Maintenant il va y avoir des combats d’arrière-garde, des interprétations, des aménagements pour rendre la chose “légale”, “constitutionnelle”. Les débats ont bien détourné l’attention avec leur “volontariat” ou pas, avec leurs “salaire double” ou pas, avec leur “zones touristiques” selon un code ou un autre, mais le principe de travail dominical, lui, ils l’ont voté!
Maintenant le mur est ouvert. Tout le groupe de pression de la “grande distribution”, de la consommation à outrance va se précipiter sur cet espace de liberté de vente.
Le Parlement a voté pour les plus forts, pour les plus riches, contre le peuple et contre les salarié(e)s du commerce, ce n’était pas un sujet “politique”, c’était bien plus que cela, c’était un sujet de société.
Honte à celles et ceux qui voté ce texte immonde!
Et bonne chance à celles et ceux qui vont en subir les conséquences.
Marie-Luce Penchard - Brigitte Barèges - Le même clientélisme
Posté par Caillou - 19/02/10 à 11:02:08Le scandale des propos de la Ministre de l’Outre-Mer affirmant son «envie de [ne] servir qu’une population, c’est la population guadeloupéenne»* est à rapprocher de ce que dit, sur son site (départemental), la candidate UMP (aux régionales de Midi-Pyrénées), sur l’autorisation d’ouverture des magasins le dimanche: Notre département ne sera en toute hypothèse pas touché, ne relevant d’aucune de ces catégories.*
Ce qui veut dire:
“J’ai voté une saloperie, mais cela ne concerne pas le Tarn et Garonne!”
* sur Libération: http://www.liberation.fr/politiques/0101620172-accusee-de-clientelisme-penchard-accuse-le-ps-d-avoir-sorti-ses-propos-du-contexte
* sur le site de Brigitte Barèges: http://www.brigittebareges.com/bareges-ump-midi-pyrenees-elections-regionales/202-mercredi-1-juillet-2009—le-travail-le-dimanche.htm
Déjà mentionné ici: http://cailloutendre.unblog.net/?p=1078
et ici http://cailloutendre.unblog.net/?p=945
(Il y a dès fois où je rabâche!) Caillou, 19 février 2010
Avides d’essai
Posté par Caillou - 11/12/09 à 12:12:10
Quand les magasins ouvrent le dimanche, ils attirent les clients avec des remises
obligent les employé(e)s à bousiller leur vie de famille
éliminent la concurrence des petits magasins…
Mais quand les députés votent l’autorisation d’ouvrir les magasins le dimanche
Ils se présentent ensuite aux élections régionales…
Caillou, 11 décembre 2009
ED, LA VIE DE FAMILLE DISCOUNT
Posté par Caillou - 18/11/09 à 04:11:54Lu dans l’excellent journal SINÉ-HEBDO du 18 novembre 2009.
ED, LA VIE DE FAMILLE DISCOUNT
Le travail dominical se fait sur la base du volontariat, clament en chœur les perroquets du gouvernement. Trois employés d’Ed sont pourtant aujourd’hui des licenciés très involontaires.
« Au départ, on nous a demandé notre position sur l’ouverture du dimanche matin. Innocemment, je leur ai dit que je n’avais rien contre, si ça créait de l’emploi. Vu le nombre de chômeurs, je pensais que cela pouvait être une bonne chose. J’ai vite déchanté. »
Elvina Fernandes, caissière chez Ed à Oyonnax, a peut être trop écouté les sirènes de l’UMP, qui ont beaucoup chanté l’air du travail dominical librement consenti avant l’adoption de la loi Maillé, le 11 août. Le dimanche « est un jour exceptionnel et il le restera », et il n’y aura pas « obligation pour les Français de travailler le dimanche », avait dégainé Luc Chatel. « Payé double », ajoutait aussitôt Xavier Bertrand. La palme de la tartufferie revenant, ô surprise, à Frédéric Lefebvre pour qui il s’agit de mettre fin à une insupportable injustice, tant il estmanifeste que « trop de Français subissent des formes de harcèlement et de pression lorsqu’ils décident de travailler le dimanche » ! Autant de raisons de ne pas s’inquiéter pour Mme Fernandes lorsque sa supérette, après cinq années d’existence, décide d’ouvrir le dimanche matin.
Pour elle comme pour deux de ses collègues, Élise Kongo et Amphonh Rath Luang, le travail dominical est impensable. Un mari sur la route toute la semaine, des enfants en pension ou habitant avec l’autre parent dont ils sont séparés et dont ils n’ont la garde que le week-end: tous trois ont d’excellentes raisons de ne pas sacrifier l’ultime journée de regroupement familial. Ils seront pourtant tous licenciés pour «non-respect des horaires et insubordination». Car après le temps de la consultation vient celui du diktat. «Ils m’ont dit : comme vous êtes la plus réfractaire au travail dominical, on va vous y mettre dès le premier dimanche. Sans doute pour faire un exemple», se souvient Mme Fernandes. C’était le dimanche 8 mars, journée de la femme, qu’on serait en l’occurrence tenté de requalifier journée de «la ferme !» (et bosse) . Le hic, c’est que la supérette a la loi de son côté, tout du moins en ce qui concerne l’ouverture même du magasin. Les contrats de travail ne mentionnent aucun jour particulier, et la convention collective du «commerce à prédominance alimentaire» stipule bien que les établissements peuvent être amenés à ouvrir le dimanche» sans préciser si les employés ont obligation d’y travailler. Pourquoi ne pas recruter ? La réponse est peut-être à chercher dans la convention collective, qui dissocie travail «occasionnel» et «régulier» du dimanche. Le premier est majoré de 100 % - le fameux «payé double» - , le second de 20 %. Lesquels 20% représentent pour ces employés une gratification royale de… 5 euros: le prix du sacrifice de leur vie de famille.
Les trois rebelles assignent aujourd’hui Ed aux prud’hommes, invoquant précisément le droit à la vie familiale. Il n’y a à ce jour pas de jurisprudence en la matière, mais « on va s’inspirer du raisonnement adopté pour le travail de nuit, pour lequel la Cour réclame le consentement du salarié », explique leur avocate, maître Plantureux. Si le tribunal leur donnait raison et validaitce « droit au refus », voilà qui pourrait semer une sacrée pagaille, vu le nombre de dérogations supplémentaires accordées par la loi Maillé.
Jérome Bonnet
Le dessin est de Lindigre
Une action super contre l’ouverture des magasins le dimanche!
Posté par Caillou - 16/11/09 à 01:11:18Les envahir et y vivre sa vie dominicale!
À voir sur
http://www.copenhague2009bizi.org/
Action de Bizi à l’Intermarché de Bayonne
Le mouvement Bizi! a réalisé ce dimanche 15 novembre une action non-violente et humoristique pour dénoncer l’ouverture de l’Intermarché de Bayonne les dimanche matin.Répondant à un appel parodique de Nicolas Sarkozy dont le texte était distribué par tract (ci-joint), 40 militant(e)s sont venus passer leurs loisirs dominicaux traditionnels à l’Intermarché situé Chemin de Hayet à Bayonne : grasse matinée, parties de pétanque, rollers et vélo, badmington ou farniente, apéritif et pique-nique. Les rayons du supermarché ont ainsi été le théâtre de scènes toutes plus cocasses les unes que les autres, destinées à dénoncer l’appel au « travailler plus-consommer plus -polluer plus » du Président de la République.Bizi ! entendait ainsi exprimer son refus de la précarisation des conditions de travail, et de la mise en cause des temps de rencontres conviviales en famille et entre amis, de vie associative culturelle et sportive, etc..
Bizi ! a dénoncé dans le même temps la spirale infernale du travailler plus-consommer plus, et donc polluer plus, qui revêt un caractère dramatique aujourd’hui où tous les grands équilibres écologiques de la planète sont au rouge et pose ainsi la question « quel monde voulons nous laisser à nos enfants ? ».
Selon M. Nicolas Ducolombier, porte-parole des manifestant(e)s de Bizi, « il est de notre devoir de consommateur-citoyen de boycotter les supermarchés ouverts le dimanche, en refusant d’y faire nos courses, non seulement le dimanche, mais également les autres jours de la semaine».
Les militant(e)s de Bizi ont remis un courrier (ci-joint) au directeur de l’Intermarché, lui demandant un rendez-vous pour « discuter ensemble de cette question fondamentale du travail le dimanche ».
Les photos ci-jointes sont libres de droits.
Contact presse : 06 14 99 58 79 / 05 59 25 65 52
Mouvement Bizi !
22, rue des Cordeliers
64 100 Bayonne
Tel : 05 59 25 65 52info@bizimugi.org
http://www.copenhague2009bizi.org/
Le SBAM obligatoire
Posté par Caillou - 30/10/09 à 07:10:32Vous connaissez le SBAM?
Pourtant vous le rencontrez à chaque fois que passez en caisse lorsque vous faites vos courses? Le SBAM c’est un consigne donnée aux caissières de grande surface.
Cela veut dire: SOURIRE / BONJOUR / AU REVOIR / MERCI
Consigne c’est gentil, en fait c’est un ordre impératif. Vérifiez la prochaine fois. C’est un automatisme. À chaque client la femme assise qui se détruit les coudes à soulever les achats pour les passer devant le laser rouge fait son SBAM, SBAM, SBAM…
Et bien il y a encore mieux! Voilà le sourire obligatoire. Oh, je pense que c’est de l’humour d’artiste. Mais cela va donner des idées… Oui, oui, le sourire obligatoire, il est là:
http://lauren-mccarthy.com/happinesshat/
Alors, à quand le chapeau blanc sur la tête des caissières?
Caillou, 30/10/09
Pourquoi moi ? Pourquoi refuser le travail le dimanche ?
Posté par Caillou - 12/10/09 à 05:10:57(En réponse à un commentaire de JLG sur un article précédent: http://cailloutendre.unblog.net/?p=945)
J’ai travaillé pendant quatorze ans au rayon photo-ciné-son d’un hypermarché toulousain.
La plus grande surface d’Europe…
À l’embauche, le contrat était précis, le fameux contrat, base du système capitaliste, le contrat qui lie celui qui n’a pas le choix avec celui qui à tous les droits, le renard et la poule… J’étais la poule et mon contrat était clair : Vendeurs ! Vous n’aurez aucun samedi de libre !
Avec un fils, encore bébé, mais bien décidé à grandir rapidement, je me consolais en espérant avoir mes mercredis de repos, mais ce jour étant demandé par beaucoup, il ne me serait accordé que par roulement. Enfin, j’en pris mon parti ! Questions horaires je bossais donc trois nocturnes par semaines ce qui signifiait rentrer vers vingt-deux heures, avoir une voiture, gérer la garde du gamin… Avec le dimanche et un jour de repos tournant.
Bien décidé à ne plus me mettre en avant, à ne plus faire le mariole, lorsque j’avais été embauché comme vendeur, il ne m’a fallu que deux mois pour me retrouver adhérent de la CGT, après avoir passé un après-midi dans le local étroit de la sécurité, interrogé par les vigiles, des gros bras commandés par d’ex-flics à la retraite, accusé injustement de vol, sans aucune considération ni respect.
En quelques mois j’étais délégué du personnel CGT puis, après l’écrasement du mouvement syndical Solidarnosc, en Pologne, délégué syndical à la CFDT.
Nous avons divorcé. Non, je ne dis pas que c’était à cause de ces horaires de dingues, mais ils y étaient pour beaucoup ! J’ai élevé mon fils en garde alternée, entre horaires décalés et obligations familiales, il ne me restait plus beaucoup de temps pour la vie sociale… il a fallu jongler.
Dans mon syndicat nous défendions en priorité les droits des employés à temps partiels, en grande majorité des caissières. Les temps partiels ! La partie la plus exploitée des salariés, celle que tous les chefs utilisent pour boucher les trous dans les plannings horaires. Or la plupart des ces employé(e)s à temps partiels ne le sont que faute d’avoir trouvé un emploi à temps plein. Elles vivent avec un demi salaire, un trois quarts de SMIC… Et les horaires imposés le sont avec des plages de coupures qui les forcent à rester dans le magasin pendant toute la journée.
Enfin, ces salaires épouvantablement bas poussent les salarié(e)s à accepter, à demander, à travailler plus en heures supplémentaires, à travailler le dimanche !
Nous étions, en tant que syndicalistes, pris entre l’aspiration proclamée à la liberté, la lâcheté individuelle, la veulerie, les sourires cyniques des employeurs et… les clients.
Les consommateurs, eux, sont dans le rêve de l’achat consolateur. Ils ne veulent rien savoir des coulisses du théâtre, des conditions de travail. Ils sont venus rêver sur toutes ces marchandises offertes. La distraction d’achat qui permet de promener les gosses dans les rayons… et de chasser l’ennui de toute la semaine… et qui se termine en file d’attente devant la rangée de caisses (bientôt automatiques !) Ils ne voient que des avantages dans les ouvertures le dimanche, la nuit, les jours de fête, tant qu’eux mêmes ne sont pas obligés de travailler.
J’ai enfin pu sortir de ce milieu, trouver un autre travail… Mais j’en ai gardé le souvenir et ma haine est tenace. Je sais, j’ai appris, pendant toutes ces années, que le temps de liberté est le bien le plus précieux des travailleurs. Pas tellement pour ce qu’il est un temps hors du travail (quoi que) mais parce que c’est le temps social, le temps des amis, de la famille, des loisirs partagés.
Les années passent et les défaites morcelées du mouvement social et syndical s’accumulent.
La logique de concurrence entre les différentes enseignes de la grande distribution poussait les directions à détruire encore un peu plus la vie sociale des employé(e)s en ouvrant le dimanche ! À casser ce qui restait du commerce de proximité, ce « petit commerce » qui donne l’animation des centres villes.
Et le lobby de la grande distribution vient enfin, cet été, d’y parvenir, dans l’indifférence générale : la brèche est ouverte. Les zones qui ouvraient illégalement sont maintenant autorisées à le faire, les autres n’ont plus qu’a demander aux maires d’être classées en zone touristique, et le tour est joué !
Alors bon appétit aux clients avides de faire leurs courses le dimanche et à ceux qui les manipulent ! Moi j’ai choisi, définitivement, mon camp!
Caillou, le 12 octobre 2009
Mme Brigitte Barèges, député-maire de Montauban…
Posté par Caillou - 27/09/09 à 09:09:05
Mme Brigitte Barèges, député-maire de Montauban,
chef de file de l’UMP pour les prochaines élections régionales…
Dans la série consternation, elle tient le pompon
Sur l’ouverture des magasins le dimanche voici sa perle :
Le principe du repos dominical demeure.
Le texte de loi ne concerne que quelques dérogations dans quelques communes touristiques, de l’ordre de 500 environ, soit 1,4%, et quelques très grandes agglomérations.
Les salariés travailleront sur la base du volontariat et percevront le double de leur salaire habituel.
Notre département ne sera en toute hypothèse pas touché, ne relevant d’aucune de ces catégories.
Le volontariat c’est faux…
Le double du salaire c’est faux…
Les rares dérogations c’est faux…
Et puis comme cette loi est impopulaire et qu’elle l’a votée au Parlement, elle assure que SON département ne sera « en toute hypothèse » pas touché.
D’abord, je croyais que les députés étaient les députés du peuple tout entier et pas seulement de leurs circonscriptions.
Ensuite je propose d’autres formules :
L’esclavage des enfants ne me concerne pas, ce n’est pas dans mon département…
La faim, la couche d’ozone, la guerre, les pesticides, la prostitution, le réchauffement climatique, les femmes battues, tout cela n’est pas chez nous, alors on s’en fout.
Quand nous verrons Mme Barèges travailler en caisse dans un supermarché le dimanche, nous voterons peut-être pour cette imbécile… En attendant, qui lui fait ses courses ?
Caillou, 27/9/200
http://www.brigittebareges.com
—————————–
…en toute hypothèse… Mme Barèges est aveugle à Caussade !
dont le super-marché est ouvert tous les dimanches matin:
Découvrir au quotidien les évènements promotionnels de votre I…
( pas leur faire de pub en plus)
Faire connaissance avec les nombreux produits locaux présents dans notre point de vente.
Voici deux des nombreuses raisons de vous laisser guider sur ce site…
Horaire d’ouverture :
> Lundi 08h30 - 19h15
> Mardi 08h30 - 19h15
> Mercredi 08h30 - 19h15
> Jeudi 08h30 - 19h15
> Vendredi 08h30 - 19h15
> Samedi 08h30 - 19h15
> Dimanche 09h00 - 12h00
15 juillet, jour de honte et de tristesse…
Posté par Caillou - 15/07/09 à 05:07:21C’est ça la Démocratie ?
Posté par Caillou - 01/07/09 à 06:07:12«Est-ce qu’il est normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir?», s’est interrogé Nicolas Sarkozy lors d’une table-ronde sur le développement du quartier de La Défense.
http://www.liberation.fr/politiques/0101577188-le-retour-en-force-du-travail-dominical
C’est une drôle de phrase !
Mais bien sûr que c’est le Roi de France ! Un roi Républicain ! Un Monarque tout puissant, bien au-dessus des lois, qui peut, d’un seul coup de téléphone faire revenir de leurs lointaines banlieues les vendeuses de petites culottes qui se croyaient libre de se reposer un dimanche en famille. Madame Obama et ses filles, quand même ! Enfin ! C’est la femme de l’empereur ! Mais on s’en fout des droits des travailleurs, on s’en tape ! Je téléphone, toute la pyramide des chefs se met en branle et les petites vendeuses rappliquent au trot. Mais c’est ça la République ? C’est ça la Démocratie ?
Dans quelques jours, dans l’indifférence générale, les députés voteront, « avant l’été », l’autorisation d’ouvrir les magasins le dimanche. Il n’y aura même plus l’excuse bidon du volontariat, (comme si les salariéEs du commerce pouvaient refuser de travailler le dimanche !), il ne sera même pas question de payer double cette journée de travail… Refuser ce sera le licenciement. Et tout cela sous prétexte d’être implanté dans une ville « touristique »… Combat de longue date, maintenant presque perdu…
Et beaucoup doivent se dire que cela ne les concerne pas… Et bien quand il n’y aura plus de repos dominical, qu’ils ne viennent pas se plaindre.
C’est cela la Démocratie !
Caillou, premier juillet 2009
En attendant, on peut toujours signer la pétition:
http://www.travail-dimanche.com/component/option,com_wrapper/Itemid,116/
La douleur
Posté par Caillou - 05/06/09 à 08:06:25J’ai le caddie devant moi qui roule. Comme tous les mercredi matin, je fais les courses, ma liste à la main. Je viens de bonne heure avant qu’il n’y ait foule. Dehors il fait beau. J’en ai pour deux petites heures. J’aime ce hors du temps, ce moment de solitude affairée, ces gestes de fourmis au milieu de la fourmilière. J’aime ce jeu de piste, trouver l’article en faisant le moins de chemin possible, jeter un coup d’œil discret sur les promotions, cocher sur mon papier, revenir quand même sur mes pas… Contourner les palettes encombrant les rayons, dire bonjour aux quelques employés que je connais encore, prendre mon temps avant que trop de clients ne se bousculent…
Un peu plus tard, il y a déjà un peu plus de clients, je traverse le rayon des fruits et des légumes.
J’ai besoin de quelques tomates, de carottes, d’une salade, d’une dizaine de petites pêches. Au milieu du rayon, entourée d’une demi-douzaine de balances, une femme que je connais un peu pèse les légumes que les clients posent sur les plateaux. C’est une petite femme ronde, qui parle fort, qui rit souvent. D’origine portugaise, elle en a gardé l’accent chantant. Elle travaille ici depuis très longtemps, ne doit plus être très loin de la retraite. Nous nous sommes côtoyés dans des manifestations syndicales. On se connaît.
Comme à chaque fois que je passe dans le rayon des fruits et des légumes, je la salue et lui demande si elle va bien. Elle me sourit et me répond immédiatement, tout en appuyant sur la touche correspondante à mes carottes, oui, elle va bien… Elle pose l’autocollant sur mon sac en plastique… Mais que c’est son mari… petit coup d’œil sur la balance à droite… qui est très malade… elle appuie sur la touche des pêches en promotion… on lui a découvert… l’autocollant sur le sachet… la maladie d’Alzheimer… la balance à sa gauche… je m’en doutais déjà… le ticket pour les abricots… depuis trois ans, mais je me disais que c’était… à droite… des conneries…
Je pose mes tomates sur le plateau. Au moins quatre pèse légumes sont occupés. Les clients ont préparé leurs emplettes sur le devant de leurs caddies et les posent au fur et à mesure que mon ancienne collègue les leur pèse. Ses gestes sont déliés rapides, précis. Elle fonce tout en me parlant vite, elle jette un regard sur le sachet transparent, d’une main tapote la touche correspondante, tout en regardant un autre sac sur une autre balance, elle sort le ticket… C’est un ballet précis… En faisant du vélo… Les pommes… Il a regardé des travaux des ouvriers de la voirie… l’autocollant… Il n’est pas descendu de son vélo… les artichauts… il est tombé dans la tranchée… coup d’œil… Ils l’ont emmené à l’hôpital… des courgettes… m’ont appelé ici…
Moi, je suis là, comme un imbécile, je ne sais pas quoi dire. Je lui demande quel est l’âge de son mari… 67 ans… Je le vois bien qu’elle a les larmes aux yeux mais qu’elle continue à peser les légumes, à toute vitesse, par habitude, sans réfléchir, dissociée entre ce qu’elle fait et ce qu’elle dit… Et comme pour me raccrocher au plus petit réconfort possible je lui demande bêtement si cette maladie évolue lentement. Elle hausse les épaules… Ils n’en savent rien… Je bredouille quelques mots d’encouragements… Et je m’en vais.
Quelque instant plus tard devant un grand écran de télévision, dans les rayons des DVD musicaux, je vois Céline Dion qui chante, en duo, sur une scène immense, à Québec, un rock que j’aimais beaucoup. Elle est un peu bouffie, dans une très courte robe moulante. Ses gestes sont calculés aux millimètres près. Elle arpente la scène, le doigt tendu, d’un pas décidé. Elle relance l’autre chanteuse, tout aussi vieille et laide, puis fait des clins d’œil à la caméra. Et pourtant, derrière cette façade un peu vulgaire, fanée, il y a toujours ce rock de Jean-Jacques Goldman : J’irai où tu iras, si beau, si plein d‘énergie, si plein de bonheur.
Et là, comme un con, je retiens mes larmes. Moi j’ai 60 ans… Que le temps passe vite !
Allez ! Je sors de là. Les surgelés vont se perdre.
Caillou, 4 juin 2009
Une version ancienne de rock sur http://video.muzika.fr/clip/16405
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