LA NUIT

La nuit se crève en lambeaux gris
la rue s’échappe aux cris des grues
la pluie s’étale sans un bruit
l’ombre de ta main qui se pose
au macadam de mon désir
éveille un silencieux sourire
au calme noir de la nuit

Caillou 1982

    COMPAGNONS D’INSOMNIES


    Aux fantômes décharnés, les yeux fixes, dantesques

    aux chevaliers hirsutes, armés de mille éclats
    aux moutons enragés chantants, ivres de joie
    “nous ne sauterons pas”
    aux enfants faméliques qui ne parleront pas
    à mes guérilleros, aux combats dans la jungle
    et à tous les passants oubliant tous leurs pas
    je n’vous écrirai plus.

    Aux temps toujours futurs qui ne viendront jamais
    aux rives de tant d’espaces qui res’tront cloisonnés
    aux monts de mes merveilles jamais réalisées
    je n’vous écrirai plus.

    Je n’en ai plus le temps, je ne pense plus qu’à elle
    le temps me fait défaut de vivre ainsi mon temps
    je n’ai plus d’insomnies, je ne dors pas assez
    son lit est tellement grand, vous n’y pourriez rentrer
    elle est, cela suffit. Vous n’êtes que des angoisses

    Elle rit, cela tout contre vos mines à faire pleurer
    vous étiez compagnons, elle fait partie de moi
    Je ne lui écris pas!

    Je lui dis, je lui pense, je lui joue, je lui danse
    Elle est comme un pivot, vous m’étiez extérieurs
    Elle est comme un palais reculé dans l’oubli
    Vous étiez trop présents, je ne vous souvenais pas
    Viendra peut-être un jour où je vous retrouv’rai
    mais pour l’heure il me plait de lui dire que je l’aime
    et quand elle me sourit…
    vous êtes loin de moi.

    Caillou 24/9/1982

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