à 18h30 par une heure de silence, d’immobilité, de refus…
Ci-joint l’appel à faire circuler: Continuer à lire l’Europe des camps…
Etre et avoir été
Posté par Caillou - 04/05/08 à 03:05:15
C’est une pince à épiler
sur un muret dans un jardin
elle ne sert plus que pour le chien.
Elle a été jeune et brillante
mais sous la pluie elle s’est rouillée
c’est juste un objet oublié.
Chaque chose à une vie, une mort
un temps avant d’être un souvenir
qui s’évanouit dans un soupir.
Caillou, 4 mai 2008.
Propulsé par WordPress et le thème GimpStyle crée par Horacio Bella. Traduction (niss.fr).
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