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	<title>Le blog d'un caillou (tendre) &#187; Histoire de Mad</title>
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	<pubDate>Mon, 06 Sep 2010 16:23:44 +0000</pubDate>
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			<title>Le blog d'un caillou (tendre)</title>
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		<title>Le brouillon déchiré.</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Jun 2010 09:36:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[Je range des papiers, des vieux papiers de famille,
ceux qu&#8217;on devrait jeter et qu&#8217;on garde, bêtement.
Et je tombe sur un brouillon, un pense-bête,
déchiré, coincé entre 2 cartes d&#8217;identité.

Oui, j&#8217;ai bien lu:
Pas mariée à la synagogue. Mariage purement civil. De race purement aryenne.
Il s&#8217;agit de mon arrière grand-mère qui avait épousé, en seconde noces, un monsieur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">Je range des papiers, des vieux papiers de famille,<br />
ceux qu&#8217;on devrait jeter et qu&#8217;on garde, bêtement.<br />
Et je tombe sur un brouillon, un pense-bête,<br />
déchiré, coincé entre 2 cartes d&#8217;identité.</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//de-race-purement-aryenne-web.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1366" title="de-race-purement-aryenne-web" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//de-race-purement-aryenne-web.jpg" alt="" width="500" height="326" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Oui, j&#8217;ai bien lu:<br />
<em>Pas mariée à la synagogue. Mariage purement civil. De race purement aryenne.</em><br />
Il s&#8217;agit de mon arrière grand-mère qui avait épousé, en seconde noces, un monsieur juif.</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//carte-dadherent-nouchi-web.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1367" title="carte-dadherent-nouchi-web" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//carte-dadherent-nouchi-web.jpg" alt="" width="465" height="358" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Et comme il lui fallait renouveler sa carte d&#8217;identité professionnelle</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//carte-identite-pro-mamichka-web.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1368" title="carte-identite-pro-mamichka-web" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//carte-identite-pro-mamichka-web.jpg" alt="" width="274" height="425" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Il lui a fallu demander un certificat de baptême.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//mamie-bapteme-web.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1369" title="mamie-bapteme-web" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//mamie-bapteme-web.jpg" alt="" width="500" height="332" /></a></p>
<p style="text-align: center;">C&#8217;était en 1942 ? Et alors ?</p>
<p style="text-align: center;">Quand un État force les citoyens à une telle soumission,<br />
une très vieille dame garde un brouillon déchiré dans ses papiers d&#8217;identité</p>
<p style="text-align: center;">Au cas où cela reviendrait?</p>
<p style="text-align: right;">Caillou, le 5 juin 2010</p>
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		<title>Sarcelles 1962</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Mar 2010 19:25:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[Avant, c’était la rue Saint-Ambroise. Un studio très sombre dans un vieil immeuble du onzième arrondissement de Paris. Avant, c’était les chiottes à la turque sur le palier, avec la porte de l’appartement dont je ne devais pas oublier de prendre la clef pour ne pas me retrouver enfermé, en pyjama, dans l’escalier. Avant, c’était [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Avant, c’était la rue Saint-Ambroise. Un studio très sombre dans un vieil immeuble du onzième arrondissement de Paris. Avant, c’était les chiottes à la turque sur le palier, avec la porte de l’appartement dont je ne devais pas oublier de prendre la clef pour ne pas me retrouver enfermé, en pyjama, dans l’escalier. Avant, c’était se laver dans un tub dans l’espace minuscule de la cuisine, se frotter avec un gant puis se rincer avec une casserole d’eau sur la tête. Avant, c’était cette cour intérieure lépreuse que je regardais en rêvassant au lieu de faire mes devoirs. Avant, c’était triste, c’était sombre, c’était pauvre.</p>
<p style="text-align: left;">Après, c’était gai, lumineux et propre. La première salle de bain dans l’appartement ! Une baignoire sabot, les WC, la lumière qui entrait partout. Sarcelles, c’était tout neuf. Nous passions d’un deux-pièces cuisine minuscules à un vrai appartement avec trois chambres et salle de séjour. Une chambre pour ma mère, une pour moi tout seul et une pour la Mamichka, mon arrière grand-mère. Un balcon sur de grands espaces lumineux, une cuisine où l’on pouvait manger, des placards partout… Il y avait même dans cet appartement un séchoir, pour faire sécher le linge, une sorte de balcon fermé, où l’on entreposait les légumes et tout ce qui ne rentrait pas ailleurs.</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellessejour2web.jpg"><img class="size-full wp-image-1221 alignnone" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcellessejour2web" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellessejour2web.jpg" alt="" width="194" height="278" /></a><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellessejourweb1.jpg"><img class="size-full wp-image-1214 alignnone" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcellessejourweb1" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellessejourweb1.jpg" alt="" width="194" height="280" /></a><br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellesmamichkaweb.jpg"><img class="size-full wp-image-1212 alignright" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcellesmamichkaweb" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellesmamichkaweb.jpg" alt="" width="194" height="270" /></a><br />
Avant, c’était encore une sorte d’après guerre, avec des vélos et des hommes en canadiennes marron à gros boutons. Avant, c’était la peur de la guerre en Algérie pour toute la famille restée là-bas, la peur des attentats aveugles. La guerre, l’OAS et le putsch des généraux. Avant, c’est Michel Debré appelant les Parisiens à se rendre sur les aéroports <em>à pied ou en voiture</em>, <em>dès que les sirènes retentiront</em>, pour <em>convaincre les soldats engagés trompés de leur lourde erreur et repousser les putschistes</em>.<br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellesoursweb.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1216" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcellesoursweb" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellesoursweb.jpg" alt="" width="194" height="277" /></a>Après, c’est la Mamichka à la maison, mon arrière grand mère, qui avait vécu toute sa vie à Alger, tout juste débarquée de l’avion à l’aéroport d’Orly. C’est la paix. C’est l’amour entre ces deux femmes, ma mère et sa grand-mère, qui depuis des années s’écrivaient dans l’angoisse et la peur. En 1962 c’est tout un quartier de Sarcelles envahi par les  rapatriés. Il y avait un café en plein milieu qui s’appelait l’OASis et tout le monde savait pourquoi !</p>
<p style="text-align: left;">Dehors sur le parking qui séparait l’allée Watteau de l’allée Fragonard, les arbres qui venaient juste d’êtres plantés, étaient tout petits et ne faisaient pas d’ombre. On y voyait parfois de drôles de gens montrant des ours et des singes.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcelleslagare3web.jpg"><img class="size-full wp-image-1219 alignleft" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcelleslagare3web" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcelleslagare3web.jpg" alt="" width="198" height="139" /></a>La ville était déjà très grande. Elle avait bien dépassé les possibilités de la gare SNCF qui n’était qu’une halte sans bâtiment, surmontée d’un pont, celui de Garges-les-Gonesses. Pourtant tous les matins et tous les soirs des milliers de Sarcellois montaient et descendaient le sinistre escalier de bois. Les journalistes parisiens, bien logés dans les grands appartements du septième arrondissement de la capitale décrivaient avec mépris <em>la Sarcellitte</em> comme une maladie honteuse.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcelleslagareweb.jpg"><img class="size-full wp-image-1218 alignright" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcelleslagareweb" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcelleslagareweb.jpg" alt="" width="213" height="152" /></a></p>
<p style="text-align: left;">Pourtant cette ville brassait des gens de toutes origines et de tous les milieux sociaux, des provinciaux venus travailler à la capitale, des Parisiens chassés par les opérations immobilières et la hausse des loyers, des pieds noirs, des Juifs sépharades et les premiers immigrés maghrébins et africains.</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcelleslagare2web.jpg"><img class="size-full wp-image-1217 alignleft" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcelleslagare2web" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcelleslagare2web.jpg" alt="" width="200" height="148" /></a></p>
<p style="text-align: left;">La Maison de la Jeunesse et de la Culture et la bibliothèque de Sarcelles ouvraient pour une grande partie des jeunes un accès à la culture que Paris leur aurait refusé. Le monde changeait en 1962 et Sarcelles en était la vitrine. Et puis l’année 1962 s’est terminée dans un grand hiver très froid. La chaufferie est tombée en panne. La Mamichka, déjà très âgée, ne sortait plus de l’appartement. Elle est tombée malade et elle est morte en janvier 1963.</p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellesgivreweb.jpg"><img class="size-full wp-image-1220 alignright" style="border: 2px solid black; margin: 5px;" title="sarcellesgivreweb" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content//sarcellesgivreweb.jpg" alt="" width="194" height="283" /></a>Depuis, cette ville est devenue autre chose et comme beaucoup d’autres grands ensembles elle est synonyme de banlieue dangereuse. Elle n’en restera pas moins pour ceux qui ont vécu cette année 1962 comme une première marche vers le confort, la luminosité et… la modernité.</p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: right;">Caillou, 23 mars 2010<br />
<em>Les photos ont été prises par ma mère:<br />
Madeleine SAFRA</em>.</p>
<p style="text-align: left;">Une association de photographes de Sarcelles, un lieu à visiter:<a href="http://www.bellesimages.com/galerie/"><br />
http://www.bellesimages.com/galerie/</a></p>
<p style="text-align: left;">Sur le même sujet on peut lire aussi: <a href="http://cailloutendre.unblog.net/?p=193">http://cailloutendre.unblog.net/?p=193</a></p>
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		<title>Les vacances en Grèce</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Apr 2008 09:02:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte, cette lettre… il vaut mieux que cela soit lu! Excusez-moi pour cette pâle imitation de l&#8217;accent, de la musique et des intonations du &#8220;pataouète&#8221; de Madeleine, mais il vaut mieux une lecture médiocre que pas de lecture du tout! Amusez vous bien.
Caillou.
 
aighon.mp3
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(Photo Mad)
Aighon 4/7/72.
La purée va, si j’aurais su, jamais je viens dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="left"><em>Ce texte, cette lettre… il vaut mieux que cela soit lu! Excusez-moi pour cette pâle imitation de l&#8217;accent, de la musique et des intonations du &#8220;pataouète&#8221; de Madeleine, mais il vaut mieux une lecture médiocre que pas de lecture du tout! Amusez vous bien.</em><em><br />
Caillou.</em></p>
<p align="left"> </p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/aighon.mp3" title="aighon.mp3">aighon.mp3</a></p>
<p align="left">&nbsp;</p>
<p align="center">&nbsp;</p>
<p align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/grece1nbpetit.jpg" title="grece1nbpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/grece1nbpetit.jpg" alt="grece1nbpetit.jpg" /></a></p>
<p align="center">&nbsp;</p>
<h5 align="center">(Photo Mad)</h5>
<p align="justify"><em>Aighon 4/7/72.</em><br />
<em>La purée va, si j’aurais su, jamais je viens dans ce pays pourri ! </em><br />
<em>Le prochain qui vient me le dire, à moi, qu’ici le Paradis c’est pas mieux, la fugur comme une carabasse je lui fais, les dents de devant je lui casse, et son oeil tout bleu y vient quand même il était marron.Toujours je m’ai demandé pourquoi quant y se tiennent la rabia, y’en a qui disent : &#8220;Vas te fair ouar par les Grecs&#8221;: Méteunant, ça yé, j’ai compris. Celui-la que tu peux pas t’le ouar en peintur, c’est pas difficile, tu t’lenvois ici. D’un seul coup, pas deux, tia plus besoin te venger…Tou, y’a rien a fair, j’peux pas t’raconter. Ac’ la rage que je me tiens, y’en aurait pour 25 pages et, en plus, tu les lirais pas, mais le jour de l’arrivée je te donne l’aperçu, et que le cul y me tombe si ça que je dis c’est pas vrai !</em></p>
<p align="justify"><span id="more-213"></span><em>Ce jour-là c’était le mieux de tous : Attends, tu vas ouar ! Quatr’heures après que je me décarcasse dans l’escalier St. Sauveur, ouala, je croyais monter dans l’avion d’Orly. manc de po, c’été pas l’avion (a ouar pourquoi, celui-là y marché pas, ou peut’êtr y faisé la grève) mais l’autobus, et voila qui tourn’ , y retourn’, et y repart le Bourget, sans même qui nous dit pourquoi (tot’ l’mond’ y s’tenait une rage !). la, peut’ èt’ tu crois que c’est fini. Vas, vas, vas de la ! Qui c’est qui trouv’ l’avion méteunan ? Tourn’ et tourn’ dans l’autobus. au bout d’une heure, on trouv’ une casserole pourrie (moins cinq je retourn’ à la maison au lieu de monter dedans), qui veut bien nous prend’ quand même, et ouala comman, au lieu d’arriver Araxos vers 14H30, (ou va saouar quoi, la mort de ses os !) on arrive Athènes a 6h1/2 du soir.</em></p>
<p align="justify"><em>Le bain, je me dis, y’a rien a faire, c’est foutu, mais Denise, la pauv, elle sera contente a saouar que j’ai vu la Cropol, et pis, comme ça, je mourrai pas idiote! Seulment ouala, c’été l’heure de l’anisette (&#8221;l’Ouzo&#8221; qui s’appelle ici) et les Grecs y z’aiment pas se presser. Alors on nous enferm encor une fois l’autobus, a transpirer, sans bouger, sans boir, sans…rien, dans nos beaux habits du Dimanche. On était moitié sfixiés quand le chauffeur plein d’Ouzo glacé (la vache) y s’est décidé à met’ le moteur en marche.Le soleil, bien sûr, y’en avait plus et la Cropol, moins cinq, dans le noir, je me la confonds ac’ la pissotière municipale. Enfin j’l’avais vue, c’été l’essentiel !</em><em> Mais le Pirée, les gros bateaux, tout ça, queue d’Al ! C’été noir comme dans l’derrière d’un nègre (c’est mon père, qu’il est raciste, y dit ça quand fé nuit, et quand il a faim y dit : &#8220;un juif bouilli je m’le mange&#8221;). </em></p>
<p align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/grece2nbpetit.jpg" title="grece2nbpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/grece2nbpetit.jpg" alt="grece2nbpetit.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">(Photo Mad)</h5>
<p align="justify"><em>La route (150 Kms) c’été rien que des trous et des bosses, et dessus y avé queue des camions et des autobus, avec des phares que les yeux y t’arrachent, et des klaxons que les oreilles elles te tombent. Les chauffeurs poids lourds, ici en Grèce, qui z’ont les nerfs tendus pareils que des nouilles trop cuites, y z’ont inventé un jeu qu’il est rigolo comme tout. Y z’arrivent tout doucement sur le derrière de celui quié devant, et pis y se mett’ a hurler jusqu’a c’que l’aut’ y court se jeter dans la mer ou presque. Après y passent à côté, et malheur çuila qui sort seulement la moitié du petit doigt pass’que le doigt entier (A de bon !) y passe pas…Après, celui-là qu’il est derrière, la rage qui se tient, y veut passer par devant. Alors c’est nous aut’ qu’on va sur le bord du précipiss et comme il est tout cabossé, tu sais pas si c’est les Klaxons ou les gens qui crient le plus…Tu ouas, si serait intelligent (mais ça, c’est pas sûr) le Bon Dieu, c’est pareil que ça qui ferait l’entrée de l’enfer. </em></p>
<p align="justify"><em>Au lieu d’enfer (j’auré du me méfiert) aussi qu’on arrive a peu près minuit ? dans leur soi disant &#8220;Paradis. La &#8220;chiffe du village&#8221; (qu’il est dynamic comme un ballon qui s’dégonfle, avec la voix pareille les tapettes, et le poil gris dessus l’oreille -ça les minettes elles raffolent-) y nous fait le discours tout et tout, mais, mais comme y se pense qu’on a bien mangé dans l’avion (a part la fourchette et le couteau en plastique, un os de poulet moisi et une vache qui rit toute molle, on se l’était bien sauté) y nous file juste une vielle soupe qui traine et barka c’est tout. Les valises, a saouar ouelles sont, qui c’est çuila qui les trouve ? Alors, tant pir, on se prend les couvertures, et nous ouala &#8220;dans la forêt profonde&#8221; (un jour j’été a l’Opéra, j’ai entendu ça. Depuis toujours j’m’rappelle) derrière un blond qu’il est beau comme Jésus (G.O. qui s’l’appellent) à chercher nos cases avec une lampe électrique. Lui, bien sûr les cases y sait pas ouelles sont (a part les filles, queue d’Al, y connaît rien du tout), nous encore moins. Alors on met encore une heure a trouver. Partout c’est plein de racines. On tombe dessur, les couvertures avec et t’iauré un peu rigolé me ouar tout’ seule a devant ma case. Les aut’ y s’étaient tous partis, la lampe électrique aussi. Alors moi, tourn et tourn, pas moyen que je trouv’ la porte. D’un peu je me couche devant. A la fin je trouve. </em><em>Je rentre, je tâte partout. Dessus un lit, y’a quelque chose de mou. De peur je touche pas trop. Dessur l’aut’ y’a rien du tout. Alors je més les draps tout mouillés, pass’ qui sont tombés dans la terre, et je commence a fermer un oeil. Just’ quand je vé fermer l’aut’, Seigneur mon Dieu quies quiarrive ? Ouala pas mon lit qui commence sauter partout ?Djing et djang, a gauche, a droite, en avant, en arrière, et la case elle tremble tous les côtés a la fois. Comme j’avais pas trouvé la targette et que la porte je m’l’étais coincé avec un balai trouvé dans un coin, je me pense : c’est la voisine. Elle peut pas rentrer alors elle est pas contente. Alors je lui crie : &#8220;Entrez&#8221; mais personne y me répond, personne y rentre. Alors là, tout de bon, je commence a m’attraper la trouille… Pis comme y’a plus rien qui bouge, et que, même couchée, je tiens plus debout, je ferme un oeil, pis les deux jusqu’a 5 heures du matin.</em></p>
<p align="justify"><em>Toi peut’ èt’ (que tié pas trop bête) t’iauré pensé tout de suite le tremblement d’terre. Moi, queue d’Al, je me pense un ivrogne, un fou, un farceur, mais comment qu’il est dessous, dedans et dehors de la case en même temps, alors ça je comprenais rien, ou alors y z’été plusieurs.C’est le lendemain que j’ai commencé à ouar clair : j’été sur une pierrequ’elle été plus grande qu’une armoire. Ouala que ça rocommance. La pierre, tranquille comme un grec, elle se balance, elle glisse en avant, pis en arrière. C’est comme elle danserait le sirtaki sur du savon mou. Alors Jeannot, la &#8220;chiffe&#8221; du village y nous espliqué que c’est &#8220;rien du tout&#8221;; tout ça c’est &#8220;normal&#8221; parce qu’on est assis juste au-dessus de la chaîne qu’un jour ou l’aut elle doit sauter de partout. Alors y’a pas a s’en faire. &#8220;Ouet ind scie&#8221; comme y dit l’Angliche. La meilleure de cette nuit mémorab, on m’la raconté à tab le lendemain. Un vieux qu’il avé tellement la trouille ouala pas qui sort de sa case pour aller se jeter dans la mer ? Jamais faut faire ça passqu les &#8220;rats de marée&#8221; y sont pires que tout le reste mais lui il en savait rien. Même, le pov, il avait tellement peur que son pyjama y lavé pas mis. Les dames qu’elles étaient sorties en chemises de nuit (les femmes ça pense a tout) quand elles ont vu le vieux tout nu à côté, vite elles se sont jetées en criant dedans leurs cases, et mêmes elles ont mis le lit devant la porte, la peur qu’elles avaient : mieux le tremblement de terre que le vieux !… Moi j’lai pas vu. Peut êt, le pov, il été pas bien beau, mais quand même je sais pas ? Et toi, qu’esse t’aurais fait ?Ouala, le premier jour c’est fini.</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/grece3nbpetit.jpg" title="grece3nbpetit.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/grece3nbpetit.jpg" title="grece3nbpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/grece3nbpetit.jpg" alt="grece3nbpetit.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">(Photo Mad)</h5>
<p align="justify"><em>Alors aut j’t’fais le résumé :2ème jour y’avait du vent. La mer elle était pleine de vagues et plus froide que les glaçons. Tu connais le lac de Lucerne ? À côté y t’ébouillante…3ème jour y’avait l’orage. Le tonnerre, les éclairs, le vent et la pluie, je croyais qui z’allé tout casser, les arbres, les racines en l’air, les huttes en paille, les chaises longues et tout. 4ème jour manific : la mer comme de l’huile, le ciel bleu marine. Pas un petit bout de nuages, un rêve ma fille ! Vite je cours pour rentrer le maillot d’bains. Mais ouala c’était trop beau : je pouvais pas me baigner. Ac ces émotions, bien sûr, y’a rien d’étonnant, mais le bon Dieu, moins cinq, je m’l’étrangle ! Tu me crois, tu me crois pas, cinq jours je pouvais pas me baigner, cinq jours c’été manific. Et jamais plus ça a rocommencé. Le 10ème qui c’est qui m’réveille ? Le vent qui siffle pareil à la locomotive; la poussière qui vole partout, les arbres qui se couchent par terre, et la mer n’en parlons pas : le petit doigt tu mets la dedans, cinq minutes après, personne y te trouve.11ème jour je monte en bateau. Moins une on chavire.12ème jour je monte en bateau, tous on rentre à moitié morts de froid, ac’ l’angine et le rumatiss’.13ème jour pareil. J’en avais marre ! Alors je retourn Athênes ouar la Cropol. La rage que j’avais, peut être ça me l’a fait ouar en travers mais la vérité, c’est comme la Jocond’ que le monde y s’évanouit devant : c’est vieux et c’est tout.’T’ia pas besoin de dire aux amis pass’ qu’après, tous y rigolent, mais ça qu’je pense c’est que si y’avé pas le snobiss, la publicité, le touriss, et le fric que ça rapporte, la Cropol personne y viendré s’le ouar. Et pis d’abord y s’le sont tellement rafistolé que personne y peut saouar ça quiavé déjà 4000 ans avant Jésus Christ, et ça qui z’on fait dessur y a même pas cent ans. D’accord, la &#8220;frisette&#8221; en haut le Partainon, c’est joli. Seulement ouala, comme c’est trop haut pour la ouar, mieux tu la regardes à Paris, dessus un livre, avec un bon fauteuil et l’anisette à côté, que tu prends le torticolis sur place. À de bon y’a rien à faire avec moi !…</em></p>
<p align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/delphesnbpetit.jpg" title="delphesnbpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/delphesnbpetit.jpg" alt="delphesnbpetit.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Delphes (photo Marc)</h5>
<p align="justify"><em>Et pourtant Delphes y m’a presque &#8220;envoutée&#8221;. (T’ia vu ça quand je veux ?) mais, je crois, c’est à caus’ des montagnes autour, et pis toutes ces histoires sur les arb’, les sources et tout, qu’elles sont tellement jolies que presque on y croit. Comme le vent, les vagues et la mer glacée, tous les matins c’est pareil, j’ai été deux fois Patras (40Kms) et trois fois Aighiou (15Kms) même que, moins cinq, je me tomb’ un policier de la route (impeccab’ ma fille !). Manc’ de po y parlé que grec et moi j’y comprenais rien. Alors pas moyen qu’on se met d’accord. Dommage !Le village il est bien joli, plein de tout’ les fleurs et les arb’ que j’aime, mais la plage, ça je l’aime pas : rien que des cailloux gros comme des pastèques, qu’on se tord les pieds dessus. Pour rentrer dans l’eau c’est pire qu’un supplice, et pour en sortir y’a pas moyen, tu peux pas. Y’en a qui z’on appris a nager de force, rien qu’à caus’ de ça !</em></p>
<p align="justify"><em>Les gens ici c’est tous des bourgeois : Rien qui z’attendent le soir pour draguer autour du bar, ou se faire tomber le ventre ac’ l’orchestre. Tous les soirs y se changent les filles et comme ça y sont contents, et les filles aussi. Tous y z’ont leur quat sous… Le reste du tant, tu les mets sur un bateau, y vienn’ tout verts, sur la plage y vienn’ tout rouges. À peine 3 ou 4 y savant nager pour de bon. Les aut’ y bouff et y baisent, c’est tout. Ouala c’est fini. Si t’ia rigolé tant mieux et si tia pas tout compris je te raconte quand je viens. Tout ça c’été pour te dire &#8220;merci&#8221; pour ton liv’, qui m’a fait bien plaisir, a de même que pour tes lettr’. La bise des dimanches je te fais en attendant te la faire de vive voix. Allez tchaou ! et bons baisers tout l’mond’. </em><br />
<em>&#8220;L’ami d’Alger&#8221;.</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/leroro.jpg" title="leroro.jpg"><img vspace="10" align="right" src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/leroro.jpg" hspace="10" alt="leroro.jpg" title="leroro.jpg" /></a><br />
Un grand merci à Denise pour cette lettre de Madeleine dont elle m&#8217;a fait parvenir une copie.<br />
Attention, c&#8217;est de l&#8217;humour et de l&#8217;autodérision. Madeleine, secrétaire de direction bilingue n&#8217;écrivait pas comme cela d&#8217;habitude…</p>
<p>Sur le &#8220;pataouète&#8221; on peut lire le bouquin de Roland Bacri paru chez Denoël en 1969: &#8220;Le Roro&#8221;.</p>
<p align="right">&nbsp;</p>
<p align="right">&nbsp;</p>
<p align="right">Caillou. 16 novembre 2007</p>
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		<itunes:subtitle>Ce texte, cette lettrehellip; il vaut mieux que cela soit lu! Excusez-moi pour cette pacirc;le imitation de l'accent, de la musique et des intonations du ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>Ce texte, cette lettrehellip; il vaut mieux que cela soit lu! Excusez-moi pour cette pacirc;le imitation de l'accent, de la musique et des intonations du "pataouegrave;te" de Madeleine, mais il vaut mieux une lecture meacute;diocre que pas de lecture du tout! Amusez vous bien.
Caillou.
nbsp;
aighon.mp3
#160;
#160;

#160;

(Photo Mad)
Aighon 4/7/72.
La pureacute;e va, si jrsquo;aurais su, jamais je viens dans ce pays pourri ! 
Le prochain qui vient me le dire, agrave; moi, qursquo;ici le Paradis crsquo;est pas mieux, la fugur comme une carabasse je lui fais, les dents de devant je lui casse, et son oeil tout bleu y vient quand mecirc;me il eacute;tait marron.Toujours je mrsquo;ai demandeacute; pourquoi quant y se tiennent la rabia, yrsquo;en a qui disent : "Vas te fair ouar par les Grecs": Meacute;teunant, ccedil;a yeacute;, jrsquo;ai compris. Celui-la que tu peux pas trsquo;le ouar en peintur, crsquo;est pas difficile, tu trsquo;lenvois ici. Drsquo;un seul coup, pas deux, tia plus besoin te vengerhellip;Tou, yrsquo;a rien a fair, jrsquo;peux pas trsquo;raconter. Acrsquo; la rage que je me tiens, yrsquo;en aurait pour 25 pages et, en plus, tu les lirais pas, mais le jour de lrsquo;arriveacute;e je te donne lrsquo;aperccedil;u, et que le cul y me tombe si ccedil;a que je dis crsquo;est pas vrai !
Ce jour-lagrave; crsquo;eacute;tait le mieux de tous : Attends, tu vas ouar ! Quatrrsquo;heures apregrave;s que je me deacute;carcasse dans lrsquo;escalier St. Sauveur, ouala, je croyais monter dans lrsquo;avion drsquo;Orly. manc de po, crsquo;eacute;teacute; pas lrsquo;avion (a ouar pourquoi, celui-lagrave; y marcheacute; pas, ou peutrsquo;ecirc;tr y faiseacute; la gregrave;ve) mais lrsquo;autobus, et voila qui tournrsquo; , y retournrsquo;, et y repart le Bourget, sans mecirc;me qui nous dit pourquoi (totrsquo; lrsquo;mondrsquo; y srsquo;tenait une rage !). la, peutrsquo; egrave;trsquo; tu crois que crsquo;est fini. Vas, vas, vas de la ! Qui crsquo;est qui trouvrsquo; lrsquo;avion meacute;teunan ? Tournrsquo; et tournrsquo; dans lrsquo;autobus. au bout drsquo;une heure, on trouvrsquo; une casserole pourrie (moins cinq je retournrsquo; agrave; la maison au lieu de monter dedans), qui veut bien nous prendrsquo; quand mecirc;me, et ouala comman, au lieu drsquo;arriver Araxos vers 14H30, (ou va saouar quoi, la mort de ses os !) on arrive Athegrave;nes a 6h1/2 du soir.
Le bain, je me dis, yrsquo;a rien a faire, crsquo;est foutu, mais Denise, la pauv, elle sera contente a saouar que jrsquo;ai vu la Cropol, et pis, comme ccedil;a, je mourrai pas idiote! Seulment ouala, crsquo;eacute;teacute; lrsquo;heure de lrsquo;anisette ("lrsquo;Ouzo" qui srsquo;appelle ici) et les Grecs y zrsquo;aiment pas se presser. Alors on nous enferm encor une fois lrsquo;autobus, a transpirer, sans bouger, sans boir, sanshellip;rien, dans nos beaux habits du Dimanche. On eacute;tait moitieacute; sfixieacute;s quand le chauffeur plein drsquo;Ouzo glaceacute; (la vache) y srsquo;est deacute;cideacute; agrave; metrsquo; le moteur en marche.Le soleil, bien sucirc;r, yrsquo;en avait plus et la Cropol, moins cinq, dans le noir, je me la confonds acrsquo; la pissotiegrave;re municipale. Enfin jrsquo;lrsquo;avais vue, crsquo;eacute;teacute; lrsquo;essentiel ! Mais le Pireacute;e, les gros bateaux, tout ccedil;a, queue drsquo;Al ! Crsquo;eacute;teacute; noir comme dans lrsquo;derriegrave;re drsquo;un negrave;gre (crsquo;est mon pegrave;re, qursquo;il est raciste, y dit ccedil;a quand feacute; nuit, et quand il a faim y dit : "un juif bouilli je mrsquo;le mange"). 


(Photo Mad)
La route (150 Kms) crsquo;eacute;teacute; rien que des trous et des bosses, et dessus y aveacute; queue des camions et des autobus, avec des phares que les yeux y trsquo;arrachent, et des klaxons que les oreilles elles te tombent. Les chauffeurs poids lourds, ici en Gregrave;ce, qui zrsquo;ont les nerfs tendus pareils que des nouilles trop cuites, y zrsquo;ont inventeacute; un je...</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Histoire,de,Mad</itunes:keywords>
		<itunes:author>caillou.toulouse@orange.fr</itunes:author>
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		<title>OH-OH-HOCHIMIN CHE-CHE-GUEVARA…</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Dec 2007 08:10:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Je me souviens quand tu courais, le long du trottoir, pendant une manifestation contre la guerre du Vietnam. Des milliers de gens autour de nous hurlant : OH-OH-HOCHIMIN CHE-CHE-GUEVARA…  En sautant comme des fous. Et toi, Madeleine, ne pouvant pas courir avec tes talons, sautillant, à coté, sur le trottoir. Nous étions des milliers et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">Je me souviens quand tu courais, le long du trottoir, pendant une manifestation contre la guerre du Vietnam. Des milliers de gens autour de nous hurlant : OH-OH-HOCHIMIN CHE-CHE-GUEVARA…  En sautant comme des fous. Et toi, Madeleine, ne pouvant pas courir avec tes talons, sautillant, à coté, sur le trottoir. Nous étions des milliers et je ne me souviens que de toi. Je me retournais pour voir si tu suivais. Nous étions en chaînes. Nous avions vingt ans. Nous allions détruire le vieux monde et tu étais avec moi ! Si tu savais ce qu’il est devenu le vieux monde !</p>
<p align="justify"><span id="more-229"></span><br />
OH-OH-HOCHIMIN CHE-CHE-GUEVARA… Quelques mois après la victoire du Viêt-Cong, la presse <em>bourgeoise</em> a commencé à parler des <em>boat people</em>, ces chinois qui foutaient le camp du Vietnam dans des embarcations de fortune. Tous ces gens mourant sur la mer de Chine, de soif, de faim, violées, assassinés par les pirates malais. Les démocraties occidentales les envoyaient croupir dans des mouroirs, sur des îlots perdus, sans soins, sans espoir. Pas de ça chez nous !</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">OH-OH-HOCHIMIN CHE-CHE-GUEVARA… Les khmers rouges ont gagné au Cambodge et ils ont assassiné un cinquième de la population. Nous avons mis du temps avant de nous en rendre compte tellement nous étions sûr que c’était de la propagande américaine. Et bien, c’était vrai !</p>
<p align="justify">
OH-OH-HOCHIMIN CHE-CHE-GUEVARA… À Cuba, Fidel emprisonne les homosexuels et les dissidents. La prostitution est revenu. On accueille maintenant tous les touristes, de n’importe quel pays, pourvu qu’ils emmènent des dollars. Le pays est économiquement moribond et son <em>leader maximo</em>, grabataire, est toujours là, inébranlable devant sa défaite. Ils ont reconstruit les gérontocraties soviétiques. Et les Cubains partent à la nage, accrochés à des matelas gonflables, rejoindre l’Eldorado de Miami.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Disparue en 1973, tu n’auras pas assisté à cet effondrement de la moitié du monde, à cet écroulement du <em>socialisme réel</em>, le mur de Berlin qui tombe, Léningrad redevenant Saint Petersbourg, le capitalisme s&#8217;installant en Chine, mais aussi, et surtout à cet arrachement de toutes les valeurs  qui nous faisaient courir, tous les deux, parmi des milliers d’autres, sur ces pavés glissants, dans le treizième arrondissement, en scandant à pleins poumons : OH-OH-HOCHIMIN CHE-CHE-GUEVARA…</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="right">Caillou, 5 décembre 2007</p>
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		<title>Une correspondance de guerre … 1962, suite et fin.</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Nov 2007 19:16:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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Carte postale: Alger, la rue d&#8217;Isly
En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète un appartement à Sarcelles, dans le nord de la banlieue parisienne.
Pendant toutes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/rue-dislypetite.jpg" title="rue-dislypetite.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/rue-dislypetite.jpg" title="rue-dislypetite.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/rue-dislypetite.jpg" title="rue-dislypetite.jpg" alt="rue-dislypetite.jpg" height="377" hspace="5" vspace="5" width="561" /></a></p>
<h5 align="center">Carte postale: Alger, la rue d&#8217;Isly</h5>
<p><span id="more-193"></span>En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète un appartement à Sarcelles, dans le nord de la banlieue parisienne.<br />
Pendant toutes ces années elle reçoit des lettres de sa famille algérienne.<br />
Principalement de sa grand-mère, de quatre-vingts ans, qui signe souvent Mamichka, qui vivait en plein cœur d’Alger, place du Gouvernement, juste en dessous de la Casbah. Mais aussi de son frère Pierre, pilote dans le port de Mostaganem, d’une <em>tantoune</em>, l’amie de sa tante paternelle, d’une amie d’enfance, Francine, professeur de philosophie du Cap-Matifou. D’autres parents, plus éloignés, ou d’amis, écrivent également. D’autres lettres d’Algérie arrivent aussi pendant l’année 1962, mais elles sont adressées à la grand-mère, venue vivre avec nous à Sarcelles.<br />
Madeleine, vivant à Paris depuis 1947, a vécu douloureusement toute cette période. Non pas pour l’Algérie<em>Française</em> dont elle pensait qu’elle n’avait pas d’avenir, mais pour l’Algérie tout court et les drames qui touchaient, là-bas, sa famille et ses proches.<br />
De toute cette correspondance privée, je ne donne que des extraits concernant les <em>événements</em> en Algérie. Mais je donne à lire ces extraits parce qu’ils parlent d’un <em>état d’esprit</em> qui évolue…<br />
De même qu’il n’y a pas un seul peuple <em>pied-noir</em>, rendu caricatural par les simplifications historiques, mais de multiples individus de différentes classes, pays et origines, il n’y a pas non plus une pensée figée, mais un inconscient collectif qui va évoluer considérablement entre 1954 et 1962.</p>
<p><strong>Les dates  pour comprendre la période</strong><br />
<strong> 1962</strong><br />
26 mars: fusillade de la rue d&#8217;Isly: 46 morts, 126 blessés<br />
8 avril : 98% de oui au référendum sur l&#8217;indépendance de l&#8217;Algérie.<br />
2 août : Attentat du Petit-Clamart.<br />
<strong> 1963</strong><br />
3 et 4 janvier: Cour de sûreté de l&#8217;Etat<br />
14 février:  complot de l&#8217;École militaire<br />
11 mars:  J.Bastien-Thiry fusillé pour l&#8217;attentat du Petit-Clamart.</p>
<p align="center">…</p>
<p>Après le 10 février,  les lettres que reçoit Mamichka lui parviennent en France.</p>
<p align="justify"><em>Mostaganem le 11 février 1962</em><br />
<em>Chère grand-mère. […] Ici il pleut sans discontinuer depuis 4 jours, un véritable déluge! Nous attendons les négociations et la fin du mois de février sans aucune impatience car rien ne sera encore réglé et la pagaille sans doute encore plus grande […] Pierre.</em></p>
<p align="justify"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-h.jpg" title="sarceles-h.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-b.jpg" title="sarcelles-b.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-b.jpg" alt="sarcelles-b.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Sarcelles (photo Marc)</h5>
<p align="justify">Le 26 février, un assureur algérois continue à réclamer 32,89 NF à la grand-mère car les quittances échues pour 1960 et 1961 sont restées impayées. Le monde brûle et les gens des contentieux continuent leur petit travail comme si de rien n’était !</p>
<p align="justify"><em>Samedi 29/2/62<br />
Ma petite Mady. Mémé est très bien en photo, […] Berthe a t’elle gâté mémé? J’ai insisté pour qu’elle lui passe un colis de soubressade. […] Nini. - Ma chère mémé. Sur mon mandat, je vous disais «lettre suit», or en sortant de la Poste j’ai fait mon marché, tout allait bien. En rentrant à la maison, j’ai été prise de violents frissons, je me suis couchée. Je suis restée 10 jours au lit, personne pour me faire une infusion.Plus que jamais j’ai compris la nécessité de m’en aller. Il faisait un froid de loup, et quand je me levais garnir mon poêle pour chauffer un peu ma maison, j’avais une frayeur de mettre le feu. Dites vous bien que maintenant à Alger je n’ai plus personne. […] Ici il n’est pas question d’aller à l’hôpital. Alger est devenue la caverne d’Ali Baba et des 40 voleurs. Nini</em></p>
<p align="justify">Lettre de la mamie à une voisine: Léa.<br />
<em>Ma chère Lilette. Une semaine bientôt que je suis à Sarcelles et n’ai pu vous écrire. Comment allez-vous tous? Je pense qu’il ne vous est rien arrivé de fâcheux. Je sais que les attentats se multiplient àAlger et l’on parle de cessez-le-feu! Drôle de cessez-le-feu? Pensez-vous toujours au départ éventuel à Montfermeil ? Comment va votre maman? Vous débrouillez-vous tant bien que mal avec les meubles de la rue Sainte? Je voudrais tant qu’ils vous servent à quelque chose. […] Je vous écris tout de travers, mettant la charrue avant lesbœufs mais dites à votre maman que je vous regrette tous ainsi que Kiki et les petits oiseaux.<br />
Tout est tellement cher ici qu’il y a de quoi devenir fou. La boîte de lait Nestlé a 110 F à Alger est à 145 ici, les artichauts à 360 F le kilo, le lait frais que je croyais bon marché à 85 F le litre et tout à l’avenant.<br />
Je suis en soucis pour tous ces attentats en Algérie et malgré le cessez-le-feu qui est dit-on pour la semaine prochaine les attentats </em>(illisible)<em>mais encore peut être plus violents encore, paraît-il. Je me fais beaucoup de mauvais sang pour vous! Je dois vous dire que j’ai fait un voyage merveilleux. En 2 heures, j’ai traversé la Méditerranée et la France, et en mangeant un bon petit-déjeuner. Il faisait plus froid à Alger le matin de mon départ qu’à mon arrivée à Orly où ma petite fille m’attendait avec son amie et son auto. Nous avons traversé Paris avec un soleil magnifique. Il paraît qu’il fait très froid ces jours-ci malgré le soleil mais je ne m’en aperçois pas car l’appartement deMady est chauffé.<br />
Mon petit-fils a un trajet si dangereux à faire que je crains tout pour lui, le pauvre. </em>(C’est de moi qu’il s’agit. Elle s’affolait de ce que je doive, pour aller à l’école, prendre le train et le métro tous les matins et tous les soirs…)<em> Avez-vous vu Berthe? A t’elle débarrassé ses affaires? […] </em>(Elle demande des nouvelles de tous les voisins…)<em> Votre amie Françoise.</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-b.jpg" title="sarcelles-b.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-h.jpg" title="sarceles-h.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-h.jpg" alt="sarceles-h.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Le bidonville de Sarcelles (photo Mad)</h5>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Mostaganem le 6 mars<br />
Chère grand-mère, […] Inutile de te parler de l’atmosphère qui règne ici. On enterre «au galop» souvent sans fleurs ni couronnes. Les prêtres eux-mêmes n’ont plus droit aux palabres et à 9h30 tout doit être terminé. Pourtant il y a trois ans encore les victimes, pour les mêmes motifs, avaient droit aux discours du général et du préfet, à la médaille, de la valeur militaire à la légion d’honneur… Au respect de la France! […] Pierre.</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 11 mars 1962</em><br />
<em> Ma très chère amie.</em><br />
<em>Comme vous le savez lundi nous nous sommes réveillés en fanfare. Pour la première fois j’ai eu peur et remercié le ciel de m’avoir pris ma mère. Tout le haut de la rue de Tanger, la rue Villegaignon, a été esquinté, le beau magasin de vaisselle réduit en miettes. On ne voit plus que murs calcinés, rideaux gondolés. Pour la troisième fois dans la maison, les carreaux ont été cassés. Chez moi il n’y a rien eu, c’est surtout l’angle de la maison qui a souffert. Mais, comme chez mes patrons les grands carreaux ont été cassés. J’ai passé la matinée à ramasser les vitres, quand j’en ai eu fini, j’avais le lumbago.</em><br />
<em>Les informations vous relatent les faits bien imparfaitement. Quand on vous dit qu’un homme a été tué place Dutertre et pendu tout nu à un arbre. On lui met une étiquette ainsi libellée : «J’ai tué, on m’a tué, j’ai payé » Evidemment tous ces attentats sont déplorables. La rue Bab El Azoun est complètement déserte. On s’apitoie sur les victimes d’Issy-les-Moulineaux, mais </em>(pas sur)<em> nous qui depuis 7 ans vivons ces heures tragiques. Il serait grand temps que tout cela cesse. […]<br />
Donnez-moi de vos bonnes nouvelles. Affectueusement. Nini.</em><br />
<em> </em></p>
<p align="justify"> <em>Alger le 12/3/1962</em><br />
<em>Ma chère mémé. J’ai reçu votre lettre qui m’a fait bien plaisir que vous ayez fait un bon voyage, je vous assure que j’avais peur. Pour lecœur, il me tardait de recevoir de vos nouvelles, tant mieux! Vous pouvez remercier Dieu que vous avez une gentille petite fille. Au moins pour le moment, vous avez l’esprit tranquille. Ici, de plus en plus les ambulances! La place du Gouvernement vous ne la reconnaîtriez plus, c’est plein de fils barbelés. Sitôt que vous êtes partie, je suis allée chez vous. J’ai vu Lilette et sa mère.[…] Martin a eu peur d’aller chercher la table. Elle est toujours chez la concierge avec la corbeille. J’aurais dû le prendre pendant que vous étiez là mercredi. Je me suis dit, je vais aller voir, au moins prendre la corbeille. J’arrive sur la place, j’entends des coups de revolvers. Heureusement pour moi que je n’étais pas rentrée sinon je ne pouvais plus sortir. Ils ont aussitôt tout encerclé de fils barbelés. Je ne peux en raconter davantage. Je suis repartie et vite. J’y suis retournée le samedi 10. Je suis allé chez André demander après Melle D.. La dame m’a répondu que M. D. avait quitté le 1er Mars. Je suis monté. Personne ne m’a répondu. De dehors, aux vitres on ne voit que des chiffons. On ne voit personne. Je crois bien qu’elles sont parties.</em><br />
<em> Vous le saurez par </em>(illisible)<em>sûrement vous devez lui écrire. Peut-être qu’elles sont parties en France. Enfin, adieu ma table. Je me suis dépêchée à descendre. Aussi je n’y retourne plus j’ai eu trop peur. […] Les facteurs ne passent plus. Il faut chercher le courrier dans les cinémas. Ils ont tué 4 facteurs c’est pourquoi qu’il faut chercher son courrier. Moi c’est chez Celti. […] Je vous écris et les ambulances passent. Enfin à la volonté de Dieu. Berthe.</em><em>16 mars 1962</em><br />
<em>Chère tante. […] Depuis quelques jours, nous sommes gâtés par la température, un véritable temps de mars, un jour avec un soleil de plomb, le lendemain un froid de canard avec de la pluie et du vent. Avec cela les affaires qui ne s&#8217;arrangent pas. Je crois que vous êtes partie au bon moment. Votre ancien quartier est complètement désert. La place est entourée de barbelés ce qui lui donne un aspect plus propre. Les jours passent malgré tout sans que nous en rendions compte en s&#8217;abrutissant au travail. J&#8217;ai téléphoné hier à la société de transport, pour savoir s&#8217;il pouvait me renseigner sur vos malles. Ils vous conseillent de vous adresser à l&#8217;adresse suivante […] Les </em>(illisible)<em> vont bien, nous nous voyons plus rarement en raison des événements. </em><em> […] </em><em>Nous avons eu, il y a quelques jours un réveil détonnant : 104 plastiquages disent les uns, 117 disent les autres. Dans notre rue, une charge placée à quelques mètres de notre immeuble nous a brisé pas mal de vitres. L&#8217;école a eu également un nombre important de vitres à remplacer. Voilà donc quelque nouvelle qui vous permettent de revivre le climat que vous venez de quitter. En attendant le plaisir de vous lire… Roger</em><br />
<em> </em></p>
<p align="justify"><em>Le 18 Mars 1962. Chère tante. Nous avons bien reçu, le soir de votre départ d’Alger votre télégramme nous annonçant votre arrivée à Orly et, depuis peu, votre lettre du 20 février, qui a séjourné plusieurs jours dans les sacs du service des postes. Depuis une dizaine de jours, le courrier n’est plus distribué. Il nous faut le retirer, par groupe d’immeuble, dans des centres de tri. C’est la belle vie qui continue… […] Vous allez pouvoir oublier ce coin de la rue Saintes qui maintenant est complètement désertée, et pour cause! Laissez vous gâter et dorloter, pour vous le reste ne doit plus compter.[…] Roger</em></p>
<p align="justify"><em>Mosta le 21 Mars (1962)<br />
Chère grand-mère […] Ici c’est le printemps, mais le printemps sous la pluie, le vent, les coups de mitraillette et les incendies à chaque coin de rue.<br />
Dire que c’est nous maintenant les criminels, les galeux, les fascistes, qu’une bonne majorité des Français voudrait bien voir crever en vitesse parce qu’ils croient que pour eux ce sera la paix. Pauvres idiots après l’Algérie ce sera encore la guerre, mais nous n’aurons jamais pour eux l’attitude révoltante qu’ils auront eu pour leur propre armée et pour nous-mêmes. Le dernier bastion du capitalisme ! Tu parles! Le dernier bastion de la propreté, oui! Les pleins d’pognon y’a belle lurette que la France les a recueillis, les autres y peuvent claquer, on n’a pas besoin d’eux! […]Pierre.</em></p>
<p align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-c.jpg" title="sarcelles-c.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-c.jpg" alt="sarcelles-c.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Sarcelles (photo Marc)</h5>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Cap Matifou le 21 mars 1962<br />
Mady. […] Tout le courrier est interrompu depuis une semaine et je n’ai pas reçu la lettre de toi promise. Aujourd’hui le facteur est passé mais sans s’arrêter. Il ne doit remettre que du courrier venu d’Algérie. J’espère en tout cas recevoirquelque chose de toi dès que le courrier de France arrivera. </em><em> […] C</em><em>e n’est sans doute pas cela que tu attends de moi mais des nouvelles d’ici. On en a peu à te donner. On en sait moins de près que de loin et nous tenons la plupart de nos informations d’Europe N°1. Enfin, le pays est plus calme qu’on s’y attendait, malgré les horreurs d’hier (obus éclatant place du gouvernement), tu dois te réjouir d’avoir enlevé la grand-mère de ce milieu. […] Les gosses ne semblent pas trop se rendre compte de ce qui se passe.Cécile prend toujours les bruits d’explosion pour celui d’une porte qui claque. Les grandes, heureuses de voir leurs vacances avancées font d’interminables parties d’osselets et tressent des scoumounes… J’ai eu François très fatigué (grippe, angine et abcès dans la gorge) en pleine grève générale. Ni toubibs, ni pharmaciens (d’ailleurs, au Cap, après avoir plastiqué 2 fois la pharmacie, on a fini par tuer nos deux petits</em><em> pharmaciens musulmans). Impossible de téléphoner d’un poste privé, enfin, j’ai pu avoir par l’École, en officiel, une “consultation” à distance avec le médecin du Cap, qui a d’ailleurs confirmé mon traitement. Heureusement qu’avec les gosses, j’ai toujours une pharmacie bien achalandée. Enfin, après avoir fait du 40° pendant 2 jours voici mon François peu près remis sur pied</em><em> […] </em><em>Grosses bises à Marc, à la mémé et à toi. Francine.</em></p>
<p align="justify"><em><br />
</em>(Cap-Matifou)<br />
<em>Lundi 26 mars 1962. […] C’est un foutoir invraisemblable. Ordres et contre-ordres, incohérence absolue. Les « autorités « (lesquelles) permettant les départs établissant des « ponts aériens &#8220;, l’armée interdisant l’approche de l’aérodrome aux voyageurs non munis de billets lesquels billets sont censé être distribués dans l’aérodrome, et les compagnies d’aviation refusant d’en délivrer etc. On a l’impression sinon d’une connivence du moins d’une convergence &#8220;gouvernement – OAS&#8221; pour maintenir ici nos braves pieds-noirs avant le “oui” massif attendu. Après quoi ils pourront peut-être aller parfaire leur réputation en métropole ! Mes filles sont très déçues et leur foi dans la toute puissance parentale très ébranlée. Minou disait &#8220;j’en ai assez de ce pays de fous. Tout le monde est fou, même…&#8221; Et elle s’est interrompue ! Moi aussi je suis désolée. La fin de la semaine a été terrible. On a vécu à l’écouted’Europe N°1 d’heure en heure. Ici tout est calme ou, tout au moins les &#8220;incidents&#8221; parfois graves n’ont lieu qu’à quelques distances: Fort de l’eau,Ain-Taya , ou même un camp distant de 200 ou 300 mètres seulement où il y a eu des tirs, dont nous n’avons rien entendu. Grève sur grève naturellement, ravitaillement très irrégulier, on a quelques réserves, bien peu mais on n’ose y toucher de peur d’une grève prolongée. Phil s’est rendu ce matin à une réunion urgente en vue d’organiser, de créer, des &#8220;ateliers d’urbanisme” avec la même conviction que les gars qui discutaient du sexe des anges ! Francine</em></p>
<p align="center"><em> </em></p>
<p align="justify"> <em>Le 7 avril 1962</em><br />
<em>Chère tante […] Après les événements de Bab El Oued il y a eu ceux de la rue d’Isly qui ont fait de nombreux morts. Maintenant c’est les attentats qui continuent à faire des morts. Nous avons pour notre part été mitraillés alors que nous étions bien tranquillement chez nous. On ne distribue plus le courrier à domicile. Il faut aller le retirer par immeuble dans les centres de distribution installés par quartier. Nous n’avons pas trop souffert pendant les événements de Bab El Oued. En faisant la chaîne on pouvait avoir du pain et du lait. Les derniers jours, les légumes se faisaient rares, mais avec les réserves ont a pu s’arranger. Nous avons souvent pensé à vous pendant ces moments. Comme vous avez bien fait d’avancer votre départ! Tout le coin de la place du gouvernement est bouclé, il nous aurait été matériellement impossible de venir vous voir et de vous ravitailler. Ainsi vous pourrez au moins finir vos vieux jours dans la paix. Ce que nous ne sommes pas près d’avoir.</em><br />
<em>Les enfants vont bien, ils sont aujourd’hui avec nous et nous chargent de vous embrasser. Nous n’avons pas revu Berthe depuis sa dernière lettre&#8230; Quant aux M. ils vont bien malgré la grosse peur qu’ils ont eu le jour de la fusillade. Paulette qui était parti à son travail n’a pas pu rentrer chez elle de la nuit. Elle avait traversé tout Bab El Oued sous une pluie de balles, mais, arrivée rue Montaigne elle n’a pas pu aller plus loin. Elle a été recueillie par une dame qui l’a fait rentrer chez elle et lui a offert l’hospitalité jusqu’au lendemain. Elle a pu avoir ses parents par le téléphone et les tranquilliser.</em><br />
<em>Il n’y a rien eu de sensationnel à Kouba. Je n’ai pas pu avoir Jean-Pierre au téléphone, je vous promets de le faire dès que possible.</em><br />
<em> Nous vous embrassons tous très affectueusement. Roger</em></p>
<p align="justify"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-g.jpg" title="sarceles-g.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-g.jpg" title="sarceles-g.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-g.jpg" alt="sarceles-g.jpg" /></a></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<h5 align="center">Le bidonville de Sarcelles (photo Mad)</h5>
<p align="justify"><em>Alger le 29 avril 1962</em><br />
<em>Ma très chère amie. Vous me manquez terriblement. J’étais accoutumée à venir vous parler de tous mes ennuis. Dieu sait qu’ils ne manquent pas, mais je me réjouis de vous savoir loin de cet enfer qu’est devenu Alger. Ne parlons pas de votre quartier. Les autobus ne passent plus rue Bab Al Azoun.</em><em> Le (</em>illisible : peut être «gagne-petit?<em>) est allé s‘installer rue Michelet. Pour ma part, depuis votre départ , j’y suis allée une fois, je voulais m’acheter un chapeau, je n’ai d’ailleurs rien trouvé. […] J’aurais voulu vous envoyer des dattes. Pour l’instant elles ne sont pas belles. Elles sont sèches et véreuses. […] En ce moment les oranges sont délicieuses. Vous vous régaleriez.[…]</em><br />
<em>Le frère de ma nièce est mort trois jours après le mariage de sa sœur. Il aurait eu 41 ans en juillet. Le samedi matin 10 mars, il a accompagné sa sœur à l’autel et le mardi matin, quand on est allé le réveiller, on l’a trouvé mort, dans la position du sommeil, les yeux fermés, le bras replié comme s’il dormait. Il a eu une crise cardiaque. La veille, devant lui, deux personnes avaient été tuées. Un commandant en retraite, que tout le monde estimait, une personne en voulant le secourir a été aussi mortellement blessée. On pense qu’il n’a pas pu résister à ce choc.</em><br />
<em>En fait d’émotion, nous sommes servis. Alger est d’un triste! Tous les mozabites sont fermés. Les uns ont été tués, les autres sont partis dans leurs pays. (</em>Je pense, mais c’est à vérifier, qu’elle veut dire que toutes petites épiceries tenues pas des musulmans mozabites sont fermées - Leur pays: le sud Algérien<em>) On se demande comment on va sortir de ce chaos. Et vous, comment allez vous? N’avez-vous pas eu trop froid? J’ai passé de tristes fêtes de Pâques, seule dans mon lit avec la fièvre pour compagnie. J’ai dû quand même me lever pour aller faire mes commissions. Pour moi, rien de changée, ma vie continue, aussi triste que toujours. Donnez-moi vite de vos nouvelles. Je vous embrasse. Nini.</em></p>
<p align="justify"><em>Le 2 mai 1962<br />
Chère tante.</em><em> […] Ici la vie continue au milieu des explosions, des attentats de toutes sortes. Nous nous demandons quand et comment cela finira.<br />
Nous avons eu une assez longue période de mauvais temps qui rendait la vie encore plus triste.[…] Roger et Jeannette</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-a.jpg" title="sarcelles-a.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-a.jpg" alt="sarcelles-a.jpg" /></a></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<h5 align="center">Sarcelles (photo Marc)</h5>
<p align="justify"><em>6 mai 1962</em><br />
<em>Chère tante. […] De Berthe point de nouvelles. Je n’ai pas pu lui téléphoner, n’ayant pu me rendre à mon bureau de toute la semaine en raison des événements, le quartier étant bouclé. Nous voulons croire que rien de grave ne lui soit arrivé. Ce matin, vers midi, nous étions à table avec les enfants lorsqu’une forte explosion nous a fait tous sauter. C’était une forte charge d’explosifs qui venait de sauter à l’intérieur du collège qui fait face à notre immeuble. Après un instant d’émotion, nous nous sommes remis à manger. C’est vous dire que l’on s’habitue à tout. Je pense que dans votre ancien quartier, il n’y a plus personne, du reste il est bouclé en permanence.[…] Jeanne.</em></p>
<p>Une lettre du propriétaire de l’appartement d’Alger:</p>
<p align="justify"><em>Alger le 8 mai 1962</em><br />
<em>Chère madame. J’ai reçu seulement hier votre nouvelle adresse. […] En raison des événements survenus depuis votre départ d’Alger, votre lettre du 2 mars ne m’est pas parvenue et moi-même n’ai pu vous répondre du fait que je n’avais pas votre adresse. Le lendemain de votre départ, j’ai eu d’abord de gros ennuis à mon bureau, les personnes à qui vous aviez vendu vos meubles, en les emportant avec les lustres, ont arraché l’installation électrique et même coupé le téléphone. Ceci est un premier déboire car dans les jours qui ont suivi votre appartement a été occupé de force et, quelques jours après la porte de séparation avec mon bureau a été forcée et mes 2 pièces occupées, mon mobilier de bureau, mes papiers etc. bouleversés et mes machines à écrire ont disparu. Je n’ai pu retourner à mon bureau depuis car l’entrée de la rue Sainte est barrée, encore actuellement.</em><br />
<em> Voilà la situation et moi-même ainsi que mes 2 sœurs sommes maintenant hébergés chez mon beau-frère provisoirement. Nous n’allons que très rarement rue Bab El Azoun et en outre les 2 pièces de mon bureau rue Sainte ont été occupées par les mêmes personnes qui ont pris votre appartement.</em><br />
<em>Je vous demande donc dans votre intérêt d’écrire vous-même au service téléphonique des PTT pour leur indiquer que votre appartement ayant été occupé depuis près de 1 mois et demi vous demandez que votre ligne soit annulée. Ne faisant plus rien et un peu désemparé actuellement j’attends, si possible, des jours meilleurs. Je termine madame, en vous embrassant et mes 2sœurs se joignent à moi pour cela.</em><br />
<em> </em></p>
<p align="justify"><em>Mosta 23 mai</em><br />
<em> Chère grand-mère. </em><em> […] </em><em>En effet, pas question de prendre des vacances cet été, nous avons ici d’autres distractions. Maintenant c’est une cohue générale, car il n’y a pas assez de moyens de transport. […] Comme tu le penses, je suis on ne peut plus heureux que tu te sois décidée à partir, à la bonne époque, sans attendre la période chaude. Quel soulagement de te savoir à Paris avec Mady. Je sens d’ailleurs à tes lettres que le moral est bien meilleur que celui que tu avais Place du Gouvernement. […] Pierre.</em><br />
<em> </em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 26 mai 1962</em><br />
<em>Ma chère mémé. Tu devais désespérer de revoir un jour mon écriture, mais depuis 3 mois, que tu as quitté le rivage algérien, bien des événements se sont passé qui m’ont incité à rentrer physiquement et moralement dans ma coquille, suivant en cela l’exemple de nombreux Algérois.</em><em> Je ne pouvais néanmoins laisser passer la traditionnelle &#8220;fêtes des mères&#8221; sans t’adresser mes plus affectueuses pensées et mes vœux bien sincères de santé et de sérénité dans cette douce France qui n’a pas l’air de comprendre les parias et les desperados que sont devenus une grande majorité de ses fils d’outre-mer.</em><br />
<em>J’ai appris avec beaucoup de soulagement que ton baptême de l’air en Caravelle s’était passé dans d’excellentes conditions, car, il faut bien que je te l’avoue, je t’ai quitté avec beaucoup d’appréhensions sur le terrain de Maison-Blanche, appréhension injustifiée puisque tu as gaillardement fait la pige au grand cerf-volant. </em><em> […] </em><em>Quant à nous nous avons été dans l’obligation de quitter provisoirement Kouba pour être hébergés par Madeleine dont nous avons transformé le logement en une sorte de caravansérail […] K. ne va plus en classe depuis une quinzaine de jours en raison de l’insécurité générale et elle le regrette énormément car elle était arrivée à emporter la 7e place aux dernières compositions malgré son année d’avance sur ses condisciples. J.P.</em><br />
<em> </em></p>
<p align="justify"><em>28 mai 1962</em><br />
<em>Chère tante. Avant-hier nous avons eu la visite de Berthe. Elle va bien et nous a dit qu’elle doit vous écrire. Il lui est maintenant difficile de se déplacer étant donné que le couvre-feu est toujours fixé à 20h30. Les cars ne circulent plus à partir de 18h. […] Non, ce ne sont pas nos bureaux qui ont été plastiqués. Nous avons du reste quittéBelcourt et nous nous sommes installés rue Sadi Carnot car les employés refusaient de venir travailler dans ce quartier. </em><em> […] </em><em> Vous ne reconnaîtriez pas Alger qui est devenue une ville morte à 5 heures de l’après-midi. Les rues sont désertes. Micheline, qui avait fait une très bonne année scolaire et devait présenter le B.E. ainsi que l’examen d’entrée en Normale ne pourra pas le faire. Les examens sont supprimés. Nous avons écrit à Nice pour voir s’il était possible de la faire inscrire, nous n’avons pas reçu de réponse. R et J.</em></p>
<p align="justify"><em>Mosta, le 5 juin.<br />
Chère grand-mère. Il est 5h30, je viens d’être réveillé par le chahut de plusieurs centaines de militaires qui ont bouclé le pâté de maison. Perquisition sans doute! […] Depuis un mois, je n’ai pas pris un seul repas à la maison, c’est pour te dire que la solitude ne me pèse absolument pas. […] Le club des célibataires grandit à vued’œil, il ne restera bientôt plus que des hommes ici.[…]</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-f.jpg" title="sarceles-f.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-f.jpg" title="sarceles-f.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-f.jpg" alt="sarceles-f.jpg" /></a></p>
<p><em><br />
</em></p>
<h5 align="center">Le bidonville de Sarcelles (photo Mad)</h5>
<p align="justify"><em>Alger le 6 juin 1962</em><em><br />
Ma bonne mémé. </em><em> […] </em><em> Alger a bien changé depuis que vous êtes partie. Je suis à la veille de partir aussi. […] Voilà, nous sommes tous dispersés. Il faut espérer qu’on se reverra, si Dieu le veut. […] Pour les événements, vous écoutez à la radio, en tout cas cela semble bon. Nous commencions à nous inquiéter. Quand la nouvelle mairie a sauté tout a tremblé. C’était ce qu’il y avait de mieux à s’entendre. (</em>S’entendre c’était ce qu’il y avait de mieux à faire<em>) Et les disparus! Les pauvres! Que Dieu fasse que l’entente dure toujours, que cette tuerie soit finie! Il y en a assez!</em><em> Roger est descendu de Dar Es Saada, il a même eu de la chance. Il a tout passé à son voisin, un indigène bien gentil. Comme il a une grande famille, ils feront un seul appartement des deux, ce qui reste à payer c’est lui qui finira. Voilà, de ce côté-là il est tranquille. Un copain du gouvernement général est parti et lui a laissé son appartement. C’est grand. […]</em><em> Le courrier ? Ils doivent avoir des lettres perdues. Les facteurs vont reprendre leurs services. Il fallait aller au cinéma pour chercher le courrier et 2 fois par semaine. Penser, bien des personnes se sont plaintes. […]</em><em> Votre fille qui vous aime à tous et qui vous embrasse bien tendrement. PS: Je ne sais qui habite chez vous, j’ai vu du linge étendu aux fenêtres.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 16 juin 1962<br />
Chère Madame. Quelques lignes pour vous donner de nos nouvelles, nous sommes tous en bonne santé, malgré ce qui se passe. JP. et Juliette ont pu déménager leurs meubles et j’en suis très heureuse. Comme je vous le disais dans ma précédente lettre, j’avais bien peur pour eux. Les voilà plus tranquilles à présent. Je garderais leurs affaires chez moi et JP. n’aura plus à faire tout ce chemin qui n’est plus sûr du tout. Juliette et les petites vont partir chez les grands-parents à Paris. Ici cela n’est guère tenable pour les enfants, c’est tout juste tenable pour les grands. Qui aurait pu imaginer chose pareille. Il y a des jours où je suis à plat, mais j’espère toujours des temps meilleurs. Le contraire serait injuste. </em><em> […] </em><em>Nous ne savons pas si nous irons en France car nous attendons l’autorisation de voyage pour Pierre. C’est assez difficile pour partir, et surtout pénible. Il faut faire des stations debout pendant des heures et quelquefois des jours! Incroyables!</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-d.jpg" title="sarcelles-d.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles-d.jpg" alt="sarcelles-d.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Sarcelles (photo Marc)</h5>
<p align="justify">&lt;&gt; <em>Mosta le 18 juin (1962)</em><br />
&lt;&gt;<em>P’tite sœur. C’est triste, très triste. La panique et la peur se sont emparées de tous. Aucune discipline, aucune dignité. Je ne peux faire aucun pronostic sur la situation actuelle. Certes un jour, tout s’arrangera mais les lendemains qui chantent ne sont pas pour demain. Bien reçu ta lettre. J’y réponds en vitesse car dans cette pagaille les gars comme moi ça devient des types intéressants. Papa est chez les mamies depuis 15 jours […] Pierre</em></p>
<p align="justify"><em>Vendargues le 28 juin 1962<br />
Ma vielle Mady. […] Nous sommes ici depuis 9 jours. Les filles et moi. Nous sommes mêlés avec horreur à la foule larmoyante des expatriés. Le larmoiement n’excluant pas (on est Algérien ou pas !) les milles ruses naïves, désinvoltes ou distinguées – selon la catégorie sociale - pour chiper la place dans les multiples &#8220;chaînes”… Une pagaïe monstre : notre avion ayant été supprimé, il fallait faire la chaîne pour se renseigner sur l’endroit où l’on pourrait nous renseigner sur le nouveau départ ! mais avant de se renseigner sur l’endroit où l’on pourrait nous renseigner sur l’endroit… longue valse, avec deux énormes valises (trousseau d’hiver et d’été complet pour les 3 filles et moi). Et encore, nous étions des privilégiés qui avaient pu obtenir leurs places par l’intermédiaire de gens &#8220;bien placés &#8220;… 13 heures de voyages et d’attente au total, avec uneCécile déchaînée et les deux aînées fatiguées et maussades, furieuses de l’attitude de la benjamine qui nous &#8220;faisait remarquer &#8220;.<br />
Mais tout ceci est passé. Avons trouvé les parents en assez bonne santé […] Je fais de multiples démarches en vue d’une éventuelle installation ici. Francine.</em></p>
<p align="justify"><em>Mosta le 3 juillet (1962)<br />
Chers vous tous […] Aujourd’hui c’est la fête de l’Indépendance, les Européens qui embarquent sur le quai, d’un côté et de l’autre les youyous et l’Algérie ya ya! Pour l’instant les Arabes ne pensent qu’aux gâteaux, aux fleurs, aux discours etc. Demain ils penseront à croûter et ce sera plus grave.<br />
Aucune exaction à déplorer. De ce côté, tout est calme, trop calme même. Le GPRA va-t-il étonner le monde par la bienveillance de son peuple à l’égard des Européens? Je suis de ceux qui pensent que l’Arabe a besoin de l’Européen pour vivre mais il n’a pas besoin de tous les Européens. En attendant, les employeurs sont partis et les employés n’ont plus d’embauche. Certes, tout finira par s’arranger mais ce n’est pas demain la veille. […]<br />
Moi je vis bien trop intensément pour jouir de quoi que ce soit. Je n’ai même plus le temps d’écrire et très peu de temps pour dormir, car si je n’ai pas beaucoup de bateaux, j’ai à m’occuper du départ de tellement de gens que j’en suis écœuré. […] Ma vedette est prête à prendre la mer d’un moment à l’autre en cas d’incident et, pour prévoir cet incident à temps, il ne faut pas dormir. […] Pierre</em></p>
<p align="justify"><em>Le 3 juillet 1962<br />
Chère tante. Vous avez certainement suivi, par la radio, les événements d&#8217;Algérie. Je ne vous apprendrais donc rien sinon que nous avons passé un mois de juin très mouvementé. Nous avons traversé des périodes d&#8217;espoir et de désespoir. Le calme est ensuite revenu mais pour combien de temps?<br />
En effet déjà des nuages se montrent à l&#8217;horizon que nous réservent-ils ? Dieu seul le sait. Depuis quarante-huit heures, nuit et jour, des hommes des femmes des enfants sillonnent toutes les artères de la ville hurlant leur joie.<br />
Ce spectacle mériterait d&#8217;être vu par les métropolitains, ils prendraient ainsi une grande leçon de patriotisme, car ils en ont bougrement besoin.<br />
Il est aussi une scène qui a été filmée à Oran, et qui mériterait d’être largement diffusé en métropole. Elle s&#8217;est passée le premier juillet au soir. Les Européens d&#8217;Oran, pour qui l&#8217;amour de la France ne faisait aucun doute, ont rassemblé tous les drapeaux français et les ont brûlés sur la place des Victoires au pied du monument aux Morts.<br />
Nombreux sont les Français qui se demandent s’ils ne vont pas opter pour la nationalité algérienne tellement ils sont écœurés. Voilà où nous en sommes arrivés. Heureusement encore que les Morts ne se relèveront pas pour nous demander des comptes.<br />
Bab-el-Oued est complètement mort. 80% des magasins sont fermés. Qui a connu ce quartier il y a seulement six mois ne le reconnaîtrait plus maintenant. Tous les magasins de l’avenue de la Marne sont fermés à 99%.<br />
Dans la rue d&#8217;Isly et la rue Michelet il faut compter 80% de magasins fermés. Les gens font encore la chaîne pour partir en France. Certains sont revenus, d&#8217;autres attendent de voir plus clair pour revenir ou se fixer définitivement en France. Dans cette dernière éventualité, ils devront trouver à ce loger et ensuite découvrir du travail ce qui ne sera pas des plus facile à obtenir.</em><br />
<em>Et puis s&#8217;adapter au climat et surtout a la mentalité du pays, ce qui sera le plus difficile,car si l&#8217;on en croit ce que l’on raconte, les &#8220;Pieds Noirs&#8221; ne sont pas aimés dans toutes les régions de France. Je ne vous en dirais pas davantage sur ce chapitre pour ne pas ètre trop méchant à l’égard des métropolitains pourtant j&#8217;en ai gros sur le cœur.<br />
Les M. doivent vous écrire ils vont bien tous trois et ont décidé de demeurer en Algérie en attendant. Ils partiront si la vie devient impossible. Ils vous adressent leurs amitiés.</em><em> R et J.</em></p>
<p align="justify"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mamichka-a-sarcelles-petit.jpg" title="mamichka-a-sarcelles-petit.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mamichka-a-sarcelles-petit.jpg" title="mamichka-a-sarcelles-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mamichka-a-sarcelles-petit.jpg" title="mamichka-a-sarcelles-petit.jpg" alt="mamichka-a-sarcelles-petit.jpg" hspace="5" vspace="5" /></a></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<h5 align="center">Mamichka (photo Mad)</h5>
<p align="justify">&lt;&gt; <em>Alger le 8 juillet 1962</em><br />
&lt;&gt;<em>Ma très chère amie. Excusez mon très long silence mais étant donnés tous les événements de ces derniers temps je vous avoue que je n’avais pas envie</em><em> d’écrire. Je tenais à voir Berthe pour vous donner de ses nouvelles. Elle est venue me voir et elle m’a dit être très occupée. Madame M. est en france. </em><em> […] </em><em> Elle n’a pas pu avoir la petite table que vous lui aviez donnée. Quand elle y est allé la porte était fermée. Elle est allé chez (</em>illisible) <em>demander la fille à Lilette, on lui a répondu qu’elle n’y travaillait plus. Avez-vous de leurs nouvelles?</em><br />
&lt;&gt; <em>Beaucoup de vide dans mon entourage. J. a quitté Alger. Son mari voulait se faire muter à Toulouse. Quel dommage ! Laisser un bel appartement si bien agencé. Je ne peux pas penser qu’elle ne reviendra plus. Dans la maison trois locataires sont partis. Dont 2 vieux qui auraient mieux fait de rester chez eux. L’un a du se faire hospitaliser en arrivant à Marseille!</em><br />
&lt;&gt; <em> Certains vont certainement revenir? Ce n’est pas ce qu’ils feront de mieux.</em><br />
&lt;&gt;<em>En ce moment, avec les fêtes c’est infernal. Des tams-tams et des youyous jusqu’à trois heures du matin. Lisez-vous l’Aurore? C’est un des journaux les mieux informés et encore, il est en dessous de la vérité. Si je ne suis pas morte d’ici là j’essairai de venir vous voir l’année prochaine et je pourrai vous raconter tout ce qui nous est arrivé. […] Je vous embrasse tous trois affectueusement. Nini.</em></p>
<p>&lt;&gt;</p>
<p align="justify"><em>Mosta le 17 juillet (1962)</em><em><br />
Chère grand’mère […] Ici la situation politique est calme mais la situation économique est en ruine. Le trafic du port est en baisse de 60% et je me contente actuellement d’une moyenne de 60 000frs par mois, ce qui n’est pas lourd. Je ne pense pas à une reprise avant octobre. Malgré ce chômage ce qui me fait enrager c’est que je ne peux pas prendre de congés. D’abord par ce que des décisions importantes peuvent être à prendre d’un jour à l’autre , ensuite par ce que les communications téléphoniques et télégraphiques entre la France etl’Algérie sont presque impossibles, et pour finir, par ce que je risque fort de</em><em> retrouver mon appartement pillé ou occupé. Nous verrons plus tard.</em></p>
<p align="justify"><em>La santé n’est pas mauvaise, c’est toujours ça et le beau temps étant revenu nous pouvons toujours prendre des bains et aller aux oursins. […] Pierre</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 28/7/62 Chère </em>(Tante?)<br />
<em> […] Je ne suis toujours pas décidé à quitter l’Algérie malgré que la situation soit loin d’être clarifiée et malgré les enlèvements journaliers d’Européens. </em><em>Je préfère encore tous ces risques que d’aller me jeter sous les griffes de ceux qui </em>(illisible)<em> tout fait perdre et qui seront trop heureux d’avoir encore ma peau. Nous avons vu Berthe tout dernièrement qui n’a pas pu réaliser son projet de départ. Elle reste donc ici pour l’instant. Avez-vous essayer d’obtenir les indemnités qui sont accordés aux réfugiés algériens? Vous y avez droit même si vous avez quitté l’Algérie en avril. Vous avez tout abandonné ici il est juste que vous soyez indemnisée. Vous avez droit au remboursement de votre voyage</em>(illisible)<em> premier secours de cent mille ancien francs. Vous pourriez vous</em><em> renseigner au services des rapatriés d’Algérie qui existe dans toutes les villes de france. Il n’y a pas de raison que vous perdiez cet avantage. Mes frères ont tous quitté l’Algérie et se trouvent à Nice. R. et L sont en instance de départ en congés en attendant leur mutation. Quand à G il était au dernières nouvelles à Alès. Nous ne savons pas s’il va revenir ou s’il restera en France. Ce qui il y a de certain c’est qu’il a été très fatigué et a même dû entrer en clinique. Les enfants, sauf Roger, sont dans une colonie en Seine et Oise pour jusqu’à fin août probablement. Pour nous la santé va maintenant, heureusement car il n’y a plus de docteurs sur la place. Vont-ils revenir? […] Roger et Jeannette.</em></p>
<p align="justify">Dans une lettre que tu envoies au service des rapatriés d’Algérie de Pontoise tu écris :<em> Je me permets d’attirer votre attention sur le fait que ma grand mère, presque aveugle, à demi impotente, vit entièrement à ma charge, les 7 ans de guerred’Algérie et ce voyage ayant épuisé ses ressources. Or j’élevais déjà mon jeune fils entièrement seule avec mon salaire pour tout revenu.</em> C’est effectivement d’une guerre que tu parles et pas événements !</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 11 septembre 1962<br />
Bien chère mémé. […] Melle M. est partie la semaine dernière pour Nice. Mr M., notre concierge est parti aussi, chez sa fille. Mon Docteur, qui devait rentrer le 1er septembre n’est pas revenu. Le pharmacien est parti sans tambours ni trompette. Dans la maison du docteur où je suis allé, ils ont occupé les appartements. C’est des gens de la montagne. ChezMr B. (ils sont en vacances) toujours à côté de nous, il y a 3 appartements avec tout dedans… ChezMelle M. c’est un monsieur qui a pris l’apprtement, un européen. </em><em>Ah, joubliais, Mme M. aussi est partie. Il y a eu des départs dans toute la ville. Nous ne voyons que des cadres dans les rues. </em>(Je pense que ces cadres sont des panneaux qui ferment les vitrines et les fenêtres?)<em> Sur ma dernière lettre je vous écrivais que ma tante L. de Zeralda s’est cassée la jambe. Elle est completement alitée. Nous ne sommes pas beau avec tout les événements. Elle a vraiment pas de chance. On la déplace avec une ambulance. il ne reste plus personne àZeralda. M. rentre cette</em><em>semaine chez lui à la Redoute. M et G sont en France depuis quelques jours, surtout pour les enfants : Henry étudiant en médecine et Lucie au lycée. Ils ont acheté un appartement à Marseille, près de l’hôpital: 8 millions. À louer on ne trouve pas facilement. Ils ont tout laissé à Zeralda, maison, terres, ça fait pitié et il faut sauver sa peau. Pour le moment, surtout dans les villages, tous les Européens sont partis.</em><em> </em> […] <em>Berthe.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Mostaganem le 21 octobre.<br />
Mes chers vous trois. […] A Mostaganem j’ai été heureux de retrouver mon appartement et mon chien en bon état, </em><em>mais dès que j’ai repris contact avec les amis c’est la même ambiance malsaine, dégoûtée et triste. Rien de changé ici sauf sur le plan économique où c’est pire que le mois dernier. Une innovation : les paquebots quittent l’Algérie en emportant des multitudes d’Arabes pour la France. […] Le temps ici est magnifique et aujourd’hui dimanche, si je n’avais pas tant de paperasses en retard, j’aurais été volontiers a la pêche, pour oublier un peu que les gens continuent a faire des cadres et emballer leurs meubles. […] Pierre.</em></p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/portrait-mamichka.jpg" title="portrait-mamichka.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/portrait-mamichka.jpg" title="portrait-mamichka.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/portrait-mamichka.jpg" title="portrait-mamichka.jpg" alt="portrait-mamichka.jpg" hspace="5" vspace="5" /></a></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<h5 align="center">Mamichka (photo Mad)</h5>
<p>&lt;&gt;<br />
<em>Le 14 novembre 1962</em><br />
<em> Ma bien chère amie.</em><em> Excusez mon long silence, ceci est du à mon état. Je suis très fatiguée. mes patrons ont quitté l’Algérie. Il a fallu voir le déménagement, vider les placards, les tiroirs, les armoires. Dieu sait s’il y avait des saletés amoncélées depuis 40 ans! Il s’en est passé des choses depuis ma derniere lettre!</em><br />
<em>Mes patrons n’ont pas été épargnés : rançon, pillage, attentat (rue Denfert Rochereau trois A.T.O. ont fait descendre de sa voitureMr Sorin, c’est le mari de la cadette) ils lui ont fait lever les bras et lui ont tiré à bout portant dans le ventre. Ensuite on lui a tiré dans la tête pour l’achever, heureusement on l’a manqué. Ils lui ont volé 150 000 francs qu’il avait dans son portefeuille. Par miracle il s’en est sorti!</em><br />
<em>Ensuite c’est mon patron. Ils sont entrés chez lui à la ferme à 8 heures du matin, on lui a mis un revolver dans le dos et obligé a remetre tout l’argent qui était dans le coffre, soit 2 millions. C’était la fin de la vendange, il devait payer les ouvriers. Quand il allait dans un chantier les ouvriers le recevaient à coups de cailloux. Vous pensez s’il en a eu assez et s’il a quitté l’Algérie sans regrets. Tous les commerçants européens qui étaient aux alentours du Marché de la Lyre ont été tués. Quant à la charcutière chez qui je me servais, elle a été assassinée dans sa villa àel-Biar, elle avait un trop beau bracelet et pour s’en emparer on lui a coupé la main.<br />
C’est vous dire qu’ici plus personne ne tient à rester. Ma nièce a quitté Alger sans même me dire au revoir, aussi, quand elle m’a écrit je ne lui ai pas répondu. Je ne sais absolument rien de mes cousins. J’ai écrit mais n’ai pas eu de réponse. […] Tous sont partis. Ma cousine Yvonne est à Nimes.</em><em> […] </em><em>Inutile de vous dire la peine que j’ai. Il n’y a qu’Arlette qui ne m’a pas abandonnée. Elle m’a offert d’aller vivre avec eux à Clermont-Ferrand. Ca me coute beaucoup, il faudra pourtant que je m’y résigne. Berthe vous embrasse, elle n’a pas le temps de vous écrire. Pour la Toussaint nous n’avons même pas eu la consolation d’aller au cimetière, il n’y avait ni taxis ni autobus. On est allé le lendemain. D’ailleurs beaucoup de tombes sont maintenant abandonnées. Quelle tristesse! Dans l’espoir d’avoir bientôt de vos bonnes nouvelles je vous embrasse affectueusement. Nini</em><em>.</em></p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-e.jpg" title="sarceles-e.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-e.jpg" title="sarceles-e.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarceles-e.jpg" alt="sarceles-e.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Le bidonville de Sarcelles (photo Mad)</h5>
<p align="justify">&lt;&gt; <em>Mostaganem le 28/11/62</em><em> […] Ici tout va cahin caha et les gens continuent a expédier leurs mobilier. […] Moi j’ai des bateaux et pour le moment je gagne ma vie. Après et bien Adios et on verra bien! […] Pierre.</em></p>
<p>Le 30 novembre 1962 le ministère des rapatriés alloue 905 NF à la mamy comme allocations de retour.</p>
<p align="justify"><em>Mostaganem 23 décembre 1962<br />
Bonnes fêtes de fin d’année et Joyeux Noël à tous les trois. […] Nous allons, en attendant, tacher de passer les réveillons avec les quelques amis qui restent à Mosta. Chacun apportera son couvert et son assiette car nombreux sont ceux qui ne possèdent plus qu’une chaise et un matelas. […] Pierre</em></p>
<p>Il a fait tellement froid cet hiver 1962-63. Le givre envahissait les vitres.</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/vitre-sarcelles-petit.jpg" title="vitre-sarcelles-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/vitre-sarcelles-petit.jpg" title="vitre-sarcelles-petit.jpg" alt="vitre-sarcelles-petit.jpg" hspace="5" vspace="5" /></a></p>
<h5 align="center">L&#8217;hiver 62 à Sarcelles (photo Mad)</h5>
<p align="justify">&lt;&gt;La chaufferie de la ville est tombée en panne. Tu as fait des photos magnifiques de cette glace qui nous envahissait la vue. La Mamichka, qui avait quitté la Haute-Saône 80 ans plus tôt, qui avait passé toute sa vie en Algérie, qui avait tout à fait l’air d’une fatma, elle n’aurait pas pu vivre longtemps dans un tel climat. Elle ne connaissait pas le quartier. À son arrivée d’Algérie, de l’aéroport d’Orly, avec sa grosse malle, tu l&#8217;as emmenée à la maison et elle n’a plus beaucoup descendu les escaliers.</p>
<p align="justify"><em>Ce vendredi 28 décembre 62<br />
Chère Mme et amie […] Nous pensons souvent à vous et toutes les fois que je passe devant vos fenêtres je lêve la tête, croyant toujours que vous êtes là… […] Vous n’auriez pas pu vivre ici, toute seule… Maintenant c’est calme et l’on commence à respirer plus librement. Beaucoup de monde à Alger, cependant c’est sans animation. Enfin, espérons que les jours prochains seront meilleurs.[…] Que 63 vous soit bénéfique et que ce cauchemar prenne fin. Recevez tous les trois les bons baisers très sincères de nos trois vieux amis d’Algérie. P.</em></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mamichka5nbpetit.jpg" title="mamichka5nbpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mamichka5nbpetit.jpg" alt="mamichka5nbpetit.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Mamichka (photo Mad)</h5>
<p align="justify">Et à partir du 12 janvier 1963, soit moins d&#8217;un an après son arrivée en France, c&#8217;est l&#8217;agonie de Mamichka. Quelques pages d’un calendrier où tu as griffoné une sorte de journal de bord: <em><strong>Dimanche 12 janvier</strong> 1963 Mamichka ne se sent pas très bien. Triste elle nous quitte pour aller se coucher. Douleur aigue dans la poitrine. <strong>Mardi 14 janvier</strong> Je téléphone a J. pour lui demander de venir, espérant distraire un peu Mamichka. <strong>Mercredi 15 janvier.</strong> Le docteur N. ausculte Mamichka (38 température). J’arrete mon travail pour la soigner. Pénicilline et gouttes cédilanide. <strong>Jeudi 16 janvier.</strong> La fièvre monte (39.1) Nahum conseille Cédilanide puis Héxacycline. <strong>Vendredi 17 janvier.</strong> (Le docteur) trouve Mamichka beaucoup mieux. Moi pas. B., D., J.P. viennent aux nouvelles, repartent rassurés. <strong>Samedi 18</strong>. Fièvre. <strong>Dimanche 19</strong>. Au lieu de J. qui a promis de venir c’est J., C. et C.. Personne ne s’occupe de Mamichka, très déçue, qui va de plus en plus mal. Le docteur appelé demande l’hospitalisation. Je refuse. <strong>Lundi 20</strong> Le Kédacort indiqué fait merveille. La grand-mère est parfaitement bien. Je tricote auprès de son fauteuil. Elle me raconte ses souvenirs de jeunesse. <strong>Mardi 21</strong>. Le mieux s’accuse. Mamichka mange de bon appétit. Excellent début d’après midi mais J.S. arrive aux nouvelles. C. particulierement impossible. La grand-mère va se coucher. Je la vois lucide et gentille pour la dernière fois. Reprends mon travail demain.</em><br />
<em> <strong> Mercredi 22</strong>. Retrouvons Mamichka endormie parfaitement calme. Croyons au Gardénal mais c’est le coma. (</em>Je me souviens très bien de cette fin d’après midi. Je suis rentré de l’école le premier. La mamy dormait dans sa chambre et son poste était allumé. J’ai éteint la radio sans la réveiller et quand tu es rentrée je t’ai dit que la mamy dormait. En fait il a fallu 1 ou 2 heures pour que tu t’inquiètes<em>). Le docteur préconise l’hospitalisation immédiate.</em><em><strong> Jeudi 23</strong>. Mémée parle très faiblement, me reconnait. On lui a ôté ses dents, ses cheveux. L’infirmière remporte le bol de bouillon qu’elle n’a pu boire. Memé dit qu’elle veut mourir. <strong>Vendredi 24</strong>. On m’interdit l’entrée de l’hopital en dehors des heures de visite , </em>(incompatibles avec tes horaires de travail).<em> <strong>Samedi 25</strong>. Mémée ne reconnaît plus personne. <strong>Dimanche 26</strong>. Mémé nous embrasse pour la dernière fois. <strong>Lundi 27</strong>. Mémée meurt a 13h15, sans avoir repris connaissance. On m’a prévenue vers 12 h à mon travail qu’elle était “très fatiguée”. Transport à la morgue avecJuliette.<strong> Mardi 28</strong>. retrouvé 33 comprimés 0,10 et 18 comprimés 0,05 de Gardénal et 2 tubes vides a la tête du lit de Mamichka. <strong>Mercredi 29 janvier</strong>. Mise en bière à 15h. Enterrement à Sarcelle à 16h15.</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/tombe-mamichka-2-petit.jpg" title="tombe-mamichka-2-petit.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/tombe-mamichka-2-petit.jpg" title="tombe-mamichka-2-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/tombe-mamichka-2-petit.jpg" alt="tombe-mamichka-2-petit.jpg" /></a></p>
<p align="right">Caillou. 11 novembre 2007</p>
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		</item>
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		<title>Une correspondance de guerre … 1961-10 février 1962</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Nov 2007 05:41:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[Alger 1961-10 février 1962

Carte postale: Alger. Vers la mer…
En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète un appartement à Sarcelles, dans le nord de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4 align="center">Alger 1961-10 février 1962</h4>
<h5 align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/verslamerpetit.jpg" title="verslamerpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/verslamerpetit.jpg" alt="verslamerpetit.jpg" /></a></h5>
<h5 align="center">Carte postale: Alger. Vers la mer…</h5>
<p><span id="more-178"></span>En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète un appartement à Sarcelles, dans le nord de la banlieue parisienne.<br />
Pendant toutes ces années elle reçoit des lettres de sa famille algérienne.<br />
Principalement de sa grand-mère, de quatre-vingts ans, qui signe souvent Mamichka, qui vivait en plein cœur d’Alger, place du Gouvernement, juste en dessous de la Casbah. Mais aussi de son frère Pierre, pilote dans le port de Mostaganem, d’une <em>tantoune</em>, l’amie de sa tante paternelle, d’une amie d’enfance, Francine, professeur de philosophie du Cap-Matifou. D’autres parents, plus éloignés, ou d’amis, écrivent également. D’autres lettres d’Algérie arrivent aussi pendant l’année 1962, mais elles sont adressées à la grand-mère, venue vivre avec nous à Sarcelles.<br />
Madeleine, vivant à Paris depuis 1947, a vécu douloureusement toute cette période. Non pas pour l’Algérie <em>Française</em> dont elle pensait qu’elle n’avait pas d’avenir, mais pour l’Algérie tout court et les drames qui touchaient, là-bas, sa famille et ses proches.<br />
De toute cette correspondance privée, je ne donne que des extraits concernant les <em>événements</em> en Algérie. Mais je donne à lire ces extraits parce qu’ils parlent d’un <em>état d’esprit</em> qui évolue…<br />
De même qu’il n’y a pas un seul peuple <em>pied-noir</em>, rendu caricatural par les simplifications historiques, mais de multiples individus de différentes classes, pays et origines, il n’y a pas non plus une pensée figée, mais un inconscient collectif qui va évoluer considérablement entre 1954 et 1962.</p>
<p><strong><font color="#ffffff">Les dates pour comprendre la période:<br />
1961</font></strong></p>
<ul>
<li>8 janvier : la politique Algérienne de de Gaulle est approuvée par référendum, le « Oui » obtient 75,25 % des suffrages exprimés en métropole et 69,09 % en Algérie.</li>
<li>10 janvier : Série d’attentats de l’OAS.</li>
<li>21-22 avril : Le putsch des généraux d’Alger.</li>
<li>20 mai : Ouverture de la conférence d’Evian.</li>
<li>17-18 octobre : Répression de la manifestation des algériens à Paris; plusieurs centaines de victimes.</li>
<li>1er novembre : La journée de l’indépendance organisée par le FLN en Algérie provoque la mort de 100 personnes.</li>
</ul>
<p><font color="#ffffff"><strong>1962</strong></font></p>
<ul>
<li>En janvier : nombreux plasticages de l&#8217;OAS à Paris.</li>
<li>8 février : manifestation contre l&#8217;OAS au métro charonne: 8 morts.</li>
<li>13 février : enterrement des victimes de Charonne. Un million de manifestants au cimetière du Père Lachaise.</li>
<li>18 mars : signature des accords d&#8217;Évian. Fin de la guerre d&#8217;Algérie.</li>
</ul>
<p><em>Alger le 15 février 1961.<br />
Ma chérie.<br />
[…] L’on ne sait où l’on sera demain. Loger dans quelques caves ? Ou une mansarde sous les toits s’il en reste. Moi ma place est à El Ahia, près de Tonton et pas trop loin de maman. L’on construit une cité […] pour loger le Gvt Général et les fonctionnaires en attendant leur (</em>rapatriement ?<em>) en métropole car il faudra céder la place à nos vainqueurs […] Ta Mamichka.</em>Une lettre datée du 27 avril. (1961)<br />
<em>Mad chérie. Je sais, tu t’attends à une lettre sur les &#8220;événements&#8221;… mais ces 5 jours ont été, pour moi, bien d’autres &#8220;événements&#8221;. Donc, en vitesse, période affreuse. Nous étions tous persuadés que ça durerait des mois, au moins un mois. Ruée sur les provisions alimentaires. On ne peut plus retirer que 5000 anciens francs à la fois à la Poste - c’est la fin du mois - Les 3/4 des gens ricanent : &#8220;on leur a fait peur aux Parisiens !&#8221;… On se retient à 4 pour ne pas leur casser la gueule. Pas échangé un mot avec les collègues […] pendant 4 jours. Les gosses tout tourneboulés. Travailler devient un enfer.<br />
Phil menacé d’être arrêté; non-signataire, bien sur !, de la motion des 32 (sur 50 dont une dizaine de pro-fellaghas déclarés, tu vois ce qui reste !) conseillers généraux. Puis la fin, brutale, la déconfiture des gens qui trouvent encore le courage de ricaner, et se lamentent - c’est la meilleure - que ce &#8220;De Gaulle&#8221; &#8220;ait réussi à monter les Arabes contre les Européens d’Algérie !&#8221; Tu permets que j’arrête là ? Tu ne me reprocheras pas dans ces circonstances &#8220;historiques&#8221; de ne pas jouer les historiens ? Je ne rajouterais qu’une seule chose c’est que je ne partage pas, quant à moi, les belles conclusions optimistes de la plupart des journaux parisiens, (prestige de De Gaulle renforcé, négociations facilitées etc. ) Au contraire, il est devenu bien plus difficile aux gens de bonne volonté qui, ici, étaient prêts à voter pour faire du bon travail et éviter la congolisation, de se faire admettre. […]<br />
Francine.</em></p>
<p><em>Alger le 24 mai 1961.<br />
Ma chérie, mon petit Marc.<br />
[…] Je ne sais comment cela va s’arranger avec le FLN ? Quand sera t’on fixé ? Je ne sais comment tu vas lire ma lettre. Je n’y vois presque plus. […] Ah si je voyais un peu plus je prendrais l’avion avec le peu d’argent qui me reste et irais vers toi malgré ta petite chambre. J’ai peur en me suicidant d’être enterrée dans un coin trop éloigné de Tonton. Avec le peu d’argent qui me reste, j’aurais voulu être enterrée près de lui. Dès que je n’aurai plus d’argent je disparaîtrai. J’aurais voulu voir comment va finir notre Algérie. Les attentats et les bombes pleuvent pour l’instant. Il n’en tomberait pas une sur ma vieille maison qui m’envoie là où je veux aller […] Je t’embrasse. Ta pauvre Mamichka.</em></p>
<p><em>Le 28 juin Alger<br />
Il se prépare pour l’Algérie, Debré doit en parler demain, des événements qui causeront du désespoir aux Algériens. Plus de la moitié partiront en France. Même si j’allais dans ta petite chambre en attendant je ne pourrai pas partir sans aide. […] Mamichka.</em></p>
<p><em>Alger le 9/8/61<br />
Ma chérie, mon petit Marc. […] Je ne crois pas passer l’hiver. Je suis trop fatiguée. Je serai heureuse de pouvoir aller jusqu’en automne afin de pouvoir dormir près de mon fils. Ma vie passe en espoir et en désespoir. Espoir d’aller vers toi et désespoir de sentir que je n’y arriverai pas […] Il y a longtemps que je n’ai plus ma locataire qui s’est mariée. Plus personne n’a voulu venir dans ce coin que l’on trouve dangereux. Je vous embrasse tous deux. Ta Mamichka.</em></p>
<p><em>Alger le 24/8/61<br />
.. Je ne comprends plus la vie et les gens. Je suis là à manger le peu d’argent que je possède alors qu’il te serait plus utile là-bas…. Je ne voudrais pas que tu connaisses cette solitude un jour. C’est le lot de beaucoup de vieillards sans famille. Je n’en puis plus et la fin serait la bienvenue […] Mamichka.</em></p>
<p><em>Alger le 27/8/1961<br />
Ma chérie. Voilà ta Mamichka de nouveau derrière ses carreaux derrière lesquels elle ne voit que des silhouettes. […] Bientôt il sera trop tard et ce seront les fellaghas qui auront tout, avec ma peau. Tu penses ma malle toute seule sans défense, elle a peut-être de l’argent. Quelle aubaine, Ma pauvre chérie à quelle époque vivons nous ? Quand je pense que Paris peut être menacé aussi à cause de ce Berlin. C’est fou ! On ne peut empêcher Kroutchev de faire ce qu’il veut. Ici avec Bizerte (</em>un mot illisible<em>) et sa fin tragique va ramener (</em>illisible<em>). J’ai encore du Gardénal dans ma pharmacie. Avec mes yeux actuellement je ne peux sortir seule. […] Je t’embrasse mille fois, ma chérie. Ta Mamichka.</em></p>
<p><em>Alger le 1er septembre 1961<br />
Ma chérie mon petit Marc.<br />
J&#8217;espère que vous n&#8217;avez pas trop froid. Ici il fait un soleil (</em>illisible<em>) heureusement pour mes carreaux cassés que je ne peux pas faire remplacer. […] C&#8217;est la ruine pour tout le monde. Mon proprio, après avoir été ruiné par les fellagas vient d&#8217;être gratifié de 2 balles dans à la tête, s&#8217;en sortira-t-il? Mes yeux ne vont pas ce matin ma chérie, et j&#8217;ai bien peur de te donner une grand-mère aveugle avant peu. D&#8217;ailleurs rien ne va en ce moment, mon coeur aussi fait des siennes et mes forces déclinent. Je n&#8217;ai pas revu papa depuis trois ou quatre semaines. A-t-il peur lui aussi de venir place du Gouvernement ? Quelle vieillesse! Quelle vieillesse que je n&#8217;ai pas mérité. Pourquoi vivre si vieux ? Depuis Kouba j&#8217;ai pu mesurer la méchanceté humaine ! […] Où en es-tu de ton déménagement? Je suis là, avec mes deux malles et ma maison, presque vide. C&#8217;est vraiment la fin des haricots, comme disait Françoise, qui est bien où elle est ainsi que Tonton. Je vous embrasse tous deux avec toute mon affection. Votre Mamichka qui ne voit plus guère.</em></p>
<p><em>Alger le 11/9/61<br />
J’ai bien reçu vos 2 lettres, mais je n’ai pas pu y répondre étant trop malade. […] Pour comble de malheur, j’ai eu mes carreaux cassés par une charge de plastic au milieu de la place du Gvt qui a détruit un kiosque à gâteaux tenu par un Arabe. Et il commence à faire froid. En sortant de maladie,c ‘est fait pour vous remettre. Berthe n’ose pas venir le soir, c’est dangereux. […] Tant pis, c’est peut-être mieux ainsi, je saurai faire le geste libérateur. […] Je vous embrasse mille fois Marc et toi. Votre Mamichka.</em></p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/billet100fpetit.jpg" title="billet100fpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/billet100fpetit.jpg" title="billet100fpetit.jpg" alt="billet100fpetit.jpg" align="left" hspace="5" vspace="5" /></a><br />
<em>Alger le 12/9/1961<br />
Ma chérie mon petit Marc….<br />
Tout le monde fait ses bagages. Moi je ne peux même pas aller à la poste avec ma vue si faible. Je me ferais écraser avec ce millier de voitures sur mon passage où rien n’est réglementé, surtout dans mon quartier. Je suis entourée de plastic et de grenades et n’ose plus sortir de chez moi à moins que J.P. ne m’accompagne. Il m’a fallu errer de bureau en bureau pour refaire ma carte d’identité […] Tu sais, à 85 ans, j’ai eu le temps de mesurer toutes les méchancetés de la vie, et il me tarde de la quitter. […] Maintenant il est trop tard et ne suit plus bonne à rien, même pas un œuf sur le plat.[…]<br />
Ta Mamichka qui ne regrette plus rien.</em></p>
<p><em>Alger le 27 septembre 1961.<br />
Ton copain Bernard est passé me voir en route pour le Sahara. Il a l’espoir d’en revenir et me prendre en passant avec mes 2 valises et la malle que je voudrais…<br />
Je crains qu’il ne lui arrive malheur là-bas et je lui ai dit : &#8220;n’allez pas vous faire tuer pour le pétrole. Partez avant que la situation ne soit désespérée&#8221;. Après le discours de De Gaulle lundi, je ne sais ce qui va se passer. Peut-être une grève de toute l’alimentation. Moi qui ne peux même pas aller acheter mon pain, et pas un ami qui osera venir dans mon quartier, tu parles d’une situation. Enfin, qui vivra verra. Je vois que Paris est bien menacé aussi… Mamichka.</em></p>
<p><em>Alger le 9/10/61.<br />
Ma chérie, mon petit Marc.<br />
Je me fais vieille mon petit, Mostaganem est loin d’Alger, c’est tout un voyage pour venir me chercher. Et mes bagages une malle et trois valises! En ce moment les docks sont encombrés de choses qui ne partent pas et qui peut-être seront perdues. C’est une pagaille en ce moment avec tous ces gens qui partent. […] Je vous embrasse mille fois tous les deux, votre Mamichka.</em></p>
<p><em>Alger le 20/10.1961<br />
Ma chérie.<br />
Espérons que je conserverai la vue qui me reste. Pour le transport de mes 2 malles et mon voyage en caravelle, il me manque quelqu’un pour m’accompagner. Ce n’est pas la saison des départs. J’entends à la radio qu’il y a à Paris 2° au-dessous de zéro. Ici il fait froid aussi après trois jours et les 4 carreaux qui me manquent, et que j’ai bouché avec du papier de nylon double, laissent passer un peu de vent du nord auquel je suis exposée. Enfin ça ne durera pas malgré que nous ne soyons qu’à Noël que nous passerons tous seuls et pas avec vous deux comme je le désirerai. Ma pauvre chérie, on a un tas de déceptions comme cela en ce moment où rien n’est facile et où tout coûte un prix fou […] Ah si je pouvais partir seule, mais c’est Orly qui m’effraie et un peu le froid. Je vois que beaucoup de personnes âgées meurent de congestion par le froid. Je ne voudrais pas te donner cet ennui, pauvrette. […] Tu ne peux savoir ce que je me déplais dans cet appartement à moitié vide et sens dessus dessous. JP doit m’aider à l’expédition de mes malles Il a mis dessus ton adresse à Sarcelles et nous emmènera à l’aérodrome de Maison Blanche. […] Votre Mamichka qui vous embrasse de toutes ses forces.<br />
PS : Sarcelles est -il loin d’Orly ?</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mostaganempetit.jpg" title="mostaganempetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mostaganempetit.jpg" title="mostaganempetit.jpg" alt="mostaganempetit.jpg" align="right" hspace="5" vspace="5" /></a></p>
<h5 align="center">Carte postale: Mostaganem</h5>
<p><em>Mostaganem, le 8 novembre 1961<br />
Chère petite sœur, […] Je viens d’écrire à la grand-mère, au sujet de son départ pour Paris. […] Si elle se décide à aller te rejoindre, j’en serai heureux car […] je n’aime pas la savoir seule place du Gouvernement. Je lui enverrai les sous du billet dès que tout sera prêt et JP n’aura qu’à l’accompagner à l’aérodrome.[…] J’espère que la grand-mère est prête à liquider définitivement son appartement, même sans en retirer aucun profit ? Qu’elle ne pense surtout pas qu’elle puisse aller et venir tous les 6 mois entre Paris et Alger à 86 ans! Si elle va te rejoindre ce sera définitivement, et là est toute l’affaire.[…] Je ne pourrais personnellement pas me rendre à Alger avant le printemps car un de mes collègues ayant pris sa retraite, je n’ai guère la possibilité de m’absenter, même pour me rendre à Oran.<br />
[…] À bientôt j’espère et avec toute ma grande affection.<br />
Pierre</em></p>
<p><em>Alger le 16 novembre 1961. (</em>son gendre<em>) a été très gentil. Il m’a dit : «nous partirons tous deux en avril à moins que je ne me débarrasse de tout mon atelier avant mars […] Un petit espoir que les Français resteront en Algérie. Et puis il fait froid pour nous en ce moment. Il m’a mis du plastique à mes fenêtres brisées […] Votre Mamichka qui vous aime.</em></p>
<p><em>Mostaganem, le 29 novembre 1961<br />
Chère mémé. Voilà le mois de novembre terminé. Nous sommes toujours deux pilotes (le troisième ne rentrera en service que fin janvier) et nous avons beaucoup de travail. […] À la première occasion, mais pas avant février naturellement, j’irai te voir à Alger, avant ton départ pour Paris.[…] Nous n’allons presque plus à Oran et n’avons pas revu les B. Le soir, tout le monde est à la maison à cause du couvre feu (sauf moi, évidemment qui a un laissez-passer). Pierre.</em></p>
<p><em>Alger le 3 décembre 1961.<br />
Cela va mieux ma chérie, si on ne me tue pas je ne mourais jamais.<br />
Vite habite ton logement à Sarcelles que je puisse t’envoyer mes 2 malles qui sont prêtes […] JP s’occupera de mon permis de sortir d’Alger. Envoies-moi un certificat d’hébergement […] Lis bien ma lettre et écoutes moi, je veux descendre directement dans ton appartement de Sarcelles. Car je ne puis trop me fatiguer avant d’être chez toi afin de pouvoir bien t’aider. </em><em>Mamichka</em><em>.</em></p>
<p><em>Mostaganem le 8 décembre 1961<br />
Ma petite mémé. Je suis très heureux que tu ailles rejoindre Mady et, comme promis, je te paierai le voyage avion. Pour les bagages prends l’annuaire du téléphone et demande au premier transitaire du quartier de s’en occuper avec prise à domicile, ce n’est pas plus compliqué et je paierai aussi. Mais toi, par contre, tu n’as pas répondu directement à ma question. Que comptes-tu faire de ton appartement? Je te le répète: laisse tomber ton locataire et ton propriétaire, qu’ils aillent se faire pendre ailleurs. Surtout ne pars pas pour Paris avec ce boulet d’appartement aux pieds et un loyer à payer inutilement. […] Nous t’embrassons de tout notre cœur. Pierre.</em></p>
<p><em>Mostaganem 27 décembre 1961<br />
Chère grand-mère. Voilà donc l’année terminée. Au début 61 nous nous attendions au pire! Que sera 62? […] J’ai toujours beaucoup de travail au port car nous ne sommes pas encore trois pilotes. […] Mon collègue S. commence à parler également de départ et il se pourrait très bien qu’un nouveau concours ait lieu […]ce qui m’obligera une fois de plus à passer un nouvel hiver très chargé. Enfin nous verrons bien d’ici là! D’autant qu’il y a des choses beaucoup plus importantes. […] Pierre.</em></p>
<p><em>Alger, le 1er janvier 1962<br />
Ma chérie, mon petit Marc. Penses-tu vraiment que je puisse aller seule à Paris? J’en suis bien incapable. Il y a 6 mois depuis mon retour de Kouba que je n’ai mis les pieds dans la rue à cause de mes yeux. Si je butais sur un pavé ou un trottoir je tomberais à terre. Je ne vais même pas acheter mon pain. Je n’ai pas revu papa et JP n’est pas venu depuis 15 jours. Je les attends en vain. […] Je ne sais comment va la poste, je n’ai vu ta lettre hier qu’en même temps qu’une de Pierre qui me demande si je partirai seule. Je lui ai répondu non, naturellement. Aller seule, c’est le rêve, mais je sens qu’il m’arriverait un accident et je ne veux pas vous embêter à ce point là. Ma maison se vide. Personne n’achète plus rien et j’ai pas mal de vieilleries que je laisserai, que j’aille à Paris ou à El Alhia (cimetière). […] Peut-être trouverais-je quelqu’un qui voudra bien accompagner une grand-mère qui ne lui donnera pas beaucoup de mal. Patiente ma chérie, avec le beau temps tout ira peut-être mieux. L’on vit ici comme des abrutis. On ne voit que des gens désespérés qui se feraient (illisible) tuer pour dire ce qu’ils pensent. Je ne sais ce que sont devenus Marie et Jacques, je ne te dis pas le nom. (Par prudence au cas où sa lettre serait lue ?) Je suis malade d’ennui de ne plus pouvoir faire ce que je veux […] Votre mémé vous embrasse mille fois.</em></p>
<h5 align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/lajeteepetit.jpg" title="lajeteepetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/lajeteepetit.jpg" title="lajeteepetit.jpg" alt="lajeteepetit.jpg" align="left" hspace="5" vspace="5" /></a>Carte postale: Alger. La jetée</h5>
<p>Mostaganem 11 janvier 1962<br />
<em>Ma chère grand-mère. Il ne faut pas te faire tant de mauvais sang au sujet de ton départ pour Paris. Je comprends parfaitement qu’à ton âge, prenant l’avion pour la première fois, tu appréhendes ce voyage, mais je t’assure bien que tu seras au contraire magnifiquement surprise. As-tu expédié comme je te l’ai recommandé tes bagages et affaires par un transporteur spécialisé dans ce genre de choses? Si tu ne l’as pas encore fait, n’attends pas le dernier moment. Surtout, n’attends ni papa ni personne pour transporter ces malles par un autre moyen, sous prétexte de faire des économies. Tu n’auras qu’à simplement une fois à Paris, m’envoyer la note. Emporte 25 à 30 Kg avec toi dans l’avion. […] As-tu fait le nécessaire pour avoir ton autorisation de voyage? […]<br />
Pour l’avion, rien de plus simple:<br />
1° Un coup de fil pour retenir ta place le jour qu’il conviendra à JP pour t’amener à l’aérodrome et à Mady pour venir te prendre. Un samedi ou un dimanche par exemple puisqu’ils sont libres tous les deux.<br />
2° B. passe payer ta place à n’importe quelle heure puisqu’il y a une permanence à Air-France ou Air-Algérie (Je t’enverrais les sous avant ou après, comme tu voudras.)<br />
3° JP t’amène à l’aérodrome, demande l’autorisation de t’accompagner jusqu’à l’avion, (autorisation qui lui sera, vu ton âge, accordée immédiatement) et te remets entre les mains d’une hôtesse de l’air toujours très aimable, qui s’occupera de toi autant que tu le voudras.<br />
D’ailleurs une fois assise dans un bon fauteuil, tu n’as plus à bouger ni à t’occuper de rien. Quelques heures après l’hôtesse de l’air te remettra elle-même directement dans les bras de Mady et tu rigoleras encore du mauvais sang que tu te seras fait avant de partir.<br />
D’autre part, ma petite grand-mère, je voudrais bien que tu n’attendes pas après Pierre, Paul ou Jacques pour partir pour Paris. Les événements risquent de se précipiter et puisque tu as pris cette décision, liquide tout et fiche le camp le plus vite possible. Ne compte pas sur papa (son gendre) qui ne sait même pas encore s’il partira pour la France à Paques ou à la Trinité.<br />
Crois-moi, ce voyage en avion est d’une simplicité enfantine et tu n’as besoin de personne, hormis JP pour t’accompagner en voiture à l’aérodrome. J’espère que ta prochaine lettre me fixera définitivement sur la date de ton départ.[…]<br />
Pierre</em><em>St. Paul de Jarrat le 16 janvier 1962.<br />
[…] St. Paul de Jarrat comprend pas mal d’Algériens, de Marocains etc. (Elle parle de rapatriés européens, pas d’Arabes). Nous avons près de nous les R, les H., les M. et Jean, frères de Reine, puis nous avons les S. (G.F.) une amie de ta mère. Nous sommes bien entourées. J’apprécie ce voisinage. Quand tantoune a été si souffrante c’était à qui me ferait les commissions.À Toulouse, les Algérois pullulent; entre autres Mme S. que tu as connue, les D., cousins germains de ton père et de tantoune […] De ton père pas grande nouvelle. Il a dû reprendre en main atelier et magasin puisque son gérant a repris sa liberté. C’est qu’en ce moment, rien ne marche à Alger. Comment cela finira-t-il ? […] Fais pour nous une grosse bise à Marc. Pour toi ma chérie, toute notre grande affection. Tantoune.</em></p>
<p><em>Alger le 18 janvier 1962<br />
…Cela va de mal en pis. On ne sait plus où s’approvisionner. À Mostaganem, il s’est passé des choses terribles. Je tremble pour Pierre qui à 4 h du matin est obligé de traverser la ville pour aller au Port. Il m’écrit &#8220;mémé, je me fais du souci pour toi, pars chez Mady le plus vite possible. Ne compte sur personne, va-t’en seule, ni papa ni personne d’autre&#8221;. À Kouba, Ruisseau, Bormandreiss, Blaret, ce fut affreux, paraît-il. Je n’ai pas revu JP. J’ai peur pour lui, pour les petites, car c’est son passage journalier. Il a peur de la place du gouvernement. Il se passe moins de choses qu’ailleurs.</em><br />
<em>Le mari de Jeannette s’occupe de mon permis de sortie. Cela devient compliqué. Je te dirai si ton certificat d’hébergement doit être paraphé par le commissariat de ton quartier. Ne t’en fais pas pour moi, je vais me débrouiller comme je pourrai. Lorsque je serai prête, je t’enverrai un télégramme afin que tu m’attendes à Orly à 1 h de la caravelle. </em><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/billet20fpetit.jpg" title="billet20fpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/billet20fpetit.jpg" title="billet20fpetit.jpg" alt="billet20fpetit.jpg" align="right" hspace="5" vspace="5" /></a><em>Si ton amie ne pouvait venir avec vous, viens avec un taxi coûte que coûte mais ne me laisse pas en panne à Orly. Je ne sais ce que je deviendrai. Lis bien ma lettre. </em><em>Tu ne réponds jamais à ce que je te demande. Je vais voyager avec de l’argent, j’ai peur qu’il m’arrive un malaise.</em><em> C’est pour cela que j’ai peur d’aller seule à mon âge. À bientôt ma chérie. Je vous embrasse tous deux mille fois. </em><em>Mamichka</em><em>.</em></p>
<p>Puis trois lettres de toi que j’ai retrouvées, dans les affaires de la mamie:<em><br />
Mercredi matin 8H30<br />
Oui, ma petite Mamichka chérie, tu as une tête formidable et un courage que j’admire. Tout le monde ici, depuis que j’en parle, savait que j’avais une grand-mère extraordinaire, mais c’est maintenant qu’on en a la preuve. Bien des jeunes auraient abandonné au milieu des difficultés de toutes sortes dans lesquelles tu te débats. Toi, tu te défends comme un lion, et tu vas voir que bientôt tous les soucis seront finis. Nous allons être tellement heureux tous les trois que tu oublieras vite. […] Ce qui m’inquiète davantage, c’est ton visa de sortie. Comment se fait-il que ce soit si long puisque tu as plus de 60 ans. Qu’est ce ça peut leur fiche de te laisser partir? […] J’espère au moins qu’après cela, tu n’auras pas de difficulté pour avoir une place en avion. Ce serait le comble!<br />
À ce propos, je voulais te dire qu’il n’est pas indispensable d’arriver un dimanche si tu ne peux obtenir de place pour ce jour-là. Je demanderai ma journée au bureau quel que soit le jour de ton arrivée, et pour une grand-mère d’Algérie personne ne pourra me le refuser. Denise aussi pourra se libérer.<br />
Cette fois je me sauve car je t’écris en fraude du bureau «tout de suite, tout de suite» et j’ai un travail fou qui m’attend. Plus que le temps de te faire une énorme bise et de te dire à bientôt, à tout à l’heure, ma petite Mamichka et ne t’en fais pas: tout ira bien Tout sera bientôt terminé et je t’assure bien que nous comptons tellement te payer de tous tes tracas que tout ce qui te restera c’est la fierté de t’être montrée forte et courageuse. Toute la maison, Marc, le chat, Denise et moi t’attendons de toutes nos forces. Mad.</em></p>
<p><em>(25 Janvier 1962)<br />
Ma petite Mamichka chérie<br />
Tu ne peux pas savoir comme je suis contente. Enfin, tu arrives! Je t’attends ferme pour le 4 février. Denise et moi serons à l’arrivée à Orly avant l’arrivée de l’avion et tu n’auras rien à faire qu’à te trouver dans mes bras, avant même d’avoir réalisé que tu avais quitté Alger. […] Je suis folle de joie tu sais! C’est comme un miracle, une chose incroyable qui arrive enfin, à laquelle je n’osais même plus croire. Tu te rends compte, plus que 10 jours et tu dormiras dans ta chambre à Sarcelles avec Marc pour te raconter des histoires drôles et danser la danse du scalp en l’honneur de ton arrivée, le chat, tout content, qui profitera de l’inattention générale pour ronronner sur le lit et moi qui ne me tiendrai plus de joie… Ma Mamichka je t’embrasse pour la dernière fois sur ce mauvais papier. La prochaine fois ce sera pour de bon. À tout de suite, à tout à l’heure. Nous n’attendons plus que ton télégramme. Ne te fais aucun souci. Tout ira comme sur des roulettes. Précise seulement l’heure d’arrivée et embrasses mille fois pour moi celui ou celle qui te met dans l’avion. Mad</em></p>
<p><em>Fin janvier 1962<br />
Ma Mamichka chérie. Cette fois j’y crois. Nous serons ensemble avant la fin de la semaine. […] Je suis heureuse que Pierre, et le silence total de JP. et de papa (celui-là je le retiens!) t’aient enfin convaincue de quitter l’Algérie, coûte que coûte et à toute vitesse. Le bateau craque de toutes parts. Et depuis des années tu refuses de monter dans la barque de sauvetage qui est juste à côté. Si seulement j’avais pu prévoir que j’obtiendrais cet appartement de sarcelles en Octobre! C’est toujours comme ça la vie! Juste quand la chance vous tombe dessus il y a 1000 obstacles qui vous empêchent de la prendre. Cette fois Mamichka, ma petite Mamichka, il n’y a aucun obstacle. Tu n’as qu’à te laisser mettre dans l’avion par le mari de Jeannette, ces deux-là tu peux leur dire qu’ils ont un vrai bail sur Sarcelles, qu’ils peuvent y venir quand ils veulent. Il y a des tas de «pieds-noirs» ici et ça leur donnerait le temps de trouver quelque chose. Tout Sarcelles est en construction et la population de la ville doit tripler d’ici 1965. Il y aura de la place pour tout le monde et surtout pour les gens de cœur, comme eux! J’en écoute tous les jours dans le train et ça me réchauffe le cœur de penser que ceux-là au moins ont casé leurs gosses et leur femme dans un coin tranquille comme le nôtre. Vas-y Mamichka! Toi qui n’as jamais manqué de courage. C’est le moment de foncer. Tu dois seulement te mettre ça dans la tête : tu n’as rien à craindre; tu quittes ton plumard à Alger, le soir tu dors dans ton plumard à Sarcelles. Je prends toute la journée pour toi au bureau. Dès que j’ai ton télégramme, je préviens Denise - qui est le patron de son petit bureau - et tu peux être sûr que nous serons à Orly avec 2 heures au moins d’avance. Tu vois que nous n’avons aucune chance de te manquer. À Sarcelles, tout est prêt, tout t’attend. Quand je pense à tout ce bonheur que nous allons avoir ensemble, tiens, je t’en veux presque de toutes ces années perdues! Enfin, ne t’en fais pas, nous allons les rattraper! Viens vite ma Mamichka. N’aie peur de rien, une heure et demie de voyage c’est vraiment de la rigolade!<br />
Et puis il y a un type au bureau qui est tout à fait fasciste et qui a sûrement des copains dans l’OAS. Il dit que la révolution est pour la fin du mois, pas en métropole mais en Algérie. Alors, on ne sait jamais! Dépêche toi d’arriver. C’est tellement tranquille ici. C’est un vrai paradis. Marc et moi sommes tellement heureux dans cet appartement tout gentil, si chaud, si douillet, si confortable que nous aurons toujours honte de notre bonheur tant que tu ne seras pas avec nous. Pardonnes-moi Mamichka cette lettre écrite à la hâte (je n’ai jamais écrit aussi vite de ma vie) mais je veux absolument que tu l’aies demain. Dès ce moment, j’attends ton télégramme. Si c’est la question fric qui te tracasse, je me décide enfin à te donner le numéro de mon compte cheque postal. Ainsi tu pourras y verser la veille du voyage, à Alger l’argent que tu récupéreras à Paris le lendemain. Cette fois il n’y a plus aucun obstacle. Nous t’attendons. À tout de suite. Mad<br />
</em> (Et il y a un dessin de moi représentant ma mère et moi de dos sur le chemin de l’aéroport d’Orly…)</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/orlynb.jpg" title="orlynb.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/orlynb.jpg" title="orlynb.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/orlynb.jpg" alt="orlynb.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Carte postale: Aéroport d&#8217;Orly</h5>
<p><em>Alger le 26/1/62.<br />
Ma chérie. […] Je n’ai pas encore mon permis de départ. C’est très difficile maintenant. Il faut des paperasses et des signatures à n’en plus finir. J’en ai encore pour plus d’une semaine à attendre. De 18 à 60 ans, femme ou homme, on ne part plus paraît-il. Mes 2 malles sont encore là. Quand il faut avoir affaire à Pierre, Paul ou Jacques et qu’on ne peut faire de démarches soi-même il faut toutes les patiences. Mon pauvre cœur n’en peut plus de tant de contrariétés. Il me tarde maintenant de partir car de malheureux événements ne vont pas tarder à intervenir. Je vous embrasse. Attends mon télégramme. N’écris plus.</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles3petit.jpg" title="sarcelles3petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelles3petit.jpg" title="sarcelles3petit.jpg" alt="sarcelles3petit.jpg" align="right" hspace="5" vspace="5" /></a><br />
Le 27 janvier 1962, le préfet de Police d’Alger autorise le voyage pour 2 mois avec un délai accordé pour le retour de 6 mois.<em>Alger le 4/2/62 Ma chérie, mon petit Marc<br />
Mon retard de départ est dû au temps affreux, à la grève des dockers, aux télégrammes défendus aux civils (</em>réservés<em>) aux officiels seulement. Tu parles ma chérie d’un tas de contretemps. J’espère qu’à l’heure qu’il est tout sera rétabli. Il y a de quoi devenir fou. Il faut que j’ai la tête solide. Je ne sais plus comment je vis. Je vous embrasse tous deux. </em><em>Mamichka</em><em>.</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/centre-commercialpetit.jpg" title="centre-commercialpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/centre-commercialpetit.jpg" title="centre-commercialpetit.jpg" alt="centre-commercialpetit.jpg" align="left" hspace="5" vspace="5" /></a><em>Alger le 12 février 1962.<br />
(</em>Mais ce ne peut-être qu’avant le 10 février!<em>)<br />
Ma fifille, mon petit Marc.<br />
Je t&#8217;envoie ce petit mot pour te dire que mes bagages sont partis hier. Pourvu qu&#8217;ils n&#8217;arrivent pas avant moi. Ils sont payables à l&#8217;arrivée, à domicile, une malle, une grande valise et une valise moyenne. Je ne sais ni le poids ni le prix du transport. Quel micmac! Pourvu qu&#8217;il ne m&#8217;en manque pas la moitié car ils ont les clefs, qu&#8217;ils doivent remettre à l&#8217;arrivée. Attention j&#8217;ai mon billet d&#8217;avion pour le samedi 17 février, départ d&#8217;Alger à 8 heures 40, arrivée à Orly vers 11 heures. Soyez à l&#8217;arrivée avec ta gentille amie, vers 10 heures, 10 heures et demie. Ne me ratez pas, je serai trop en peine, car je suis très fatiguée par tout ce déménagement. Mercredi JP. téléphonera à ton bureau pour plus de précaution. J&#8217;espère qu&#8217;il ne m&#8217;arrivera rien d&#8217;ici samedi avec cette effervescence partout. Je suis comme un automate (</em>illisible<em>). Je t&#8217;embrasse ainsi que Marc et la gentille Denise, à bientôt. </em><em>Mamichka</em><em>.</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelleslagare.jpg" title="sarcelleslagare.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sarcelleslagare.jpg" alt="sarcelleslagare.jpg" /></a><br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/orly.jpg" title="orly.jpg"></a></p>
<p>&lt;&gt;<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/orlynb.jpg" title="orlynb.jpg"></a><br />
Sur une lettre que tu adresses à la compagnie de transport ayant convoyé les affaires de la grand-mère je trouve une date : la grand-mère quitte l’Algérie définitivement le 10 février 1962.<em> &#8220;N’ayant emporté de tout ce qu’elle possédait à Alger que ces 3 colis, elle vous serait reconnaissante de ne rien omettre sur</em><em> cette facture, car rien d’autre ne lui sera remboursé, pas plus qu’aux pieds-noirs ayant regagné la métropole avant le 10 mars.&#8221;</em></p>
<h5 align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/orly.jpg" title="orly.jpg"><br />
</a></h5>
<p align="right">Caillou. 6 novembre 2007</p>
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		<title>Une correspondance de guerre … 1957-1960</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Oct 2007 10:08:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[Alger 1957-1960


Alger - Mosquée Djamaâ Djdid - Carte postale CAP
En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète un appartement à Sarcelles, dans le nord de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 align="center">Alger 1957-1960</h3>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/alger-mosquee-petit.jpg" title="alger-mosquee-petit.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/alger-mosquee-petit.jpg" title="alger-mosquee-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/alger-mosquee-petit.jpg" alt="alger-mosquee-petit.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Alger - Mosquée Djamaâ Djdid - Carte postale CAP</h5>
<p align="justify"><span id="more-167"></span>En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète un appartement à Sarcelles, dans le nord de la banlieue parisienne.<br />
Pendant toutes ces années elle reçoit des lettres de sa famille algérienne.<br />
Principalement de sa grand-mère, de quatre-vingts ans, qui signe souvent Mamichka, qui vivait en plein cœur d’Alger, place du Gouvernement, juste en dessous de la Casbah. Mais aussi de son frère Pierre, pilote dans le port de Mostaganem, d’une « tantoune », l’amie de sa tante paternelle, d’une amie d’enfance, Francine, professeur de philosophie du Cap-Matifou. D’autres parents, plus éloignés, ou d’amis, écrivent également. D’autres lettres d’Algérie arrivent aussi pendant l’année 1962, mais elles sont adressées à la grand-mère, venue vivre avec nous à Sarcelles.<br />
Madeleine, vivant à Paris depuis 1947, a vécu douloureusement toute cette période. Non pas pour l’Algérie « française » dont elle pensait qu’elle n’avait pas d’avenir, mais pour l’Algérie tout court et les drames qui touchaient, là-bas, sa famille et ses proches.<br />
De toute cette correspondance privée, je ne donne que des extraits concernant les « événements » en Algérie. Mais je donne à lire ces extraits parce qu’ils parlent d’un « état d’esprit » qui évolue…<br />
De même qu’il n’y a pas un seul « peuple pied-noir » rendu caricatural par les simplifications historiques, mais de multiples individus de différentes classes, pays et origines, il n’y a pas non plus une pensée figée mais un inconscient collectif qui va évoluer considérablement entre 1954 et 1962.</p>
<h3 align="center">Les dates pour comprendre la période</h3>
<p><strong> 1957</strong></p>
<ul>
<li>7 janvier : début de <em>la bataille d’Alger</em>.</li>
<li>21 mai : chute du gouvernement de Guy Mollet.</li>
<li>29 mai : un commando FLN massacre tous les hommes du village de Melouza qui appartenaient au MNA.</li>
<li>12 septembre : démission de Paul Teitgen, protestant contre les tortures.</li>
<li>24 septembre : arrestation de Saadi.</li>
<li>2 octobre : mise en place de la <em>ligne Morice</em>.</li>
</ul>
<p><strong>1958</strong></p>
<ul>
<li>8 février : bombardement du village tunisien de Sakiet.</li>
<li>30 avril : Amirouche, intoxiqué par les services de Godard, fait exécuter plus de 200 fellaghas.</li>
<li>13 mai, à Alger : l’appel à De Gaulle.</li>
<li>1er juin : investiture de De Gaulle.</li>
<li>4-7 juin : le <em>Je vous ai compris</em>.</li>
<li>19 septembre : création, au Caire, du GPRA (gouvernement provisoire de la république algérienne).</li>
<li>28 septembre : la nouvelle constitution est approuvée par 95 % des suffrages exprimés.</li>
<li>23-25 novembre : De Gaulle propose <em>la paix des braves</em>.</li>
</ul>
<p><strong>1959</strong></p>
<ul>
<li>27-30 août : De Gaulle visite les djebels et les postes militaires.</li>
<li>16 septembre : De Gaulle proclame le droit des Algériens à l’autodétermination.</li>
</ul>
<p><strong>1960</strong></p>
<ul>
<li>24 au 31 janvier 1960, à Alger : <em>semaine des barricades</em>.</li>
<li>3-5 mars 1960, en Algérie : De Gaulle entreprend <em>la tournée des popotes</em>.</li>
<li>25-29 juin, à Melun : échec des pourparlers GPRA/Gouvernement.</li>
<li>5 septembre-1 Octobre, Paris : le procès du <em>réseau Jeanson</em>.</li>
<li>5 septembre : conférence de presse de de Gaulle : <em>l’Algérie algérienne</em>.</li>
<li>6 septembre : <em>Le manifeste des 121</em>.</li>
<li>3 novembre : ouverture du procès des barricades.</li>
<li>16 novembre : De Gaulle propose le référendum d’autodétermination.</li>
<li>9-13 décembre : le voyage de Gaulle en Algérie provoque de violentes manifestations (120 morts).</li>
<li>19 décembre : Les Nations Unis reconnaissent le droit à l’indépendance du peuple algérien.</li>
</ul>
<p align="center">…</p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/la-cote.jpg" title="la-cote.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/la-cote.jpg" title="la-cote.jpg" alt="la-cote.jpg" align="right" hspace="10" vspace="10" /></a><em>Cap-Matifou, le 11 janvier (</em>1957, par déduction<em>)</em><br />
<em>Ma bien chère petite Mady.</em><em> L’Algérie n’est pas, pour le moment, une région touristique bien attirante, je sais. Peut-être que ça s’arrangera d’ici cet été?[…]</em><em> Phil a toujours autant de travail. Jeudi il est allé à Orleansville et Tenis (650 kms dans la journée, sur des routes peu sûres) mais en fin de compte on ne sait pas si on risque plus sur les routes réputées «peu sûres» qu’en pleine ville.</em><em> Francine</em></p>
<p align="justify"><em>Le 5 mai 1957</em><em><br />
La vie que nous menons à Alger est tellement déprimante. Je vois bien à ta lettre que tu es trop loin pour imaginer notre situation en Algérie. Tous ces barbelés dans laquelle est enfermée la Kasbah, dont je fais partie, sont exaspérants et tellement sales. Cette rue Sainte, qui n’a plus de sortie place de Gouvernement est gluante de saletés. Je suis tombée trois fois déjà, on ne sait pas où mettre les pieds pour ne pas glisser. Il n’y a que la rue de la Cathédrale pour canaliser tous les habitants de la Kasbah. Berthie qui est très gentille pour moi n’osera bientôt plus venir me voir. Elle a été prise l’autre soir, en partant, dans une fuite d’Arabes poursuivis par la police. On venait d’assassiner un sergent parachutiste au coin de la mosquée, place du Gouvernement. Elle a eu peur d’une balle perdue, naturellement. Nous étions tous trois, Suzanne, Guy et moi à attendre avec anxiété, à la fenêtre, qu’elle débouche de la rue du Divan sur la place. Enfin ! Elle a pu prendre le tramway. Malgré le courage des habitants, la ville est bien triste. Ce n’est plus Alger que tu as connue. Chacun reste chez soi, ne sort que pour son travail. Je n’ai pas revu Marie depuis la mort de Tonton. Elle n’ose pas descendre et moi je n’ose pas monter chez elle. Il y a plutôt du danger à s’éloigner de la ville….</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p><em>Matifou le 15 juillet 1957</em></p>
<p><em>[…] Phil, toujours au boulot, s’est acheté un mignon petit canot à moteur à bord duquel il passe pratiquement tous ses week-ends. Hier cependant (14 juillet) on lui a volé sa matinée et il a du défiler avec la garde territoriale, musique en tête dans cap Matifou pavoisé. Il était furax.</em></p>
<p><em>Matifou le 17 juillet 1957</em></p>
<p align="justify"><em>[…] Tu sais j’essaie de rigoler, comme ça, mais si tu savais comme c’est dur de vivre ici en se moment ! Ca ressemble à une interminable Passion, jour après jour recommencée : des christs qui ont l’air de monstres, des faux-christ qu’on prendrait pour des jésus, des judas, des Pilate et de la flicaille en veux-tu, en voilà. (Ce n’est pas des vrais flics que je parle mais de tous les autres, hommes, jeunes, enfants et les jeunes sont de loin les plus féroces !) - Que faire là-dedans. Moi je me sentirai volontiers la vocation d’un Simon (de Cyrène) mais rien n’est plus dangereux. Alors on la boucle, on se fait tout petit, on a mauvaise conscience et tout ça nous rend suspect – sans qu’on puisse en retirer aucun bénéfice moral, je veux dire aucun apaisement. Et puis, quand je me suis bien torturée avec tout ça, je me dis que c’est encore une journée de « bonne conscience &#8220;, une espèce de dilettantisme moral, en quelque sorte une forme d’hypocrisie plus subtile, une façon d’apaiser sa conscience à moindre frais et sans risques réels. Et pas moyen d’en sortir ! L’Action ? Je me suis persuadée - et peut-être est-ce là un piège de ma lâcheté naturelle – que dans une période si troublée toute action risque d’engendrer un mal pire que celui qu’elle prétend guérir… Alors…on tourne en rond ! On jeûne, on se perd dans d’infinies tâches matérielles et intellectuelles qu’on se donne. (J’étudie de très près les 640 copies du concours d’entrée pour en tirer une étude psychologique de l’adolescent. C’est un travail de romain, et qui n’aboutira peut-être pas, de toute façon ça ne servira jamais, mais ça m’occupe !) Voilà, je ne t’en aurais jamais autant dit et peut-être vas tu me trouver bien ingénue. Tu vas sourire, hausser les épaules…</em><br />
<em>Francine</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 7 septembre 1957.</em><br />
<em>Ma chérie. Si j’avais 10 ans de moins, c’est-à-dire 72 ans, je serais déjà allée te rejoindre. Je trouve que ma santé décline en ce moment. Ici tout augmente horriblement. Je ne sais comment le Gouvernement va arranger les prix de chaque chose. Heureusement que j’ai de quoi m’habiller pour le reste de mes jours et que je sors peu de mes barbelés. Dire que je suis à 50 cm de la rue Bab-El-Azoun et qu’il faut que je fasse un grand tour pour y aller. La grand mère qui vous aime.</em></p>
<p align="justify"><em>Mostaganem 19 septembre 1957.<br />
Chère petite sœur […] A mon avis la grand-mère ne pourra jamais te rejoindre, pas plus d’ailleurs que de venir à Mostaganem, comme je lui ai plusieurs fois proposé. L’âge est là et les seuls voyages qu’elle se permet de faire et encore presque à contre-cœur c’est Kouba-place du Gouvernement. Elle a été très fatiguée ces temps-ci et je m’attends d’un moment à l’autre à ce que J.P. me téléphone pour m’annoncer le pire. Pierre.</em></p>
<p align="justify"> <em>Mosta, le 15 octobre 1957.<br />
Chère frangine. […] La grand-mère va beaucoup mieux et projette même un petit voyage à Mostaganem, mais je n’y crois pas, car au dernier moment elle trouvera qu’elle est trop âgée. Relance la si tu veux pour moi je n’y compte pas. Moi aussi j’aimerais bien la savoir avec toi ou ici, mais quitter son appartement, ses meubles et objets qui lui sont chers, les tombes de maman et de Paul sont, je crois, bien au-dessus de ses forces. Pierre.</em></p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/les-palmiers.jpg" title="les-palmiers.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/les-palmiers.jpg" title="les-palmiers.jpg" alt="les-palmiers.jpg" align="left" hspace="10" vspace="10" /></a></p>
<p align="justify"><em>Alger le 31 décembre 1957.<br />
Ma petite chérie, mon petit Marc.</em><em><br />
J’ai reçu ta lettre qui me rassure sur ton sort. Ne me fais pas de reproches sur mon silence. Je t’ai commencé 30 lettres que je n’ai pas continuées car je ne sais que te dire tellement je ne sais pas sur quel pied danser avec cette horrible situation qui nous est faite. Cette hausse des prix, lorsque l’on ne gagne plus rien et qu’on a pas la moindre pension […] devient une vrai catastrophe. Alors t’écrire des lettres pleines d’idées noires et de désespoir, à quoi bon! La </em><em>guerre continue. Il y a eu une petite accalmie pendant les pourparlers à l’ONU. Et puis que sera la suite ? Cela ne nous promet pas de bons jours et j’ai parfois envie de d</em><em>evancer l’appel. J&#8217;ai un tas d’ennui avec mon appartement et ne saurais bientôt où aller. […] La guerre on ne doit guère en parler. C’est sans doute pour cela que tu n’as pas reçu mes 2 premières lettres. Enfin dans ma rue on a enlevé les barbelés ce qui est un bon point de gagné car vraiment il nous fallait faire le tour parmi les Arabes pour sortir de la rue Sainte.</em><em> F.Nouchi.</em></p>
<p><em><strong>1958</strong></em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 11 mars 58<br />
Ma petite chérie, mon cher petit coco.<br />
J’ai bien reçu ta lettre qui nous a causé un grand plaisir à tous trois. Je me plais beaucoup avec Pierre et Paule mais il faut que je rentre à Alger avant le 15 avril pour régler l’affaire de mon appartement, si c’est possible. Mes locataires m’accompagneront en auto, comme à l’aller, et nous espérons que tout se passera aussi bien. Je suis contente que vous vous portiez bien tous deux car le froid à Lucerne doit être très sain, pas comme en Algérie où l’humidité règne et où l’on s’enrhume sans savoir comment. Nous avons eu aussi quelques jours de froid et de mauvais temps et à Alger de la neige à ce que m’écrit Jean-Pierre mais ici cela ne dure pas et le soleil brille de nouveau. Dès mon retour à Alger, je t’écrirai pour te dire si ce sera possible de me défaire de cet appartement de misère qui me dégoûte dans cette vieille cagna de plus en plus vieille et difficile à tenir propre sans un travail fou.<br />
Si tu voyais comme Pierre et Paule sont bien logés, cela me semble encore plus dur d’être obligé de retourner dans ce sale coin où les barbelés ont achevé de me dégoûter et où tout est resté sale. Il n’y a que mes fenêtres sur la place du Gouvernement qui sont intéressantes. Le propriétaire m’a bien offert 500 000 F pour partir mais est-il de bonne foi? Il préfère me trouver un autre appartement, ce qui est bien impossible à Alger où l’on ne construit des maisons que pour les Arabes. &#8230;/&#8230; Rien n’est facile en Algérie en ce moment&#8230;/&#8230;<br />
Ta mémé qui t’aime. </em></p>
<p align="justify"><em> Alger Le 30 Sept 58.</em><br />
<em> Ma chérie, mon petit Marc.</em><br />
<em>[…] Je suis déchirée entre Pierre et toi et mon coin solitaire où la raison me dit de rester et de n’embêter personne de ma vieillesse. Si l’on m’aidait un peu je pourrais vivre un peu tranquille sans trop de soucis. Le gouvernement ruine les gens qui sont trop âgés pour toucher des appointements et leur alloue bravement 2000 F par mois alors qu’il en faudrait 20 000 pour vivre chichement à une vieille seule comme moi. […] Comment ne pas tomber malade? Et le mauvais sang dû à cette situation précaire et la vie chère ! J’ai payé hier 2 petites laitues 100F ! Je n’en peux plus de la vie.</em><br />
<em>B. m’aide dans la mesure de ses moyens. Sa santé décline elle aussi avec ce trajet à l’usine à 10 ou 20 Km. Elle n’en pouvait plus. Elle a été obligé de prendre ses repas à Maison-Carrée, un mauvais repas pour 400 f. […]</em><br />
<em>Quel dommage que tu sois si loin. Je revivrais près de toi, car depuis la mort de Tonton, je ne sais plus comment je vis. Vivre vieux, c’est le désir de tout être humain. Vivre vieux ! Pour voir mourir ses enfants avant soi et se retrouver seule ! Seule ! comme moi !</em><br />
<em>J’ai pu louer ma chambre, qui est bien, à une jeune fille travaillant à la Banque de Paris et des Pays-Bas. Elle est contente et gentille mais, notre maison, tellement vétuste et mal placée ne lui plaît pas. Elle partira quand elle trouvera autre chose. Je ne compte guère la garder longtemps. Heureusement que le docteur C. ne veut pas d’argent de moi et que S. m’aide un peu. Avec son aide je vais pouvoir m’acheter un autre appareil de chauffage. Le mien perd son pétrole par plusieurs trous et mon appartement est très froid. […] </em><em>Je suis heureuse que tu aies cette place de tout repos et je regrette que tu ne m’aies pas appelée 7 ans plus tôt, à la mort de Mr Nouchi. Je t’aurais été, en France, à ce moment là, d’une grande utilité à tous les points de vue. La situation a changé. Tout est trop tard ! J’ai gardé de l’argent pour mes obsèques quand le moment viendra. Tu vois que je suis philosophe. […] La grand mère qui vous aime.</em><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sur-un-chemin.jpg" title="sur-un-chemin.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/sur-un-chemin.jpg" title="sur-un-chemin.jpg" alt="sur-un-chemin.jpg" align="left" hspace="10" vspace="10" /></a></p>
<p>&lt;&gt;<em>Alger le 12/10/58</em><br />
<em>Ma petite chérie. J’ai bien reçu ta longue bonne lettre. Il ne faut pas avoir de regrets. Que veux-tu, je ne demanderai pas mieux de faire ce que tu dis. Je ne peux plus être maintenant qu’embarrassante et peut-être agaçante pour des jeunes. Mon dynamisme et ma santé sont partis avec les années. Tonton a emporté le peu qu’il restait. Moi qui détestais les lits je ne demande qu’à me coucher à toute heure du jour. Le moindre ouvrage me fatigue. La moindre</em><em> contrariété, si bénigne soit-elle me cause une angoisse, me serre le cœur, à croire que je vais mourir sur place […] Dans la rue je titube comme une femme ivre. Je vais essayer une canne. J’aime mieux avoir l’air d’une boîteuse que d’une ivrogne. […] Faire des projets à mon âge c’est un peu ridicule. Il faut regarder les choses en face, à 83 ans c’est normal. Si je suis finie et bien, Barka, Mektoub, comme disent les Arabes.</em><br />
<em>Il faudrait que je me débarrasse de mon appartement et de tout le bazar ce qui est au-dessus de mes forces actuelles, et puis j’ai une locataire en ce moment, ce qui me permet de vivoter. Je ne peux pas la renvoyer, elle ne saurait où aller car les chambres sont introuvables. Quand on ne peut pas payer 20 à 30 000F par mois pour un petit taudis, on reste où l’on est. On m’a dit qu’il était question, pour les immeubles anciens et vétustes, de mettre les prix au niveau des immeubles neufs afin d’obliger les gens à partir des maisons à démolir. Alors</em><em> comme je ne pourrai pas payer davantage, qu’on me déménage dans la rue si l’on veut. Moi, aux Vieillards, (</em>L’Hospice ?<em>), j’aime mieux mourir. Rien que d’y penser ma terrible angoisse me reprend. […] Je vous embrasse tous les deux. F.NOUCHI.</em><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/parc.jpg" title="parc.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/parc.jpg" title="parc.jpg" alt="parc.jpg" align="right" hspace="10" vspace="10" /></a></p>
<p align="justify"><em>Mostaganem<br />
le 10 novembre 1958.</em><br />
<em>Chère P’tite sœur. […] Rien à faire pour décider la grand-mère a venir à Mostaganem. Elle a toujours une excuse pour remettre ça à plus tard. . […] Elle prétend qu’elle nous gênerait, qu’elle serait un poids mort, qu’elle n’aurait pas assez d’activité. En réalité elle ne démarrera jamais de son appartement. Comme je te l’avais dit c’est surtout l’hiver qui m’inquiétait pour elle. La pluie rentre à ciel ouvert dans la cuisine, quand au froid, n’en parlons pas. . […] Elle a du te dire qu’elle avait une locataire… raison </em><em>de plus pour qu’elle pense être indispensable à Alger. Bref, non seulement je suis déçu, mais assez en colère car ce n’est pas dans un appartement comme ça qu’elle rajeunira l’hiver. D’un autre côté je ne peux tout de même pas aller l’enlever de force. […] Le frangin.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em> Alger le 27/11/58<br />
Ma fifille, où es-tu maintenant ? […] Ma santé reprend le dessus[…] Mme C. la doctoresse qui me soigne est une véritable magicienne. Est-ce aussi la vie que tu me fais entrevoir près de vous deux ? Je me remets d’aplomb […] Si j’allais chez toi, ma chérie, il faudrait que je me débarrasse de cette vieillerie d’appartement qui augmente tous les jours et me coûte les yeux de la tête en</em><em> réparations maintenant que je n’ai plus tonton pour me les faire. Je pense aussi à tous ce que j’aurais à emporter, linge, vêtements… Au moins trois grandes caisses. […] Le petit café, à deux mètres de la maison, a reçu une bombe. 2 morts, 7 blessés. Nous en avons encore des battements au cœur. La maison a tremblé à croire que c’était dans l’escalier. Que de sang ! Que de sang ! c’était affreux. […] Le café se remonte pour sauter à nouveau bien sûr ! Ah la vie n’est pas belle en Algérie. Je recommande à Pierre de ne pas s’éloigner de la ville en auto. […] F.Nouchi.</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 30/12/58</em><br />
<em>Ma pauvre chérie, j’attends en vain ta lettre promise et les renseignements que je te demande sur les formalités à remplir pour habiter la Suisse, les paperasses, les échanges d’argent, le coût du fret pour mes bagages […] Tout cela et ces histoires d’argent en France où 100F ne valent plus que 1F, il y a de quoi perdre la tête. C’est trop lutter. Cela me donne envie de mourir. Je n’arrive pas à récupérer l’argent qu’on me doit (150.000F ce qui ferait 1500F au taux actuel). Toutes ces déceptions, ces augmentations de vie me fatiguent trop[…]La Mamichka qui vous aime.</em></p>
<p><strong><em>1959</em></strong></p>
<p align="justify"><em>Alger le 29/1/59.<br />
Ma pauvre chérie. Depuis trois jours je pleure tout ce que je sais. Il m’arrive toutes sortes d’embêtements. Ce n’est pas le propriétaire qui m’empêche de partir, bien au contraire. Mais j’ai des locataires depuis 15 ans (local commercial). Si je pars ils sont obligés de partir et ils ne veulent rien savoir sans indemnités, à moins de leur trouver un local similaire en plein Alger. Et pas cher, ils paient 3000F par mois. C’est une chose introuvable. Alger est surpeuplé. On ne trouve pas une cave de 2 mètres carrés pour se loger. On ne battit des maisons à loyer modérés que pour les Arabes. Et je suis là, clouée dans cette maison tellement vétuste, dans un quartier dangereux, sans pouvoir partir, avec un appartement un tas de réparations incombent à cette pauvre</em><em> mémé. J’en suis malade et découragée. Je ne sais ce que je vais devenir. Tout cela me fatigue tellement ! ! Et toutes les démarches dont tu me parles me font peur aussi. Je suis tellement seule. […] Nous vivons une époque où tout est tellement difficile et cela ne fait que commencer. 1959 nous en promet. Des augmentations que bien des gens ne pourront supporter, moi la première. J’ai déjà vendu pas mal de choses. Je n’en puis plus de tant de soucis. Encore si on veut bien me payer le peu d’argent que l’on me doit, mais je n’ai pas de papier, ils feront ce qu’ils voudront. En ce moment on est sans pitié, seul l’argent compte ! […] En attendant tous mes projets sont à l’eau […] Ma chérie fais tes affaires comme tu le dois sans te soucier de ma venue. Je vois que ta situation n’est pas très stable […] Si je bouge mes locataires mettront les huissiers à mes trousses. Je voudrais que le</em><em> propriétaire nous donne congé pour démolitions. La ville le fera d’un moment à l’autre. Cela seul me rendra libre[…] J’ai trouvé une locataire mais elle ne vas pas rester dans une maison aussi sale (chez moi c’est propre) et qui sent mauvais, refuge des chats qui y font leurs besoins toute la journée. Sans compter les Arabes, clients du café en face (qui a reçu une bombe) qui viennent faire pipi dans le couloir de la maison[…] Je vous embrasse mille fois tous les deux, votre Mamichka qui vous aime.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 16 février 59.<br />
Ma petite chérie, mon petit Marc. […] Je suis contente que mon obligation de rester à Alger pour l’instant ne t’ai pas ennuyée […] Je me suis remise à peindre pour oublier mes soucis. Pierre m’avait acheté de la peinture. J’ai peint pour toi un joli paysage du sud, une mosquée. C’est lumineux et de jolis couleurs. […] La peinture m’absorbe. En ce moment, nouveaux dangers dans ma cagna. On a logé au 4ème une épouse de militaire. Un obus pourrait les faire sauter et la maison avec. Les attentats recommencent. Dans la librairie à côté de chez moi une grenade a été lancée, beaucoup de dégâts. Les deux pauvres filles n’ont pas été blessées, heureusement, mais en sont encore terrifiées. On s’habitue à aller et venir. Tu ne m’as pas dit si tu avais reçu ou non mon colis. Il s’est perdu bien</em><em> sûr, 2000F de fichu ! ! ! Les lettres arrivent mal, les colis se perdent. Il y a plus de 2 mois que je te l’ai envoyé. Je n’oserai jamais plus rien envoyer là-bas. Votre petite grand-mère qui vous aime tendrement. F. Nouchi.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 12 mars 1959.<br />
Ma locataire est toujours là […] On ne trouve plus rien à Alger pour se loger, pas même un coin de cave. […] Ma locataire mange au restaurant le matin : 380F le repas ! Le soir un café au lait. Moi je ne fais pas de cuisine les denrées sont trop chères. Pommes de terre bouillies et riz à l’eau, voilà ma nourriture et ça ne fait que commencer. Comment va-t-on arranger cette période de changement de monnaie ? C’est un drôle de boulot. […] Imagine toi que j’ai mal dans une hanche, il y a quelque temps déjà et je ne puis aller dans la rue. J.P. m’a arrangé une canne mais je ne sais pas marcher avec. Je me bourre d’aspirine et ça m’affaiblit terriblement. J’étais tombée l’année dernière et cet</em><em> endroit blessé ne s’est jamais bien guéri. Et cet hiver j’en ai souffert. Ah ta Mamichka est mal en point. Je ne suis bien qu’assise ou couchée. C’est pour cela que je me suis mise à peindre. Cela m’empêche d’avoir le cafard mais ce sont mes yeux qui écopent. Tu as eu de la chance de trouver tes 2 pièces à Bâle. Ici ! 2 pièces, si petites soient-elles, il faut 1 million de pot de vin. Une seule pièce et une cuisine minuscule avec un cabinet de toilette encore plus minuscule : 26000F par mois ! Vide de meubles !</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 15 avril 59.</em><br />
(problèmes de courrier)<em> […] J’envie Pierre qui va te voir, mais je ne puis partir cette année</em>. (Toujours les mêmes problèmes de locataires et d’argent)<em> […] Et si je partais je pourrai me fouiller ! Je ne peux compter sur JP, il a fait son droit et il n’est pas fichu de me donner un conseil pour mes locataires ! Il n’a pas une seconde à lui avec cette espèce de guerre; son Gouvernement Général, l’Etat-Major, la délégation spéciale de Kouba, l’armée où il brigue le grade de capitaine, et les U.T. Il ne rentrez pas chez lui avant 9 h du soir. Et Juliette se morfond au fond de Kouba, loin de tous. Elle a été malade durant toute la grossesse, qui tire à sa fin. Pourvu qu’elle ait un garçon ! Moi je ne peux aller chez elle qu’en auto avec J.P. Les moyens de communication, les milliers d’autos, sont trop dangereux pour une grand-mère […] Ma hanche m’empêchait de marcher. Cela va mieux et je n’aurai pas besoin de canne […] Je m’arrangerai bien pour loger ton copain pendant ses congés de saharien. J’ai déniché un lit de camp au grenier […] Mamichka.<br />
</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 5 mai 59.<br />
[…] Je crois que l’année prochaine je ne serai plus de ce monde. Ma santé se ressent de tous ces soucis et je n’ai pas envie d’aller te claquer dans les mains ou de devenir un poids lourd, […] Je ne suis pas libre de quitter cet appartement</em><em> tant que j’ai ce locataire qui exige que je lui procure un autre local ou une indemnité que je ne peux lui donner. Ma pauvre chérie, les affaires ici vont de mal en pis. […] Je me rends malade d’y penser. […] Mon propriétaire veut rénover la maison et en faire un hôtel arabe. […] J’ai des réparations continuelles et coûteuses. Je n’ai plus tonton pour les faire. J’en ai marre, ma chérie, à forces de déceptions et, de peines, j’ai le cœur malade. […] Les affaires sont nulles avec cette guerre qui n’en finit plus et devient féroce de la part des fellaghas. […] Je deviens folle. Tu te rends compte de la lutte que je soutiens pour une vie qui n’en vaut pas la peine ? Après cela on nous dira que c’est un crime de se tuer. Il le faudra bien car je ne pourrais pas tenir le coup. Je n’en ai plus la force… […] Je ne sais comment t’envoyer un tas de choses que j’ai pour toi et dont j’ai encore besoin, linge,</em><em> couverture, couverts etc. qui vont aller Dieu sait où après moi ! […] Si je te les envoyais par colis il faudrait faire un emballage solide pour un si long voyage et moi je n’ai personne pour les expédier et il ne faut pas que je songe à les porter moi-même à la gare, la circulation est tellement terrible. Il y a plus de voitures que de piétons. Je n’ose aller moi-même de peur d’un vertige et ne trouve plus personne pour de pareilles commissions. […] Écris moi, ma gosse, je t’en prie, tes lettres seules et celles de Pierre me donnent du courage. Les tantounes aussi sont gentilles. Je dois leur écrire car je n’ai pas répondu à leur dernière lettre, j’avais trop le cafard. Ta mamichka vous embrasse tous deux de toute son affection. Mille baisers à mon petit Marc. F.Nouchi.<br />
Je veux qu’on m’enterre avec tes bonnes lettres qui m’ont fait pleurer tellement elles sont gentilles et pleines d’affection pour ta mamichka. […] Je vous</em><em> embrasse tous deux mes chéris.</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 28 mai 59.<br />
Si je rabâche tu n’en feras pas cas […] Ta mamichka vieillit. On ne sait ni qui vit ni qui meurt à mon âge. Je ne suis pas éternelle. Ma chérie, tu ne peux pas imaginer ce qu’on est embêtés par ces sous-locations. Il y a quelques mois on nous suppliait de louer le moindre coin dont on pouvait disposer, que c’était une charité, tant de gens étant sur le pavé, etc. Et maintenant, en plus de l’augmentation des loyers, on nous augmente du double pour les sous-locations! On nous a bien eus ! Votre mémé qui vous aime tendrement.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 12 août 1959.</em><br />
<em>Ta mamicka a été un peu patraque ces temps derniers… Notre chaleur me fait penser à ton copain du Sahara. Qu’est-ce qu’il a dû souffrir de la chaleur là-bas! Il a dû certainement avoir des congés mensuels. Je ne l’ai pas vu. Il est peut-être venu. Tu sais, la maison et le quartier l’auraient effrayés. C’est un coin à grenades. Les terroristes font sauter tous les cafés de la casbah, à partir de la place du gouvernement. Les gens apeurés se défond de leurs commerces et les Arabes s’installent à leur place, cafés, chaussures, confection, etc. […] Si par bonheur tu pouvais venir au printemps, comme tu me le fais espérer, on ferait une caisse de tout ce que tu veux, et, si tu ne trouves</em><em> pas ta mamichka trop gaga, tu l’emmèneras aussi, sinon tu la laisseras tomber dans son coin de la place du gouvernement. Ne te fais pas de mauvais sang pour moi. Je suis devenue une vieille philosophe. Votre mémé qui vous aime tendrement.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 26 août 1959.<br />
Ma chéri, mon petit Marc. […] Je vois que tu n’as pas reçu ma lettre, envoyée vers le 8 août, vers la fin de ton congé, car tu me demandes certaines choses que je t’ai dites sur ma lettre. Voilà plusieurs de mes lettres que tu ne reçois pas et j’en suis désolée. C’est au départ d’Alger qu’elles disparaissent, je suppose, je ne comprends pas ! […] Ma santé, en ce moment ne va pas fort. Heureusement que j’ai cette brave Berthe qui vient, malgré son travail, voir 2 fois par semaine ce que je deviens. Jeannette aussi est gentille. Elle doit m’accompagner chez un oculiste, ma vue m’inquiète. J’ai eu de petites hémorragies dans les yeux dues à la tension artérielle que j’ai toujours assez forte. Ce sera de l’argent jeté pour rien, bien</em><em> sûr, comme il y a quelques mois. Enfin la vie n’est pas gaie. Rien ne va comme je veux. Cette maison me pèse. Si je pouvais renvoyer ma locataire je bazarderais tout dans cette vielle cambuse et j‘irais loger sous les ponts, comme à Paris, mais il n’y a pas de ponts ici, il n’y a que la belle étoile. Je ris de la chanson : &#8220;Borquoi la Casbah l’a brulée mon z’ami&#8221; ! Elle n’a pas brulée encore, mais, tu sais, il doit y avoir tellement de punaises et de cafards qu’un bon feu débarrasserait tout cela, sans compter les microbes ! ! Mais où loger les milliers de gens qui l’habitent ? On fait le projet de la reconstruire en la modernisant mais ce sera pour 2 ou 3 siècles ! Il y a 50 ans que ma vieille maison est frappée d’alignement et elle est toujours là, pour longtemps encore ! Ce n’est pas votre Mamichka qui la verra démolir. Nous ne sommes plus que 2 locataires. Tous ceux des étages supérieurs sont partis</em><em> tellement c’était vieux et inhabitables. Votre Mamichka qui vous aime. P.Nouchi.</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 20/10/59.<br />
Ma chérie, mon petit Marc. […] On rénove notre vielle maison. Le propriétaire m’a offert 300000F pour que je quitte mon appartement. Je lui ai dit que je ne pouvais partir avant le printemps, avril ou mai, et que, avant d’accepter sa proposition, je voulais voir ce que donnerait le franc lourd […] Je voudrais avoir le plus d’argent pour aller chez toi. Mes yeux ne vont pas plus mal. […] Comme j’aimerai être près de vous. Décris moi ton logement. Je m’arrête, voila déjà la nuit et je t’écris presque dans l’obscurité. Votre Mamichka.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 5 novembre 59.<br />
</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Ma chérie, mon petit Marc. […] Ce franc lourd m’effraie avec ces hausses constantes. Enfin, on verra bien. Mais on commence à rouspéter sérieusement […] La moitié de mon appartement a été inondé. La pluie diluvienne s’est abattue sur Alger. Les 2 terrasses se sont déversées chez moi, tous les égouts étant bouchés. Tout s’arrange mais il reste une humidité que tu conçois […] Cette maison me chasse décidément […] J’aimerai mieux aller à (</em>illisible<em>), chez tonton (</em>c’est-à-dire au cimetière<em>) que d’y passer un autre hiver.</em><br />
<em> Votre Mamichka qui vous aime tant.<br />
(</em>en marge<em>) Je t’ai écrit un vrai barbouillage. Je vais chercher des lunettes cet après-midi car je n’y vois plus avec les mêmes. Tu dois t’en rendre compte par l’écriture.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 2/12/59.<br />
Ma petite chérie, mon petit Marc […] tu m’inquiètes avec ce désir d’aller au Canada. Tous ceux d’Alger qui y sont allés pour fuir l’Algérie sont revenus dare-dare. […] Votre mamichka qui vous aime de tout son cœur de 84 ans…</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em><strong>1960</strong></em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 1er janvier 1960.<br />
(grippe, lumbago, )… Je ne me sens plus la force de tous ces rangements, déménagements, etc. etc […] Je ne puis avec les difficultés actuelles aller faire moi-même l’expédition (d’une valise). J.P. me dit «prends des Arabes&#8221;. Les Arabes me font peur et l’on me défend bien d’en faire entrer dans mon appartement quand je suis seule […] Mes yeux m’inquiètent beaucoup. Je t’avais dit que que j’avais des hémorragies dans les yeux. L’oculiste ne peut rien ! Il m’a dit que j’étais allée le consulter trop tard. Je sors de moins en moins, je ne peux plus lire, plus coudre, cela me désespère. Dès que je n’y verrai plus j’irai rejoindre tonton. Je ne vois pas ce que je t’écris, c’est la grande habitude d’écrire qui dirige ma main, mes yeux n’y sont pas pour grand chose […] Il vaut mieux que j’attende la fin là et que je meure où sont mes</em><em> enfants. Je commettrai une mauvaise action en allant encombrer ta vie.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 26/1/1960.<br />
J’ai bien reçu ton beau calendrier mais je n’ai malheureusement pas pu l’admirer car j’y vois de moins en moins. Mais les gens que je connais l’ont trouvé très beau […] Tu comprendras les raisons pour lesquelles j’ai renoncé à toi, à mon petit Marc, à tout. Ta pauvre mamichka est fichue…./…</em></p>
<p><em>Alger le 23/2/60.</em><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/pecheur.jpg" title="pecheur.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/pecheur.jpg" title="pecheur.jpg" alt="pecheur.jpg" align="right" hspace="10" vspace="10" /></a><br />
<em>[…] Alger est redevenue calme et l’on veut faire confiance à de Gaulle tant qu’il fera la guerre aux fellaghas. Je crois ma chérie qu’en France il n’est pas facile de trouver du travail. Beaucoup qui étaient partis d’ici sont revenus et il y en a beaucoup de France qui viennent ici chercher du travail […]</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 16/3/1960.<br />
Ma chérie, mon petit Marc. […] Je t’écris à l’aveuglette ! ça doit être du joli ! Que veux-tu quand on est seule on se soigne mal […] Je ne pense pas vous revoir jamais mes pauvres gosses. Votre mémé est mal en point. […] En Algérie la guerre continue comme l’ont voulue les Algériens métropolitains. Comment cela finira t’il ? Jean Pierre est parti dans le bled en zone opérationnelle. Il est tellement grand. Il est une telle cible que je ne peux m’empêcher de craindre pour lui. Et tous les 3 mois c’est à recommencer pendant 10 jours. Juliette se fait du mauvais sang avec ses 2 petites. Elle ne peut pas sortir. […] Je t’assure que je serai bien à El Alia à côté de tonton. Quand je vois tant de jeunes mourir, ce n’est pas juste que je sois encore là. Votre mamichka.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 15/4/1960<br />
Il y a longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je n’ai pu répondre à ta bonne lettre si pleine de raison et de bon sens. J’ai été très malade […] Je ne suis pas une malade très embêtante et d’ailleurs je sais rester seule des jours et des jours sans me plaindre et déranger qui que ce soit. J’ai beaucoup de médicaments à prendre. Je les prends tant bien que mal, mais mes yeux ne vont pas mieux. Il n’y a rien à faire hélas. Il n’y a même pas de lunettes pour moi. Je raccommode mes vêtements à l’aveuglette. Je me fais enfiler une douzaine d’aiguilles en fil blanc et moi je bouche les trous et coud les boutons tant bien que mal. […] Pierre n’a pas son auto neuve. Avec la vieille il ne peut pas venir à Alger ni faire de la vitesse en cas d’attaque par les fellaghas. Je ne tiens pas à ce qu’il vienne maintenant et qu’il coure des dangers. Quand il reviendra de congés ce sera peut être plus calme et il t’expédiera tout cela […] Je ne sors plus ma chérie. Il faudra bien que je prenne ma canne en blanc si j’ai besoin d’aller à la poste. Personne ne peut y aller pour moi….<br />
Votre Mamichka.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><em>Alger le 19 mai 1960.<br />
Mon petit Marc. Lorsque tu seras plus grand tu viendras me voir. Il y a longtemps que je serai à El Alia. (</em>Cimetiere<em>) […] il me tarde d’y aller dormir près de ton oncle Paul. J’écris peut-être plus mal que toi maintenant et tu vas te moquer de ma lettre mais il n’y a pas de lunettes pour moi et j’écris presque sans voir. Je t’embrasse de tout mon cœur de grand mère ainsi que maman.<br />
Ta mamichka qui vous aime.</em></p>
<p align="center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/la-mamichka.jpg" title="la-mamichka.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/la-mamichka.jpg" title="la-mamichka.jpg" alt="la-mamichka.jpg" hspace="10" vspace="10" /></a></p>
<p align="justify"><em>Alger, le 20 mai 1960<br />
Il y a longtemps que je n’ai pas de lettres de toi. […] Je suis tellement découragée que je n’ai envie de rien, rien, rien […] Je ne crois pas que j’arriverai au bout de l’été […] J’ai préparé dans une enveloppe toutes vos photos et lettres pour les enterrer avec moi […] Je ne peux plus sortir, même au marché tout près. Il me faudrait une canne blanche car on est bousculés tellement il y a d’Arabes. Ils respecteront ma canne blanche. Je ne vois plus la figure des gens. Je ne vois que des silhouettes. Les rues sont pleines de milliers d’Arabes. Je ne puis m’y hasarder sans le concours de J.P. Il voulait t’écrire pour t’expliquer mon état car j’avais dans la tête que tu ne me croyais pas […] Les Arabes eux mêmes, avec les nouveaux logements, veulent des meubles modernes. Ils sont tellement gâtés. Les Européens peuvent mourir dans leurs gouttières inondées et leurs vieilles maisons […] Ma cuisine a commencé à être pleine d’eau aux dernières pluies, tu juges ce qui m’attend l’hiver prochain. Je ne serai plus là. […] J’ai dit à J.P. que s’il reste un peu d’argent sur mes obsèques il devra l’envoyer à Mady qui travaille tant et s’est privée de beaucoup de choses pour moi. Je lui ai dit fais moi enterrer le plus simplement possible près de mon fils. […] (</em>Elle veut expédier une malle d’affaires et le papy ne vient pas pour s’en occuper<em>) Je ne veux pas claquer avant que ça soit fait…./.. Ma tête et mes yeux n’en peuvent plus. Tâches de t’y retrouver dans cet embrouille. Je ne sais pas si j’ai numéroté les pages. Votre mémé.</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 15/7/1960.<br />
J’ai bien reçu ta bonne lettre, ma chérie, et tu m’as fait plaisir en me disant que tu rentrais à Paris bientôt. […] Quelle époque de haine et de désordres nous vivons. Même les offres de de Gaulle n’ont pas été acceptées par la rébellion. Il ne connaît pas le caractère des Arabes, le pauvre homme. S’il croit qu’on les prend par la bonté il se trompe lourdement. Que ne fait-on pas pour eux. On bâtit des maisons pour eux, des places, dans tous les domaines. Je ne sais comment tout cela finira. Comme au Congo sans doute…Votre Mémé qui vous aime tant.</em></p>
<p align="justify"><em>Alger le 30/12/60.<br />
Peut-être les fellaghas auront-ils tout ? Pierre est venu me voir il y a un mois avant les événements affreux qui se sont passés. Que va t-il advenir des Français ? Un nouveau Congo se prépare, je le crains. Pour la famille J.P. et Juliette se font beaucoup de soucis et se demandent où ils vont aller.</em></p>
<p>Il y a aussi une lettre sans date, presque illisible :<em><br />
</em></p>
<p align="justify"><em>Je me demande ce qu’il va advenir de nous tous. Moi cela n’a aucune importance. Si je dois retourner mourir dans ma cagna (</em>elle est chez J.P.<em>) j’irai avec la philosophie qu’est mon caractère. Mais les jeunes qui ne pourront certainement pas rester en Algérie que va t’il leur arriver ? On vit dans une angoisse journellement, attentats, manifestations, folie. On arrivera certainement à des combats de rues. En ce moment ce sont les musulmans français qui sont les plus éprouvés. Cela ne peut que finir mal. Après tout ce que nous avons vu, Kouba, Maison carré, enfin tous les environs d’Alger qui sont moins gardés que la ville s’attendent à tout. J.P. et Juliette iront certainement en France s’il y a place pour eux. Les parents de Juliette sont à Paris depuis l’année dernière.</em><br />
<em> La mamichka.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="right">Caillou. Le  27 octobre 2007</p>
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		<title>Une correspondance de guerre… 1954-1956</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Oct 2007 06:00:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[Alger 1954-1956 
Une carte postale.



Alger la Blanche - La place du Gouvernement  et la mosquée Djema-Djedid (Jansol)

En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>Alger 1954-1956 </strong></p>
<p align="center"><strong>Une carte postale.<br />
</strong></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/algerpetit.jpg" title="algerpetit.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/algerpetit.jpg" title="algerpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/algerpetit.jpg" alt="algerpetit.jpg" /></a></p>
<h5 align="center">Alger la Blanche - La place du Gouvernement  et la mosquée Djema-Djedid (Jansol)</h5>
<p><span id="more-153"></span></p>
<p align="left">En 1954, ma mère, Madeleine vit à Paris, dans le XIe Le couple se sépare et nous partons vivre en Suisse, à Bâle, à Lucerne, puis de nouveau à Bâle. En 1960 elle retourne en France et achète un appartement à Sarcelles, dans le nord de la banlieue parisienne.<br />
Pendant toutes ces années elle reçoit des lettres de sa famille algérienne.<br />
Principalement de sa grand-mère, de quatre-vingts ans, qui signe souvent Mamichka, qui vivait en plein cœur d’Alger, place du Gouvernement, juste en dessous de la Casbah. Mais aussi de son frère Pierre, pilote dans le port de Mostaganem, d’une « tantoune », l’amie de sa tante paternelle, d’une amie d’enfance, Francine, professeur de philosophie du Cap-Matifou. D’autres parents, plus éloignés, ou d’amis, écrivent également. D’autres lettres d’Algérie arrivent aussi pendant l’année 1962, mais elles sont adressées à la grand-mère, venue vivre avec nous à Sarcelles.<br />
Madeleine, vivant à Paris depuis 1947, a vécu douloureusement toute cette période. Non pas pour l’Algérie « française » dont elle pensait qu’elle n’avait pas d’avenir, mais pour l’Algérie tout court et les drames qui touchaient, là-bas, sa famille et ses proches.<br />
De toute cette correspondance privée, je ne donne que des extraits concernant les « événements » en Algérie. Mais je donne à lire ces extraits parce qu’ils parlent d’un « état d’esprit » qui évolue…<br />
De même qu’il n’y a pas un seul « peuple pied-noir » rendu caricatural par les simplifications historiques, mais de multiples individus de différentes classes, pays et origines, il n’y a pas non plus une pensée figée mais un inconscient collectif qui va évoluer considérablement entre 1954 et 1962.</p>
<p align="center">…</p>
<h2 align="center">Les dates pour comprendre la période</h2>
<h2>1954</h2>
<ul>
<li>1er novembre : la « Toussaint rouge ». Le F.L.N déclenche la rébellion armée.</li>
<li>Décembre : Messali Hadj crée le M.N.A.</li>
</ul>
<h2>1955</h2>
<ul>
<li>25 janvier : Soustelle est nommé gouverneur général en Algérie.</li>
<li>5 février : Départ de Mendès-France.</li>
<li>31 mars : Vote du projet de loi sur l’état d’urgence en Algérie.</li>
<li>19 mai : Le rappel des « disponibles », l’envoi de  renforts en Algérie.</li>
<li>20-21 août : Les émeutes dans le Constantinois font 123 morts (dont 71 Européens) et la répression qui suit, « officiellement » : 1 273 morts musulmans</li>
</ul>
<h2>1956</h2>
<ul>
<li>1er février : Le gouvernement de Guy Mollet.</li>
<li>6 février à Alger : La « journée des tomates ».</li>
<li>11 avril : Le rappel des « disponibles », la dissolution de l’Assemblée algérienne, le service militaire est porté à 27 mois.</li>
<li>18 mai : « Palestro », 19 militaires français sont massacrés et mutilés.</li>
<li>20 août-19 septembre : Le congrès FLN de la Soummam.</li>
<li>30 septembre : Les 2 attentats d’Alger, le « Milk-Bar ».</li>
<li>22 octobre : Arrestation de Ben Bella.</li>
<li>2-5 novembre : Intervention militaire des occidentaux à Suez.</li>
<li>15 novembre : Salan est nommé commandant en chef en Algérie.</li>
</ul>
<p align="center">…</p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/le-port-avec-un-voilier.jpg" title="le-port-avec-un-voilier.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/le-port-avec-un-voilier.jpg" title="le-port-avec-un-voilier.jpg" alt="le-port-avec-un-voilier.jpg" align="left" hspace="10" vspace="2" /></a></p>
<p align="left">&nbsp;</p>
<p align="left">&nbsp;</p>
<p align="left">&nbsp;</p>
<p align="left">&nbsp;</p>
<p align="left">&nbsp;</p>
<p><strong>Alger le 14 novembre 1954.</strong><br />
<em>J’ai eu de la guigne cette dernière semaine. J’étais monté 3 jours à Hydra chez Tonton et sa femme qui y sont jusqu’à la fin du mois pour surveiller peintres et électriciens […] Lorsque je suis revenue chez moi le lundi, je vois au journal que le Charles-Louis était à Alger le vendredi et le samedi. J’étais désolée ! ! ! Il a du venir à la maison et je n’y étais pas, j’avais tellement envie de le voir ! (</em>C’est Pierre<em>) […] Je suis très heureuse que tu aies ton petit coin à Paris […] Enfin vous voilà bien organisés pour faire fortune et avoir, bientôt votre quatre chevaux, Inch Allah !</em><br />
<em>Mamichka.</em><br />
L’histoire n’est pas vue par les témoins directs, ou ne leur semble pas intéressante. Le 1er novembre 1954, c’est le début de la guerre d’Algérie. La mamy n’en parle pas du tout dans sa lettre !<br />
Erreur ! Dans la lettre suivante de la Mamy…<strong><br />
Alger le 18 décembre 1954.</strong><br />
[…] <em>On a tant besoin de s’égayer avec ces vilains événements qui ne font que commencer et vont nous mener je ne sais où. Les tantounes font bâtir leur refuge à St. Paul de Jarrat. Elles font bien. Personne n’est heureux ici. Une angoisse pèse sur le monde et tous les matins on se demande ce qui a pu se produire au cours de la nuit. Il n’y a pas plus d’Algérie que de Maroc ou de Tunisie. C’est le soulèvement du peuple arabe tout entier qui commence. Je ne sais si nous avons un gouvernement et des moyens pour faire face à toutes les menaces de droite ou de gauche ou du milieu. Et nous autres nous n’y pouvons rien que subir. Mamichka<br />
</em><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/2-petits-arabes-petit.jpg" title="2-petits-arabes-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/2-petits-arabes-petit.jpg" title="2-petits-arabes-petit.jpg" alt="2-petits-arabes-petit.jpg" align="right" hspace="10" vspace="2" /></a><br />
<strong>Alger 19 juin 1955.</strong><br />
<em>Ma chérie. […] La vie est brutale et mauvaise […] Alors ton pauvre petit a été bien malade […]. C’est heureusement fini […] Ce pauvre chéri commence la vie dans un monde bouleversé, soigne le bien mais apprends lui à fermer son cœur et à mentir […] Enfin, tout cela se tassera, comme l’affaire des fellaghas qui finiront bien de nous harceler, je l’espère. pour le moment ce n’est pas brillant, tu dois le voir sur les journaux. Mamichka</em></p>
<p><strong>El Biar. 19 janvier 1956. </strong><br />
À l’envers de la carte postale représentant la place du gouvernement à Alger.</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/algerpetit.jpg" title="algerpetit.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/algerpetit.jpg" title="algerpetit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/algerpetit.thumbnail.jpg" alt="algerpetit.jpg" align="left" /></a></p>
<p><em>Ma petite Mady. Je ne résiste pas à l’envie de t’envoyer cette photo où tu retrouveras vite les fenêtres de ta chère grand-mère. On dirait même qu’elle y ait accoudée! C’est l’occasion de t’adresser faute d’une longue lettre que j’aimerais t’écrire, toute ma pensée très affectueuse, à la fois celle d’une maman et celle d’une amie, et les vœux sincères , traditionnels et… inutiles pour ceux que tu aimes.<br />
Ne te crois pas obligé de répondre. Je sais qua ta pensée viendra vers moi. Je t’embrasse, je vous embrasse pour nous tous. M. S.</em></p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/2-jeunes-filles-petit.jpg" title="2-jeunes-filles-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/2-jeunes-filles-petit.jpg" title="2-jeunes-filles-petit.jpg" alt="2-jeunes-filles-petit.jpg" align="left" hspace="10" vspace="2" /></a><strong>Alger, le 29 janvier 1956.</strong><br />
<em>J’ai l’espoir que vous viendrez avant que l’Algérie soit foutue, du train où vont les choses. Tantoune et Marraine vont habiter la France.<br />
Mamichka</em></p>
<p><strong>Médéa. Lundi de Paques 1956.</strong><br />
<em>Ma petite Mady.<br />
J’ai attendu d’être au calme pour répondre à ta longue et bonne lettre. Nous nous sommes décidées à monter ici malgré l’insécurité des routes. Le train est encore ce qu’il y a de plus sûr. Médéa, jusqu’à présent, est calme; ce calme on le doit, parait-il, à ce que ce coin est désigné pour le repos des fellaghas ! ! ! Mektoub . […] Nous passons de tristes jours.<br />
Tous les matins, les journaux sont pleins des crimes de ces « messieurs». On a tout de même l’air de vouloir faire quelque chose. Nous avons confiance en Robert Lacoste. Les Français de France ont l’air aussi de comprendre un peu mieux la situation. C’est heureux. Mais quand on pense que, sans les troupes d’Afrique, la France serait peut-être encore sous la botte allemande, on ne peut s’empêcher d’éprouver bien de l’amertume. On devrait leur faire apprendre l’histoire d’Algérie. Il était temps que le gouvernement s’occupe de nous, la révolution aurait éclaté au lendemain du 6 février. Nous avons vécu de drôles de moments. Et nous voici à notre dernier trimestre, du moins nous l’espérons. Nos successeurs ne sont pas encore nettement désignés par l’Archevéché […] La mémé allait bien ces derniers jours. Elle a 5 serrures à sa porte. Elle n’ouvre à personne. Son locataire est très gentil pour elle.<br />
Tantoune.<br />
</em><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/a-dos-dane-petit.jpg" title="a-dos-dane-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/a-dos-dane-petit.jpg" title="a-dos-dane-petit.jpg" alt="a-dos-dane-petit.jpg" align="right" hspace="10" vspace="2" /></a><br />
<strong>Cap Matifou le 28 mars 56</strong><br />
<em>Ma chère Mady. Ne crois pas que je t’oublie. […] Phil est évidemment très anxieux devant les « événements ». Beaucoup de chantiers de l’intérieur sont stoppés ou menacés à cause de l’insécurité. Ce qui ne l’empêche pas, lui, de se trimballer sur les routes de Kabylie, et le plus souvent seul. J’ajoute qu’il est mobilisé de la territoriale, ce qui lui vaut quelques nuits de «garde», d’où il revient tout pouilleux. (Le public étant très mêlé !) Quant à moi, je goûte avec délices des vacances que je m’efforce de croire bien méritées.<br />
Mes parents après le massacre de Palestro dont ils ont échappé par miracle, se sont repliés à Alger, dans un minuscule appartement de l’allée des Mûriers, avec Paul, actuellement en vacances. Moi je garde François et les parents viennent d’ailleurs tous les jours passer la journée avec nous. La santé est bonne dans l’ensemble bien que maman ait été très secouée par le massacre de tous ses voisins et presque des amis. L’un des jeunes tués André B. était l’un des soupirants de Claude. Un autre Lucien S. avait été mon danseur attitré à l’époque du lycée « Papillon», replié à Palestro en 42-43. Son petit garçon, qui a seul échappé après avoir été blessé, avait juste l’âge de Ninon, et nous avions comparé leurs tailles, au mariage de Claude, il y a à peine quelques mois ! Excuse-moi, je radote un peu, mais tu dois imaginer comme c’est dur de sentir s’évanouir tout ce que à quoi on avait cru.<br />
L’état d’esprit des gens, aussi bien côté musulman, que côté européen semblait se modifier ; dans nos écoles des courants de sympathie semblaient se former… et nous pouvions avoir l’illusion d’y contribuer un peu. Maintenant tout est changé. Il n’y a plus que des blocs hostiles. L’heure est aux extrémistes (comme en toute période de révolution d’ailleurs) et les gens qui, par naissance ou par choix s’étaient, comme nous, perchés à cheval sur les barricades, n’ont plus qu’un piètre idéal : survivre !<br />
Qu’en penses tu ? Qu’en pensez vous vous qui êtes un peu au-dessus de toutes les préoccupations purement utilitaires qui atteignent, de l’autre côté de l’eau la plupart des gens? Tu ne peux savoir avec quelle anxiété j’attends ta réponse. […]<br />
Francine<br />
</em><br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/jour-de-marche-petit.jpg" title="jour-de-marche-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/jour-de-marche-petit.jpg" title="jour-de-marche-petit.jpg" alt="jour-de-marche-petit.jpg" align="left" hspace="10" vspace="2" /></a><strong>Alger, le 3 juin 56.</strong><br />
<em>Mes chers gosses. Que vous êtes gentils d’avoir pensé à votre grand-mère […] Toute la journée de dimanche nous avons été enfermés dans la casbah. 7 ou 8.000 soldats, agents, CRS, gardaient toutes les issues aboutissant dans la ville européenne. Une perquisition monstre a commencé à 1 heure du matin et s’est terminée à 7 heures du soir. Pas un appartement, pas une cave ne leur a pas échappé, terroristes, armes, etc. Quelle razzia ! Peut-être serons nous à l’abri, maintenant, du coup de force que l’on craignait sur la ville, comme à Philippeville. C’est qu’ils sont 50.000, tapis dans cette casbah, tous avec carte d’identité en règle, et la plupart avec douk-douk ou révolver dans la poche. On en a emmené 5.000 environ, jusqu’au lendemain et l’on en a gardé que 50 vraiment dangereux. Quoique les 5.000 soient tous des nationalistes notoires.<br />
Cela n’a pas empêché, hier, à 4 heures et demie de poursuivre et de tuer un terroriste sur la place du Gouvernement, et un cafetier arabe d’être tué par un autre terroriste, rue de la Lyre, près de la Cathédrale. C’est toujours dans la foule qu’ils font leurs coups, personne ne voit jamais rien! Un coiffeur qui avait reconnu un tueur a été abattu le lendemain dans son magasin. 3 tués… Alors les gens se taisent.<br />
Comme au Maroc, ils tuent beaucoup plus d’Arabes qui ne pensent pas comme eux que d’Européens. Je crois que cela les perdra, car tous ces malheureux égorgés dans la campagne ou dans les villes ont des familles qui, lorsqu’ils peuvent se venger dénoncent… (</em>illisible<em>).<br />
Dans les alentours de la Mare, qui est leur lieu préféré, près de la Mosquée, il ne se passe pas de samedi ou de dimanche sans qu’il y ait trois ou quatre tués et plus quelquefois ! Dans notre petite rue Vialar, où sont les marchands de fruits, on en est au quatrième tué. Cette rue est très fréquentée. Il y a des maisons à doubles issues. On n’a pas pu en arrêter un seul !<br />
Il n’y a pas de jours sans victimes. On s’habitue. Mais ça ne peut pas se raconter ! Moi dès que je vois des Arabes déambuler en courant, des rues sur la place, (</em>du Gouvernement, c’est la place sur laquelle donnaient ses fenêtres<em>), je ferme fenêtres et persiennes et je boucle les 4 serrures de ma porte. Ce n’est pas le calme de Mostaganem, pour le moment du moins. Depuis que je sais que tu n’y viendras pas avec Marc, je n’ai plus envie d’y aller. D’ailleurs je suis déprimée, fatiguée. Un jour j’ai cinquante ans et j’ai une envie folle de voir Pierre, le lendemain, sans rimes ni raisons, j’ai cent ans et je n’ai plus envie de rien, de ne rien voir. Et puis laisser ma maison à l’aventure, dans cette période ne me tente guère.<br />
On a brisé notre porte d’entrée et rien n’est à l’abri, ni les gens, ni les choses. La nuit nous sommes bien gardés par de nombreuses patrouilles de soldats, mitraillettes au côté, agents bien armés, CRS, hélicoptères qui survolent et dénoncent s’il y a des réunions de 5 hommes dans la casbah. Enfin on peut dormir tranquille.<br />
[…] J’ai su incidemment que tes amis B. avaient regagné la France, abandonnant tout ! Il y a eu trop de malheurs à Palestro et au début les colons n’avaient pas d’armes pour ainsi dire. Je crois que c’est dans la famille M., dans cette région, les armes étaient dans la cave ! Dans la cave ! lorsque les fellaghas sont arrivés l’un des fils a voulu descendre les chercher. Il a été abattu et toute la famille a suivi. Les fellaghas sont ensuite aller chercher les armes, naturellement. C’est affreux !<br />
Je vois en ce moment Pierre B. et Marie B., sa femme. Ils sont seuls dans leur petite ferme à Oulet-Payet, à 12 Kms d’Alger. Ils sont absolument seuls ! Avec deux chiens et des armes, je suppose. Ils ne veulent pas abandonner la ferme. Les Arabes les détestent car Pierre, s’il est travailleur, a pas mal fait suer le burnous. On leur a déjà arraché pas mal de vignes. Ces jours-ci on leur a démoli la ligne téléphonique, ce qui est mauvais augure. Mais Marie ne veut pas quitter son mari et venir en ville. Je l’admire, ça c’est une femme ! Oui, on démolit tout mais les grandes propriétés ne sont pas touchées ! C’est un fait curieux. N’en parlons plus. Cela donne le cafard.<br />
Nos amis M. que vous aviez vu à la maison, ont eu la chance d’avoir des hangars inoccupés dans lesquels on a cantonné des troupes. Rien n’a encore été touché chez eux à Béni-Amrane. Ils s’attendent tous les jours à des catastrophes si le cantonnement partait. Le fermier mobilisé et la jeune femme seule, là, avec ses deux petites filles. Le mari doit revenir, paraît-il. Mr et Mme M. voudraient qu’Yvette aille en ville avec ses filles. Mais elle veut rester à la ferme, et eux sont comme moi, trop âgés pour quitter leur chez eux. Ils ne seraient d’aucuns secours. Il y a de pénibles situations crées par cette guerre.<br />
Chez M. P. on craint qu’il ne soit appelé comme officier de réserve. Je ne les vois qu’une fois par semaine. La petite est bien jolie. J. ne vient plus à bout de son grand appartement avec escalier intérieur qu’il faut grimper n fois par jour. Plus de mauresque et elle n’ose pas prendre une inconnue. Ils sont vraiment trop loin, et la mère à l’autre extrémité de Bab el Oued […] Jacques S. m’a dit l’autre jour qu’il allait divorcer. Le ménage ne va plus […] Il s’est fait poujadiste et se promène avec la matraque en caoutchouc. Il est tapé, pauvre gars ! […] Ma chérie, je te parle d’un tas de gens qui ne t’intéressent pas, peut-être, mais c’est pour mieux t’expliquer la situation que je connais bien et toutes les difficultés qui en découlent. Le commerce est difficile car les industriels se méfient de l’issue de cette guerre et ne veulent plus faire de crédit[…]<br />
Tendrement, votre Grand-mère.<br />
PS : tu me parles de négociations en Algérie. Il n’en est pas question et ceux qui voudraient en prendre l’initiative seront sévèrement punis. Il est des choses qu’on ne peut pas écrire ! Que j’envie les riches, même si leurs biens sont mal acquis, l’argent n’a pas d’odeur, le proverbe a raison !<br />
</em></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/la-plage.jpg" title="la-plage.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/la-plage.jpg" title="la-plage.jpg" alt="la-plage.jpg" align="right" hspace="10" vspace="2" /></a><strong>Cap Matifou, 4 juillet 1956</strong><br />
<em>Ma chère Mady. […] Mes parents s’installent en effet à Montpellier où ils ont fait inscrire les 2 garçons au lycée (François entre en cinquième, Paul en première). Quant à la ferme, la chère</em><em> ferme si douce à nos cœurs… elle est pratiquement anéantie, rasée. Pas les bâtiments bien sûr, mais plus de 10.000 arbres fruitiers tous chargés de leurs fruits, 6 ha de vignes rasés, piétinés… Tu imagines quel crève-cœur ce fut pour mon père et pour mon oncle Aimé quand ils sont allés constater tout cela ! Le</em><em> résultat de 20 années d’effort, de peines,</em><em> d’amour - le mot n’est pas trop fort.</em><em> Même un brave « indigène », fils de Hadj, qui avait accepté de s’en occuper a dû décamper en vitesse, et le vieux Méssaoud dont tu te souviens peut-être, un contemporain de mon grand père, qui avait travaillé toute sa vie à la ferme a du rejoindre sa montagne mort-vivant. Et de quoi vivent-ils tous maintenant?</em><em> Je crois que c’est le plus terrible encore, tu sais, plus terrible que tout - cette condamnation à la famine pure et simple de tant de gens déjà tellement pauvres ! Mais laissons là les attendrissements trop faciles. Notre Algérie a pris un drôle de visage, un peu celui que tu as connu en 1942, routes sillonnées de véhicules militaires. Avec l’allégresse et la bonne conscience en moins !<br />
À Alger des groupes de soldats dans tous les coins de rue. Les attentats se multiplient, mais tout le monde continue à aller son chemin comme avant « Il faut bien vivre » n’est-ce pas ? Bien qu’on se demande sur quoi repose une telle nécessité. […] Mes parents se fixent à Montpellier où ils ont trouvé un petit</em><em> appartement meublé. […] Mon oncle Aimé a trouvé, près de Lyon, une petite ferme où il compte élever des vaches. Ils s’y sont installés il y a 2 ou 3 semaines. G. travaille à Lyon. Il a trouvé d’abord une place de chauffeur livreur puis une autre dans une entreprise où il espère plus tard devenir contremaître. Francine</em><em><br />
</em><br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mendiant-petit.jpg" title="mendiant-petit.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mendiant-petit.jpg" title="mendiant-petit.jpg" alt="mendiant-petit.jpg" align="left" hspace="10" vspace="2" /></a><strong>Alger le 24 septembre 1956</strong><br />
<em>[…] Je pense tous les jours à vous écrire mais on est tellement soucieux pour ce qui s’est passé la veille, de ce qui se passera demain, ce soir, dans deux minutes peut-être, qu’on ne sait plus quoi écrire. C’est abrutissant. Vous ne pourriez croire à quel point Alger est harcelé. Nous sommes entourés de bandes rebelles, Birmandreïs, Ravin de la femme sauvage, l’Arba, Gomaya, Cherchell, Keralda, etc.… de Boufarik à Blida, et Médéa ! n’en parlons pas ! La radio ne nous apprend pas grand&#8217; chose. On est entouré d’ennemis. Dans mon quartier une patrouille tous les 10 mètres. La casbah est entourée de barbelés (et je fais partie de la casbah). Toutes les rues et ruelles donnant sur les rues Bab-Azoun et Bab-el-Oued sont barrées d’amas de barbelés. Naturellement je ne vois plus d’Arabes rue Sainte. Sur la place du Gouvernement on est plus en sécurité qu’avant. Aussi je n’ai pas voulu aller chez Tonton et Berthe. Ils sont à l’étroit, eux aussi. Berthe est très gentille et je craindrais que d’avoir sa belle-mère toute la journée dans les jambes, notre belle harmonie en soit troublée. Alors il vaut mieux que je reste chez moi, car je ne sais guère rester assise dans un coin sans bouger. […] Vous allez peut-être voir rappliquer Paule car le département d’Oran est maintenant en butte aux attaques des rebelles. Il y a des attentats sur Mostaganem, qui était très calme jusqu’ici, et lorsque ça commence ! ! ! Je leur ai recommandé de ne pas faire des ballades en voiture dans la campagne. L’affaire du pont de Chéliff, où ils venaient de passer dix minutes plus tôt, les rendra prudents, je l’espère. 3 voitures arrêtées par les rebelles, dont ils ont fait descendre les voyageurs, les ont alignés et tués. 6 ou 7 je crois, 2 petits de 5 et 3 ans ont été emmenés et abandonnés dans la cambrousse. Paule a été très touchée de penser au danger qu’ils avaient couru. Qu’ils se terrent chez eux !<br />
Cafés, cinémas, tout est danger. Ici lorsque on a été entouré de barbelés, c’est Bab el Oued qui a pris bombes, grenades etc. Dans les cafés. Beaucoup de blessés et de tués. J.P. est dans la territoriale. Dans le secteur Kouba, Ravin de la femme sauvage, Gué de Constantine. Ils ont eu, hier, un territorial tué d’une balle venue des buissons. Le terrain est tellement propice aux embuscades ! Ce matin, de 5 h à 10 h il y a eu 5 attentats, dont un soldat tué sur Rovigo, des blessés à Belcourt, Kouba, Mustapha. On est en sûreté nulle part !<br />
Comment tout cela finira t’il ? Le commerce est nul. Même les Arabes en ont marre. En ce moment ce sont les Israélites qui prennent des coups, les riches naturellement. Dès qu’ils reçoivent des demandes de fonds ils prennent la poudre d’escampette, abandonnant tout. Ils ont des listes d’indications, prêtes d’avance, de gens à se défaire pour des raisons connues d’eux seuls, des mouchards arabes, des contre-terroristes, etc.<br />
Ces contre-terroristes ? Des maladroits ! Des imbéciles ! Qui ne valent aux Algériens que des représailles terribles et qui ne servent à rien pour la victoire que les gouvernants espèrent. Je crois qu’on n&#8217;a pas fini d’en voir! Tous les profiteurs qui nous volent, ceux là vont acheter des terres en France et se sont tirés des flûtes. Ce qu’on aurait pas dû permettre. Les riches ont tous les droits ! […] Si vous arrivez à lire mon fourbi, ce sera de la chance !<br />
Je m’arrête pour aujourd’hui. Vous croyez que j’exagère ? Hélas, je vous en dis le moins possible. Je me porte bien mais tout cela est tellement déprimant que je me demande si j’en verrais la fin, ce qui ne sera pas un malheur… J’ai reçu un mot des tantounes, je vais leur répondre. Elles sont parties au bon moment. C’est de la chance d’être dans un coin tranquille, de na pas entendre des coups de révolver, les mitraillettes…<br />
Mamichka</em></p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/vue-dalger.jpg" title="vue-dalger.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/vue-dalger.jpg" title="vue-dalger.jpg" alt="vue-dalger.jpg" align="right" hspace="10" vspace="2" /></a></p>
<p><strong>Alger le 15 novembre 1956.</strong><br />
<em>Ma chérie. […] Dire que j’ai tant désiré être près de toi et de Marc il y a quelques années, après, surtout, la mort de M.N. et maintenant que je n’en puis plus, après le nouveau malheur qui vient de nous frapper, tu me dis : &#8220;Viens avec nous. Décide toi tout de suite !&#8221; Quand on est âgée, mon petit, on ne peut plus faire ce que l’on voudrait, hélas. Le peu d’argent que j’ai ne vaudrait plus rien en Suisse et le vie, ici, aussi, devient tellement chère que je n’en aurais pas pour longtemps. Et puis je suis si lasse de tout ! J’arriverais là-bas en plein froid, juste pour tomber malade et te causer des ennuis. Te rends-tu compte que j’ai 80 ans. Je ne suis pas malade, mais pas en fer, tu penses ! La mort de Tonton m’a laissé anéantie et sans force. Ma tête n’en peut plus de pleurer. Mamichka</em></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/circulation.jpg" title="circulation.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/circulation.jpg" title="circulation.jpg" alt="circulation.jpg" hspace="10" vspace="2" /></a></p>
<p>Caillou. 17 octobre 2007</p>
<p align="right">&nbsp;</p>
<p><em>(Les photos, de famille, ont été prises par mon père, lors</em><em> d&#8217;un voyage à Alger en mai 1952.)</em></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>Post-scriptum du 26 octobre 2007.<br />
Je remercie très chaleureusement Mr Vinaccio qui m&#8217;envoie une photo et les explications suivantes:<br />
<em>Voici quelques explications concernant votre carte postale :<br />
L’immeuble de votre arrière grand-mère dont les fenêtres donnaient sur la Place du Cheval, est en partie caché par le minaret de la mosquée de la pêcherie supportant l’horloge. Sur votre carte postale, à partie de la droite, c&#8217;est le dernier immeuble en angle juste avant le minaret. Je vous adresse une photo où son immeuble est nettement plus visible avec une petite flèche noire pour confirmer son emplacement&#8230; <a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/placeducheval.jpg" title="placeducheval.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/placeducheval.jpg" title="placeducheval.jpg" alt="placeducheval.jpg" align="left" hspace="10" vspace="10" /></a></em></p>
<p><em>La rue Sainte débutait dans la rue Bab-Azoun, à quelques mètres de la place du Gouvernement (ou place du cheval). Elle se terminait après avoir traversée la rue de la Colonie, rue du Docteur Charles Aboulker à quelques mètres de la rue de la Lyre, c’est à dire dans les petites rues de la casbah. La plus part, de ces petites rues sortant de la Casbah étaient barbelées, car il était matériellement impossible de poster des soldats aux pieds de chaque rue. Il y avait quelques passages obligés comme la rue du Divan qui figure sur votre carte derrière les palmiers… J’ habitais dans la casbah, et je passais comme tout le monde par ces passages obligés. Votre arrière grand-mère était obligée de passer par la rue du Divan pour aller rue Bab-Azoun. J’espère avoir répondu à votre attente, Algéroisement. Jean-François Vinaccio </em>http://jf.vinaccio.free.fr/site1000/alger03/alger021.html</p>
<h5></h5>
]]></content:encoded>
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		<title>Militantisme ou temps perdu ?</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Sep 2007 01:17:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[ 
Une lettre de Madeleine, de 1949: Militantisme ou temps perdu ?
C’est dimanche, un dimanche comme les autres.
Voila juste 5 heures que tu es parti à ta réunion de cellule. Vers midi 30, après avoir lavé et nourri le bébé, j’ai sorti du feu mon riz cuit à point et je me suis mise à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> <a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/affichepcf.jpg" title="affichepcf.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/affichepcf.jpg" alt="affichepcf.jpg" /></a><br />
<em>Une lettre de Madeleine, de 1949: </em>Militantisme ou temps perdu ?</p>
<p align="justify">C’est dimanche, un dimanche comme les autres.<br />
Voila juste 5 heures que tu es parti à ta réunion de cellule. Vers midi 30, après avoir lavé et nourri le bébé, j’ai sorti du feu mon riz cuit à point et je me suis mise à t’attendre. Depuis, de demi heure en demi heure, j’ai remis, ôté, remis sur le feu mon riz refroidi, brûlé, desséché, immangeable… Puis j’ai commencé à tourner en rond comme un lion en cage. Tu ne rentrais toujours pas; le bébé s’était mis à pleurer, de ce petit cri énervé toujours le même qui, doucement, tout doucement vous rendrait fou. Exactement au même rythme, ma rage commençait à tout envahir, à tout étouffer…</p>
<p align="justify"><span id="more-113"></span><br />
Alors, pour tacher de ne plus penser à toi, t’injurier, te souhaiter mille morts des plus violentes, je me suis mise à dire, en tricotant, avec le calme et l’énergie du désespoir, un poème entier d’Apolinnaire, puis un autre de Verlaine; je passais ensuite, consciencieusement, aux Fables de Lafontaine; à bout d’arguments j’hésitai entre le chapelet et la table de multiplication quand tu es entré. 3h10. Avec ton plus adorable sourire, tu viens de t’assoir à table. Il paraît que tu as grand faim !…</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Tu ne t’es encore aperçu de rien. Moi, dents serrées, je te demande, aussi calmement que possible, à quel heure mangent les copains. Aussitôt sur la défensive, tu mes dis qu’ils viennent de rentrer chez eux, à quoi je réponds qu’ils ont une sacrée veine d’avoir pour femmes des saintes ou des natures d’esclaves. Pour toi, qui n’as pas cette chance, tu seras tout à fait gentil de te débrouiller au plus tôt une bonne et un restaurant. tu as parfaitement le droit de gaspiller ton temps mais j’attache beaucoup trop d’importance au mien pour le mettre davantage à ta disposition.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Entre ton assiette et la mienne, un énorme et pesant silence, coupé du bruit désolant, ridicule, des fourchettes, s’installe narquois, sur le plat de riz. il n’y a pas chez nous de véritables scènes; un certain sens de l’humour les évite chaque fois de justesse. Est ce pour le riz, pour le silence, pour ton merveilleux appétit, ton air buté, d’avance résolu à ne pas concéder le moindre tort, ou par simple besoin de détente, je me mets à rire doucement, de façon stupide et désastreuse. 1/2 seconde d’étonnement et te voilà dans le jeu. Tu viens m’embrasser gentiment avec un mot d’excuse pour ton « retard « et moi je reconnais que mes paroles de tout à l’heure étaient peut-être un peu catégoriques… Enfin le nuage a crevé, nous allons pouvoir discuter en frères et tirer de l’événement toutes les leçons qu’il comporte.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Or donc, accusé, qu’avez vous à dire pour votre défense ? Non, ce n’est pas un jour « exceptionnel &#8220;. Si je t’ai détesté si fort tout à l’heure c’est bien par ce que tous les matins et tous les soirs de tous les jours, je t’attends, des heures entières pendant lesquelles je n’ose rien faire d’autre que surveiller mon repas, quand j’ai justement tant d’autres choses à faire. Ne dis pas qu’il ne s’agit pas alors du Parti mais de ton travail. Quand tu rentres à 2 h et c’est fréquent, et que tu me dis avoir été <em>retardé</em>, c’est bien rarement par tes clients, qui ne t’amusent guère; Non, le plus souvent tu te découvres en sortant du bureau, une course urgente à faire à la Fédé où se trouvent justement ce brave Jules si sympathique et ce bon vieux François avec ses commentaires si drôles. Bien sûr, vous parlez du Parti, et des événements de la semaine et du dernier discours de Duclos et puis aussi des espoirs. Ah, les copains !…</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Un minuscule petit verre au bistrot du coin et tu enfourches ta moto par ce qu’il commence tout de même à se faire tard. Mais, voilà qu’en cours de route, tu as croisé Jean qui roulait en sens inverse; tu ne l’as pas vu depuis la dernière réunion. Tant de choses se sont passées qu’il faut commenter en tout sens. Vous êtes parfaitement d’accord, cette conversation ne vous apprend rien de neuf, mais c’est tellement bon de discuter avec un vrai copain sur des choses qu’on voit de le même façon…</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">1/4 d’heure après, comme il faut tout de même se nourrir et que, pour être militant communiste, on n’en a pas moins d’appétit, vous vous séparez, avec force poignées de mains devant le petit café d’en face et 2 verres de Pernod dûment vidés. Puis tu enfourches à nouveau ta moto et cette fois tu la mènes d’un trait jusque chez Pierre à qui il faut absolument que tu transmette un mot de la Fédé…</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">L’affaire de 5 minutes ! Mais Pierre qui met son honneur à ne pas laisser repartir un copain sans lui offrir quelle que chose, te retient plus longtemps que tu n’avais prévu et tu te laisses faire une douce violence. Enfin tu rentres, affairé : tu as exactement 5 minutes pour déjeuner. Évidement pas question de mettre le repas à réchauffer ou de lui donner le temps de refroidir. C’est à cette minute même qu’il te le faut… et tu repars, avec, dans chaque poche une pomme que tu oublieras de manger, jusqu’au soir où se déroule une histoire à peu près semblable à laquelle s’ajoute simplement l’inquiétude de te savoir la nuit sur des routes où mon imagination multiplie les embûches et les accidents de toute sorte, quand, bien souvent, depuis 1 heure ou 2 tu es tout bonnement chez Pierre, à moins que ce ne soit chez Jean, à palabrer autour d’un verre de quelque chose. Enfin tu rentres et, ta soupe avalée, tu t’endors de fatigue, le nez dans ton journal, jusqu’au lendemain ou tout recommence.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Militant, mon frère, commences-tu à mieux comprendre ? Ce que je voudrais supprimer, tout au moins réduire au minimum, c’est ce qu’il y a d’injuste et d’égoïste derrière ton prétendu militantisme. Ce n’est surtout pas ton militantisme. Puisque nous en sommes à l’heure des grandes confidences, je vais même te dire quelque chose : C’est à cause de lui que je t’aime et que j’ai accepté d’être ta femme. J’étais fière, alors, de savoir ta vie consacrée non pas tant au Parti qu’à une cause plus importante, plus généreuse que ton petit bien être personnel. Ce jour là je me suis promis de tout faire non seulement pour ne rien voler à cette cause de ce que tu lui donnais jusqu’alors mais pour t’aider à lui donner davantage. Tout le temps que tu perdais en démarches et préoccupations mesquines j’ai voulu te le faire gagner, et te le faire gagner pour ton Parti. J’ai donc le droit, pour ton Parti de t’en demander compte. Militant, mon frère, ne me frustre pas, ne fais pas de détournements de fonds à ton usage personnel. Ce temps que j’économise seconde par seconde sur mon égoïsme, sur ma flemme, sur ma faim de grandes choses qui s’attable chaque jour devant de toutes petites, ce temps que je te fais gagner il appartient à ton Parti.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Quand à celui qui me reste, je le considère comme le plus précieux de mes biens par ce que sans lui je ne peux en acquérir aucun autre. C’est pourquoi j’ai tant de peine de te le voir gaspiller, avec le tien, en discussions exaltantes et inutiles, d’un geste large, par minutes et par heures entières où tu n’es pas plus utile au Parti que n’importe quel inoffensif discutailleur que tu méprises si fort. Être un militant communiste et un bon père de famille ne sont pas des qualités qui s’excluent, et je dirais mieux, qu’elles se complètent. Un père de famille, s’il veut être réellement, profondément, consciencieusement communiste doit être un <em>bon père de famille</em>. Les taches des époux peuvent être différentes, leurs devoirs divers, mais tous deux concourent au même but : élever leurs enfants dans l’honneur et la dignité, dans le respect de soi-même et d’autrui, en faire des citoyens conscients, décidés à travailler de toutes leurs forces et de tout leur cœur au bien être et au progrès constant de la société. Les paresseux, les tièdes, ne seront jamais de bons communistes, de bons révolutionnaires.</p>
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		<title>Une enfance algéroise</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Sep 2007 03:53:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Caillou</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Histoire de Mad]]></category>

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		<description><![CDATA[  
Madeleine.

Ton père, Edouard est né le 24 octobre 1894, à Mustapha, dans la banlieue d’Alger. Il était le fils de Vincent S. et de Madeleine Yves P. Le nom de famille S. vient des Baléares, de Palma de Majorque. Le premier Algérien, Martin S. s’installa à Alger comme bottier en 1855.
Le premier P., [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>  <a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mad-petite.jpg" title="mad-petite.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mad-petite.jpg" alt="mad-petite.jpg" /></a></p>
<p>Madeleine.</p>
<p><span id="more-4"></span><br />
Ton père, Edouard est né le 24 octobre 1894, à Mustapha, dans la banlieue d’Alger. Il était le fils de Vincent S. et de Madeleine Yves P. Le nom de famille S. vient des Baléares, de Palma de Majorque. Le premier Algérien, Martin S. s’installa à Alger comme bottier en 1855.</p>
<p>Le premier P., Antoine, né à Barlone en 1824, arriva en Algérie en 1845.</p>
<p>Ta mère, Germaine W., est née le 28 janvier 1901, à Alger. Elle était la fille de Ernest W. et de Françoise M. Ta grand-mère était née dans la Haute-Saône. Fille d’agriculteur, elle arriva en Algérie toute petite, avec ses parents, mais ils ne restèrent pas longtemps dans le bled et vinrent très vite se réfugier dans la capitale.<br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/?p=34">http://cailloutendre.unblog.net/?p=34</a></p>
<p>Quant au W. nom d’origine belge, le premier Algérien, dont je ne connais pas le prénom, né en 1825, fut déporté politique en Algérie en 1848.</p>
<p>Un bottier, un déporté politique, des paysans, des marins, venus de France, de Belgique et d’Espagne et qui en moins de cinquante ans deviennent ébéniste, peintre, directrice de pensionnat, pilote, employé de bureau, officier mécanicien, c’est bien une famille de pieds-noirs par le mélange et la vitalité.</p>
<p align="justify"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/ta-maman.jpg" title="ta-maman.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/ta-maman.jpg" alt="ta-maman.jpg" align="right" /></a>Sauf cette photographie, je n’ai retrouvé<br />
aucun document de ta maman. Elle obtient le<br />
1er prix ex-aequo d’ornement, le 30 juin 1919,<br />
après l’année scolaire 1918/1919, à l’École<br />
Nationale des Beaux-Arts d’Alger.<br />
Est-ce là qu’elle a rencontré Edouard ?<br />
Ils se marient le 24 août 1920, à la mairie d’Alger.<br />
À son mariage, ton père se déclare sculpteur.<br />
Pendant toute sa vie il a été ébéniste, à Alger où<br />
il avait un magasin, 2 rue Laplace.<br />
Ils ont 2 enfants; Pierre, né le 2 juin 1921,<br />
et toi, Madeleine, le 22 avril 1923. Ils te baptisent<br />
tout de suite, le 24 mai 1923.<br />
Mais trois ans plus tard ta maman meurt,<br />
le 14 septembre 1926, à Alger.</p>
<p>Orpheline, ton père ne pouvant t&#8217;élever seul, tu as été recueillie par les tantounes dans l’institution Sainte Marcienne à Alger. Cette institution était tenue par deux femmes, ta tante, la sœur de ton père, et celle que tu appelles dans ton courrier ma petite tantoune, ou marraine, son amie, mademoiselle H. L&#8217;institution Sainte Marcienne, fondée par ta tante en 1913, était située au 13 rue Denfert Rochereau, (depuis 1962 à cette adresse, rue Khelifa Boukhalfa c&#8217;est le siège de l&#8217;archevêché d&#8217;Alger).<br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/cour-de-ste-marcienne.jpg" title="cour-de-ste-marcienne.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/cour-de-ste-marcienne.jpg" title="cour-de-ste-marcienne.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/cour-de-ste-marcienne.jpg" alt="cour-de-ste-marcienne.jpg" /></a></p>
<p align="left">Tu me l’a toujours décrite comme une école de l’enseignement catholique, pour les filles de la bourgeoisie algéroise. Tu y a passé toute ton enfance et fait ta scolarité.</p>
<p>Tu y avais une chambre tout en haut, sous les toits, avec une terrasse, que tu<br />
appelles, dans ton journal : le gourbi.</p>
<p align="left"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/le-gourbi.jpg" title="le-gourbi.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/le-gourbi.jpg" title="le-gourbi.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/le-gourbi.jpg" alt="le-gourbi.jpg" align="left" /></a></p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/terrasse-alger.jpg" title="terrasse-alger.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/terrasse-alger.jpg" title="terrasse-alger.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/terrasse-alger.jpg" alt="terrasse-alger.jpg" height="261" width="201" /></a></p>
<p align="justify"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/terrasse-alger.jpg" title="terrasse-alger.jpg"> </a></p>
<p>Tu as eu le Certificat d’Etudes Primaires le 3 juin 1935 (avec mention bien). Après le Brevet Sportif Populaire, que tu obtiens le 10 décembre 1938, toujours à Alger, tu passes le Brevet de Capacité pour l’Enseignement Primaire le premier octobre 1939.</p>
<p><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mad-a-la-plage.jpg" title="mad-a-la-plage.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/mad-a-la-plage.jpg" alt="mad-a-la-plage.jpg" /></a></p>
<p>Ton journal montre que tu y as été élevée sans tendresse et que ta tante ne cesse de se plaindre que tu lui coûtes. <em>Je ne suis pas la vache à lait de la famille</em>, bien que tu y deviennes pionne, surveillante des dortoirs, éducatrice pour les plus petites…</p>
<p>Dans ton journal du 6 mars 1940 ou 41 :<br />
<em>Six mois bientôt que tantoune ne m’avait engueulée. Je croyais presque dans mon imbécillité que l’âge ingrat était passé. …/… On m’a souvent dit, elle est gentille, c’est dommage, elle est un peu poseuse. Moi, poseuse ? Il ne manquait plus que ça, avec ma tête de veau gras, ridicule dans toutes ses expressions, surtout dans la tristesse avec mes yeux tout rapetissés par les larmes et mes joues qui s’enflent et rougissent au point de cacher tout le reste; et ces membres lourds, pâteux, dégoûtants… ça se permettrait de poser ! C’est à pleurer de ridicule !</em></p>
<p>C’est l’écrit de la première partie du bac, la série A, que tu passes en 2 parties.<br />
Tu obtiens la première session, l’oral, le 8 octobre 1942.</p>
<p>Dans un autre extrait de ton journal, pendant les vacances de 1942:<br />
<em>.. Dans un silence religieux troublé seulement par la « chanson folle et légère « du jet d’eau de la cour intérieure, je découvrais la poésie persane, m’enivrais de Hafiz après Khayyam. Je vis aussi les merveilleux tapis, les admirables céramiques aux coloris variés et rares. Je relevais quelques dessins… Je découvris cette même semaine les poèmes d’Edgard Poe, les causeries de Baudelaire et ses dessins que j’ignorais. Bref, j’étais de nouveau emballée…</em></p>
<p><em>« Ah seigneur, donnez-moi la force et le courage<br />
de contempler mon cœur et mon corps sans dégoût ! &#8221;<br />
</em><br />
Un poème de toi, sans date, mais dont l’écriture est encore celle de ton journal :</p>
<p><em>DEHORS.<br />
Je suis le vent, je suis la pluie.<br />
Je ne sais plus le nom que m’ont donné les hommes.<br />
Je ne sais plus le nom de ma maison.<br />
Je ne sais plus que l’âpre tendresse<br />
du vent mauvais qui me caresse.<br />
Je ne sais plus que la folie<br />
D’aller dans le vent et la pluie…<br />
et cet immense désir<br />
d’EN FINIR…</em></p>
<p><em>Douceur du vent sur mon visage;<br />
caresse du soir bleu<br />
sur mes mains sages<br />
et sur mes yeux.<br />
Oh ! ce fanal<br />
traînant son mal<br />
au long du flot,<br />
Oh ! douceur<br />
et mélancolie<br />
du grand ciel triste</em></p>
<p><em>et de mon cœur…<br />
Et je sais bien, malgré la vie,<br />
que je suis là,<br />
depuis des siècles,<br />
à regarder tomber le pluie…</em></p>
<p><em>Et au verso :</em></p>
<p><em>DEDANS.<br />
Oh sérénité paisible des choses<br />
sérénité qui me pénètre !<br />
long silence où meurt cette rose<br />
lampe verte aux douces clartés<br />
cuir doré des livres que j’aime<br />
et fumée de ma cigarette<br />
qui s’étire en moi comme un long poème…<br />
Après midi des longs dimanches<br />
Oh, l’incommensurable ennui !<br />
Toute proche,<br />
une cloche<br />
sonne un glas,<br />
triste et las.<br />
Personne…<br />
qu’un glas qui sonne<br />
désespérant et monotone…</em></p>
<p>Dans ce climat il n’était pas étonnant que tu t’en ailles dès que possible.<br />
Tu t&#8217;engages dans l&#8217;armée pour libérer la France…<br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-admin/voir%20http://cailloutendre.unblog.net/?cat=9">voir http://cailloutendre.unblog.net/?cat=9</a><br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-admin/voir%20http://cailloutendre.unblog.net/?cat=9">et la page http://cailloutendre.unblog.net/?p=54</a></p>
<p>Incorporée le 23 février 1943 tu n’es revenue à Alger, après la guerre, que pour passer le bac philo le 8 juillet 1946, puis filer à Paris.</p>
<p>Le 8 juin 1946 tu es embauchée comme traductrice - rédactrice au fort d’Issy, à Paris.<br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/bureau.jpg" title="bureau.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/bureau.jpg" title="bureau.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/bureau.jpg" alt="bureau.jpg" /></a></p>
<p>Le 17 août 46 ta première carte d’immatriculation aux assurances sociales, faite à Paris.<br />
<a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/carte-de-secu.jpg" title="carte-de-secu.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/carte-de-secu.jpg" title="carte-de-secu.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/carte-de-secu.jpg" alt="carte-de-secu.jpg" /></a></p>
<p>De cette enfance algérienne tu n&#8217;as conservé, plus tard, que les bons côtés, l&#8217;amour du soleil et de la mer, les figues de barbarie, les oursins, les poivrons et les côtelettes d&#8217;agneaux grillés… Tu aimais Camus et Jules Roy, mais aussi &#8220;La famille Hernandez&#8221; pour cette langue métissée: le pataouète. Mais tu as aussi complètement rejeté le mépris des Européens d&#8217;Algérie pour les Arabes, l&#8217;antisémitisme généralisé, le catholicisme, le manque de liberté d&#8217;une société surveillée par le &#8220;qu&#8217;en dira-t&#8217;on&#8221;, les concierges, l&#8217;esprit de groupe et les communautés repliées sur elles-mêmes.</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/carte-de-bibliotheque.jpg" title="carte-de-bibliotheque.jpg"><img src="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/carte-de-bibliotheque.jpg" alt="carte-de-bibliotheque.jpg" /></a></p>
<p align="right">Caillou, le 24 septembre 2007</p>
<p align="left"><em>Pour imprimer, mais sans les images: </em><a href="http://cailloutendre.unblog.net/wp-content/une-enfance-algeroise.doc" title="une-enfance-algeroise.doc">une-enfance-algeroise.doc</a></p>
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