Le rire gras des incendiaires

Eric Besson a annoncé, hier, la création d’un groupe de travail sur les «mariages gris».
Une nouvelle expression créée pour l’occasion par le ministre de l’Immigration.
Elle qualifie l’union d’un(e) Français(e) avec une personne étrangère qui l’aurait manipulé dans le simple but d’obtenir la nationalité française.

Le rire gras des incendiaires
et les sourires des commentaires
les appels fiévreux du matin
les voix qui viennent et s’entrechoquent
sur les visages et les portes
les bras levés des enfants juifs
les ombres portées sur les notes
les géants blancs, le noir des bottes :
l’élégance d’un entrefilet

C’est un cauchemar? C’est le silence
lorsque le réveil se dérobe
et que l’insomnie nous dépose.
Il n’y a plus rien! La résurgence
Le ” pas possible!”
d’un retour à la case départ
au rire gras des incendiaires

Ne plus pouvoir fermer les yeux
ne plus savoir comment l’on peut
échapper au phrases des uns
et aux silences des autres enfouis
Les friches sont irrémédiables
Il y a trop de bruit dans la rue.

Caillou, 1984 (Pour rappel, 1984, c’est l’année de l’apparition du FN.)

Refus et Cauchemar sont dans un bateau…

Refus du romantique et refus du gratuit
refus de l’art pour l’art et refus du pompier :
la noyée de l’automne avait tes yeux, beau gosse.
Le fleuve était immense, il pleuvait ce jour là.
Sur les pneus luisants, noirs, le sang d’un petit chat
me disait: Va cracher, bien plus loin, ta bile poétique!

Caillou, 1981

Cauchemar

Caillou, 1967

Juste un moment subtil

Quand elle chante près de moi et qu’elle est fatiguée
sa voix déraille un peu. Elle est juste pourtant.
Elle est chaude et humaine et précise à la fois.
Quand je l’entends chanter, j’ai envie de pleurer.

Bien plus aigue que moi, elle n’a pas de puissance
mais elle dit beaucoup plus que les mots ne peuvent dire.
Elle dit toutes les comptines murmurées à l’oreille
Elle dit l’histoire lue quand les yeux se referment

Il faut être tout prêt pour pouvoir l’entendre
Prêt à sentir en soi l’enfant qu’on est encore
Ou peut être l’amant à la petite mort

Ce n’est ni mon amante ni ma mère ni ma femme
C’est une amie qui chante dans tout ce brouhaha
Dont parfois j’entrevois le secret de la voix.

Caillou, le 22/11/2009

D’où vient ce son étrange et fort

D’où vient ce son étrange et fort
D’où vient ce son, encore, encore

D’où vient ce son étrange et fort
D’où vient ce son, encore, encore
Je l’entends rouler  sur la plaine
Où les armées sont rassemblées
Rien n’étouffera les cris de haine
De ceux qui ne veulent plus rêver.
D’où vient ce son étrange et fort
D’où vient ce son, encore, encore

Il ne faut pas changer de mesure
Il ne faut monter ni descendre
Rester la tête sous la cendre
Il faut rester là dans l’allure
Et même si cela nous chante
Ne pas céder aux tentations
et camper sur nos positions
Il ne faut monter ni descendre

D’où vient ce son étrange et pur
D’où vient ce son étrange et fort
D’où vient ce son qui crève les murs
Est-ce la colère qui nous mord
On ajoutera des musiques
des sons de basse électronique
peut-être même des grelots
ou des filles qui viendront là-haut

Quand les salariés se suicident
pour échapper à la terreur
Quand ils se jettent dans le vide
se frappent au couteau dans le cœur
se droguent, se saoulent, et deviennent dingues
Sur le silence des décideurs
On veut ce son étrange et fort
On veut crier, encore, encore.

Quand les sociétés anonymes
ayant mangé les subventions
Déménagent toutes les usines
et prennent l’ouvrier pour un con
Alors pour les acteurs du monde
Qui se retrouvent sur le tas
On veut ce son étrange et fort
On veut crier, encore, encore.

J’étais sur la route 66
dans ma Chevrolet vert et bleu
roulant au bord du précipice
je suis arrivé à l’an deux
j’avais laissé les cris de haine
tous les morceaux de la colère
là-bas au loin le vent se lève
je suis arrivé à l’an deux

L’an deux de la révolution
Quand on a détruit le vieux monde
Rien ne s’oppose aux créations
Des futurs riants du bonheur
L’an deux de la révolution
Comme c’est le seul avenir possible
Avec ce son étrange et fort
Nous chanterons, encore, encore.

Mais on ne changera pas de mesure
on ne s’arrêtera pas aux murs
on restera là dans le pur

Fais moi un signe

C’était sur les boulevards, le jour de la colère
Ils marchaient tous les deux, se tenant par la main
et c’était un drapeau qui passait. Le hasard ?
Je ne peux pas le croire…

Les enfants regardaient la foule. Il faisait beau
Et le roi qui dansait au-dessus de nos têtes
s’imaginait encore que nous faisions la fête
alors que nous allions le faire tomber… bientôt!

Manifestation du 19 mars à Toulouse

Caillou, 27 mars 2009
Pour faire suite à http://cailloutendre.unblog.net/?p=468

Fais moi un signe

- Ce matin Bakounine m’a fait un signe tandis que j’ouvrais mes volets.
- Imbécile! C’est des avions…
- Ah bon. Dommage!

Caillou. 18 septembre 200

Le Vaurais ou pays de cocagne

C’est un sentier dans un jardin
qui monte et qui sent bon les fleurs
de là-haut je vois les collines
c’est une sieste de bonheur.

Caillou 08/08/08

Le vaurais ou pays de cocagne

le-petit-pont.jpg

Le petit pont dans la vallée
ouvre des ombres menaçantes
c’est dans chaleur de l’été
plus rien ne bouge ni ne chante

midi va bientôt sonner…

Caillou, le 7 août 2008

Le vaurais ou pays de cocagne

pigeonnier2.jpg

C’est dans le calme d’un jardin
sur les coteaux, près de Lavaur*
et dans la fraîcheur d’un matin,
que m’a parlé le pigeonnier.

Il est comme le gardien du lieu
et sur le flanc de la colline
bien plus vieux que la maison même
il est l’éperon qui domine.

Si tous les oiseaux l’ont quitté
partis vers d’autres paysages
il reste là, comme déserté
peut-être comme un témoignage.

En dessous c’est un potager
tout en pente qu’un chemin parcoure
avant les grandes chaleurs du jour
quand les fleurs aiment la rosée.

Et sur le côté un grand arbre
un Paulownia, quel nom bizarre !
donne de l’ombre à cette tour
de brique, de tuiles… Et de passé.

Caillou, le 7 août 2008

*le Vaurais

Un jeu d’écriture

C’est un jeu! (Auquel vous pouvez participer…) Claire, qui a un superbe blog, m’envoie ses mots (10) et je lui envoie les miens… Cela donne des textes ou des poèmes.

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Neige / Train / Solitude / Gare / Marche / Vent / Feu de cheminée / Vin chaud / Amitié / S’endormir.

Claire : Histoire de gare

Mais quel train avait-il pris? Elle était là pourtant, 20 minutes à l’avance, avec le chien. La présence du chien distrayait ses pensées de l’attraction des rails et des voitures de la voie rapide. Pas d’inquiétude pourtant, elle avait trop d’empathie pour déraper gravement, quand elle pensait un peu trop sérieusement à mettre fin à ses chagrins, aussitôt l’idée de la tristesse de ceux qui l’aimaient la freinait, elle n’en ferait rien, pour que son aimé n’ait pas de peine.
Un grand homme noir attendait au bord du quai lui aussi, en fumant, assis sur ses talons, comme son ami n’aimait pas qu’elle fasse. C’est vrai que ça évoquait un peu la folie, ou au moins le mal être, et si ce n’était qu’une position d’attente héritée de la nuit des temps? Quand le train était entré en gare, en amont du quai, elle avait scruté les visages aux fenêtres, puis elle avait remonté la voie, lentement. Au sifflet du départ, elle avait de nouveau examiné chaque passager, même les silhouettes de l’autre coté en cherchant son visage, ses cheveux ou son ombre, mais elle était persuadée que s’il y était, il serait assis coté ville, pour lui envoyer une pensée. En quittant la gare, un vieil homme lui avait dit: “vous ne l’avez pas trouvé?”, est ce bien ce qu’il avait dit? ou autre chose? Et alors, pourquoi lui avait-il parlé? Elle en avait été tellement étonnée qu’elle avait fuit.

Elle avait repris sa marche dans la ville et était rentrée consulter les horaires. Le prochain train partait dans 15 minutes, en se dépêchant, en laissant le chien, elle pouvait encore y aller, l’y chercher, y monter même et passer avec lui le temps du trajet et de la correspondance.

Mais le téléphone avait sonné et l’avait sortie de sa solitude et de son hésitation. Elle avait décroché, pleine d’espoir: peut être avait-il trouvé un moyen de l’appeler pour quelques mots d’au-revoir? En raccrochant après sa conversation, elle n’ avait plus le temps de se lancer dans cette folie ferrovière, et elle avait accepté l’ invitation faite par amitié d’aller passer ailleurs l’après midi. Là où elle serait, quand le vent soufflait du bon coté on entendait les trains passer; l’oreille aux aguets, ses pensées suivraient celui de 15h20.

Pourquoi cette rage de lui voler quelques secondes, de vouloir son regard au plus près du départ? Pourquoi cette angoisse démesurée pour un si petit trajet? Pourquoi cette peur alors que passera l’été? Elle se mit à chanter: mon été triste* pour ne pas laisser pleurer son coeur boule de neige qui fond au soleil s’endormir jusqu’à l’automne, pour oublier aussi l’orage qui tonne sa colère d’être la délaissée.

Elle attendra l’hiver: la douceur des foyers, même équipés d’inserts, la chaleur des feux de cheminée qui réconfortera leur coeur, et les verres de vin chaud des fêtes militantes sur les places glacées. Elle attend surtout la saison où aucun train ne viendra plus l’emporter.

Claire, 14 juillet 2008
* Gabriel Yacoub: mon été triste

Caillou

J’ai marché des années dans le vent et la neige
J’ai pris des trains de nuit dans des gares solitaires
Jamais je n’ai connu le vin chaud, l’amitié
les feux de cheminée
Tous ces chemins menaient vers toi sans que je sache
ni pourquoi ni comment mais maintenant je suis
devant toi, et je sais que je peux m’endormir.

Caillou, 15 juillet 2008

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Déménager / framboise / lac / pêcheurs / séparation / s’entraider / lit / coup du sort / porte / écrire comme un gaucher

Caillou

Tu as déménagé, la maison vers le lac
Est maintenant louée. Il y a des pêcheurs
La porte que nous laissions ouverte à toute heure
En est toujours fermée, et c’est un cul de sac.

Tu nous a séparé, les framboises au jardin
Par d’autres sont cueillies. Nous n’avons plus de lit
Pour faire l’amour ensemble. Dans le mien chaque nuit
Moi je refais ma vie avec toi comme destin.

Et je relis ce mot où tu dis que tu m’aimes
De cette pauvre écriture de gaucher contrarié
Que c’est un coup du sort, qu’il faut bien s’entraider
Qu’elle a besoin de toi, ta femme est un problème.

Tu nous a séparés, et je pleure maintenant
Même si je vais bientôt retrouver des amants
mais quand je reviendrai sur le bord de ce lac
l’amour et la douleur seront toujours intactes.

16 Juillet 2008

Claire

Saint Émilion, le 15 aout 2008

Cher Alain,
tu excuseras mon écriture maladroite s’il te plait, mais tu ne me croiras peut être pas, je me suis cassé hier le bras droit en transportant un lit. Voilà pourquoi j’écris comme un gaucher, bien que certains écrivent fort bien.
Qu’est ce que je faisais avec ce lit me diras tu ? Et bien figure toi que j’ai dû dans l’urgence déménager la petite voisine du premier, tu sais, celle qui bizarrement m’avait aidé à emménager après ma séparation d’avec Béatrice, en débarquant dans mes cartons alors que je ne l’avais jamais vue, Framboise qu’elle s’appelle. Elle avait ouvert sa porte, les yeux rouges et gonflés, elle m’avait demandé si elle pouvait m’aider, et pendant deux heures elle avait monté tout mon bardas sur les deux étages. À la fin elle m’avait dit en plaisantant qu’elle partait dans huit jours et qu’elle avait un piano à déménager. Bref, on peut s’entraider, je lui devais un retour d’ascenseur, (qui fait d’ailleurs défaut dans cet immeuble), surtout quand on est comme cette pauvre fille frappé par un tel coup du sort. Tu devineras jamais ce qui lui arrive!!
C’est une drôle d’écolo, elle mange bio, n’achète qu’au marché, se déplace à pied, etc. Même que pour ne pas faire trop de poubelles, elle trie, ça ok, mais aussi elle fait son compost avec des vers de terre sur sa terrasse!!
Bon, tu vas me dire trève de détails, mais justement, celui là est capital. Elle m’a tout expliqué, car elle essayait de me convertir. Moi je lui avait répondu en rigolant qu’elle avait qu’à tuer tous les cons, elle aurait des asticots pour son tas de fumier! Mais bon, donc Framboise avait un bon kilo de ces bestioles dans un bac troué où elle jetait ses épluchures.
Puis elle est partie huit jours en vacances, elle ne partait jamais plus, et toujours aux mêmes dates, début aout. Il a fait chaud tu te souviens? Et quand elle est rentrée, sa terrasse, et même sa maison était envahie de vermine, ils avaient proliférés, mille fois plus et plus vite que prévu, étaient énormes et s’attaquaient aux meubles, au plancher… l’horreur! À croire que les bestioles avaient bouffé de l’OGM ultranutritif qu’on envoie aux populations affamées et qui te font grossir avec un minimum de calories.
Elle a appelé les pompiers, puis un dératiseur, mais en attendant que son logement soit nettoyé… voilà pourquoi je l’ai déménagée. J’ai eu pitié tu comprends!!
Bon tout ça pour te dire, qu’avec mon bras dans le plâtre, la fête des pêcheurs sur le lac samedi, c’est un peu compromis, tu comprends? Dommage, parce qu’avec tous ces appâts géants, quelle bonne pêche on aurait faite!! J’espère que tu m’en voudras pas de te faire faux bonds. Promis, dès que je suis guéri je t’appelle.
Allez, à un de ces jours, vieux pote!
Amitiés,
Roger

Claire, 17 juillet 2008

Sur les 10 mots suivants:

Diabolo-menthe / Lit d’hôpital / Travail salarié / Etre en retard / lacets /manger / détour / aisselles / arbres / se lever.

Lire: Jeux d’écriture (suite). http://cailloutendre.unblog.net/?p=380

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